CHAPITRE VII
famille, la hiérarchie tient aux lois du sang, à la force des uns, à l'infirmité des autres. L'unité résulte de cette diversité, et ceux qui restent au dernier rang y sont retenus par le respect, enchaînés par la reconnaissance, et récompensés par le bienfait. Entre tous, l'amour est le lien.
^ Il n'en est pas ainsi dans une société politique. Ce qui a fait l'inégalité, c'est la première occupation, la conquête, la force, qui ont imposé aux uns la soumission et donné aux autres le pouvoir. Ce qui la maintient, c'est l'intérêt d'un côté, l'impuissance de l'autre. Elle est sans doute une des conditions de la hiérarchie, et, par conséquent, d'une organisation sociale harmonique ; mais combien de fois n'engendre-t-elle pas l'injustice et les révoltes ! ^ Aristote a beau dire : « La cité n'est qu'une association d'êtres égaux, recherchant en commun une existence heureuse et facile (1), » il est certain que l'inégalité existait dans la société primitive, comme dans celles qui ont suivi. Il est plus vrai, quand il affirme que « Thomme est par sa nature un être sociable, de telle sorte que, même sans aucun besoin d'appui mutuel, les hommes désirent invinciblement la vie sociale (2). » L'intérêt n'en est pas moins le principe et le lien de la plupart des associations humaines; et Aristote a eu raison de dire (3) : « C'est la nature qui, par des voies de conservation, a créé certains êtres pour commander et d'autres pour obéir, » à condition toutefois qu'on n'y trouvera pas une justification de l'esclavage^
(1) Politique, IV, 7, 2. (2) Politique, III, 4, 9.
(3) Politique,!, 1, 5.
35i INSTITUTIONS d'aTHÈNES
A la population pélasgique primitive, à celle que les Athéniens appelaient autochthone, et qui adorait Zeus, vinrent se joindre successivement les Phéniciens, adorateurs d'Aphrodite et du Melkart tyrien, les Dardaniens, originaires de la Lydie, qui vénéraient la Grande-Mère, des Minyens, des Thraces, des Cariens et des Lélèges, qui apportaient les cultes d'Artémis, de Poséidon et de Déméter; des Cretois, des Ioniens et des LyciensTAristote rend hommage à la nation qui résulta de tant d'éléments divers, quand il dit (1) : « La race grecque, qui topographiquement est intermédiaire entre les climats froids et les climats chauds, réunit toutes leurs qualités. Elle possède à la fois l'intelligence des climats chauds et le courage des climats froids (2).lElle sait, en même temps, garder son indépendance et former de très bons gouvernements, capable, si elle était réunie en un seul État, de conquérir l'univers. 1|
Les différents points du rivage ou de l'intérieur restèrent étrangers les uns aux autres, et ne s'unirent pas même par des mariages. L'homme, malgré l'attrait naturel qui le pousse vers son semblable, est défiant parce qu'il se sent faible, et il faut une grande force, la nécessité, pour le déterminer à se rapprocher de ceux en qui il voit des ennemis, parce qu'ils ont les mêmes besoins.
L'Attique était peuplée de dèmes ou agglomérations, que Thucydide (3) appelle des villes, au nombre
(1) Politique, IV, 6, 2.
(2) Âristote, avant Montesquieu, avait signalé Tinfluence des climats sur les esprits et les mœurs, mais avec plus de modération.