‹ Les institutions d'AthènesChapitre 201 sur 335 · CHAPITRE VII P · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII P

demander d'être vendus à un autre, et les pouvoirs publics ne les dédaignaient pas au point de rester sourds à leur plainte. Ils pouvaient se racheter^à prix d'argent.

Les esclaves étrangers appartenaient à toutes les contrées avec lesquelles Athènes était en relation. Leur nom disait habituellement leur origine. Ils étaient venus de Thrace, de Phrygie, de Lydie, de Lycie, de Carie, de Syrie. Vendus sur des marchés lointains, ils voyaient leur misérable condition s'aggraver encore de l'opinion qu'avaient les Grecs de tous les peuples étrangers. C'est à eux que pensait Aristote, quand il disait : « On est esclave par nature (l), » et quand il ajoutait avec un aveuglement incompréhensible : « La nature fait les corps des hommes libres différents de ceux des esclaves (2). » Et sans s'arrêter devant la contradiction : a Quelques êtres, dit-il, dès leur naissance, sont destinés les uns à obéir, les autres à commander, bien qu'avec des degrés et des nuances très diverses pour les uns et pour les autres (3). » Et il insiste : « 11 est évident que les uns sont naturellement libres, et les autres naturellement esclaves, et que, pour ces derniers, l'esclavage est utile autant qu'il est juste (4). »

On souffre de trouver de si dures paroles chez un philosophe d'une intelligence si vaste, d'un jugement si profond et si sûr. Rien ne prouve plus clairement la force du préjugé, et aussi les erreurs communes à toute l'antiquité sur les questions d'humanité. Pour

(1) Politique, I, 2, 13. (2) Politique, I, 2, 14.

(3) Politique, I, 2, 8.

386 INSTITUTIONS d'atHÈNES

elle, l'oppression de certains hommes par leurs semblables ou par l'État n'a rien que de légitime, lorsque ;r c'est la force qui l'exerce au profit du petit nombre V^ /^qui gouverne.

-rr^^^'-Et comme si ce n'était pas assez, il établit une (^^V^/ assimilation qui montre jusqu'à quel point le milieu ^-^ social exerce son influence sur les intelligences les "^ plus hautes et sur les génies les plus fermes. « An

reste, dit-il, l'utilité des animaux privés et celle des esclaves sont, à peu près, les mêmes; les uns, comme les autres, nous aident, par le secours de leurs forces corporelles, à satisfaire les besoins de l'existence. La nature même le veut, puisqu'elle fait le corps des hommes libres différents de ceux des esclaves, donnant à ceux-ci la vigueur nécessaire dans les gros ouvrages de la société, rendant, au contraire, ceux-là incapables de courber leur droite stature à de rudes labeurs, et les destinant seulement aux fonctions de la vie civile, qui se partage pour eux entre les occupations de la guerre et celles de la paix (1). »

Cette infériorité n'est pas, pour Aristote, exclusivement physique. « La première question quant à l'esclave, dit-il, c'est de savoir si l'on peut attendre de lui, au delà de sa vertu d'instrument et de serviteur, quelque vertu comme la sagesse, le courage, l'équité, etc., ou bien s'il ne peut avoir d'autre mérite que des services tout corporels.

Des deux côtés, il y a sujet de doute. Si l'on suppose des vertus aux esclaves, où sera leur ditférence avec les hommes libres? Si on les leur refuse,

(0 Politique, I, 2, 13.

Page 1