CHAPITRE Vil bS
Ils n'étaient pas à l'abri des railleries des poètes comiques; mais les Athéniens les plus illustres et les plus vertueux n'échappaient pas à ce privilège de faire rire de tout et de tous, pourvu qu'on y mît de l'esprit.
Rien ne distinguait extérieurement le métèque du citoyen. Il y avait liberté pour l'habit comme pour la manière de vivre. L'Athénien semblait même s'attacher à effacer dans la vie ordinaire des différences que, par orgueil, il accentuait en certaines circonstances solennelles. Il semble qu'il ait toujours montré au métèque le droit de cité comme le but suprême de son ambition, et qu'il lui en ait facilité l'accès. C'est ce qu'il faisait par la proxéiiie, la plus grande somme de privilèges que l'on put accorder à celui qui n'était pas citoyen.
Xénophon (1) loue Athènes d'avoir établi l'égalité entre les métèques et les citoyens. Il en donne la raison : « Puisque la ville a besoin des métèques pour le plus grand nombre des métiers et pour la marine, nous avons bien fait, en raison de cela, d'accorder l'égalité aux métèques. »
Il est facile de comprendre ce que le métèque apportait à la cité dont il devenait membre. Il avait été initié à la vie politique par les spectacles qui s'offraient constanmjent à ses regards. Il avait subi de douloureuses humVliations dont il se trouvait heureux d'être débarrassé\ La possession des terres en Attique ou dans les colonies, l'intérêt de son métier ou de son commerce, les preuves qu'il avait données de son courage et de son dévouement étaient autant
{{) Gouvernement des Athéniens, 1.
de liens qui le rattachaient à la fortune d'Athènes. Il devenait, dès le premier jour de son entrée au pnyx ou à l'agora, aussi jaloux de son honneur, de sa gloire et de sa prospérité, que le plus ancien des Eupatrides. Et puis , il était élevé à la dignité de citoyen. On récompensait ainsi ses services, et l'on infusait un sang nouveau dans le corps social épuisé par les guerres (1).
3. La troisième partie de la population de l'Attique, inférieure aux deux autres, mais de beaucoup la plus nombreuse, était celle des esclaves.
Les hommes, les Athéniens surtout, ont été meilleurs pour les esclaves que les philosophes, qui prescrivent d'user envers eux de ménagements et de douceur, mais qui les mettent de droit, et en vertu de principes impitoyables, à la disposition de leurs maîtres.
L'esclavage est un fait général dans les sociétés antiques; mais il revêt, suivant les peuples, des caractères particuliers. La législation des Juifs, obligée d'admettre l'esclavage, s'efforce de l'adoucir; et la liberté qu'elle accorde de droit après la septième année (2) à celui qui, volontairement ou involontairement, est tombé au pouvoir d'un autre, proclame que l'injustice était reconnue et réparée dans la mesure du possible.
On sait combien était dur dans l'Orient le sort des esclaves, et à quel degré d'abaissement ils tombèrent à Sparte, à Carlhage et à Rome.
(1) Voir DiODORE DE Sicile, liv. XII.
(2) Lévitique, XXV.