CHAPITRE VIII
Il n'en fut plus ainsi près d'un siècle après; l'égalité absolue remplaça la hiérarchie, et, devenue circonscription territoriale, la tribu ne représenta plus rien de le tradition intime et religieuse du passé. Mais l'unité était faite. Les dèmes ou municipes furent incorporés à Athènes. Un démotès d'Acharnie ou de Sphetta est citoyen d'Athènes, et son pouvoir, renfermé dans les limites du dème, doit concourir au bien général de la cité. C'est ce qu'exprime Plutarque quand il dit de Clisthénès : « Ce fut lui qui, après l'expulsion des tyrans, rétablit le gouvernement d'Athènes (1). » La phratrie resta la société religieuse, et le dème fut la société civile.
5. Chacune des dix tribus nouvelles eut son héros éponyme, personnage mythique ou historique qui, en lui donnant son nom, était tenu de veiller sur elle.
Les statues de ces héros étaient placées dans l'Agora, non loin du lieu où siégeait le conseil des Cinq cents. Chacun d'eux avait son culte, ses prêtres, ses biens. Mais ce culte était nouveau, ces prêtres n'eurent plus le caractère permanent de ceux qui les avaient précédés, et les biens ne purent être distribués entre eux qu'après avoir été enlevés aux tribus anciennes qui les retenaient en vertu d'une longue jouissance et comme un dépôt sacré. On leur assura des revenus nouveaux et on leur réserva une partie des amendes.
Les éponymes étaient : Hippolhoon, fils de Poséidon et d'Alopé, fille do Cercyon; Antiochos, fils
(1) Aristide, 3.
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d'Hercule et de Midée; AJax, fils de Télamon; Léos qui, obéissant à un oracle, livra sa fille pour le salut de l'État; Érechthée, qui défit les Éleusiniens et tua leur général Immarados, fils d'Eumolpe ; Egée, roi d'Athènes et père de Thésée; CEnée, fils naturel du roi Pandion, et Acamas, l'un des fils de Thésée. (( Quant à Gécrops et à Pandion, dont on voit aussi les statues parmi celles des éponymes, je ne sais, dit Pausanias (1), quels sont les personnages honorés sous ces noms. »
Cette réflexion s'explique peu lorsqu'on voit ces deux noms figurer dans la liste des rois d'Athènes donnée par Pausanias. Il n'est nullement étonnant que ces deux personnages soient devenus des éponymes, lorsqu'on les rapproche des autres. D'ailleurs, (( trouver un éponyme pour chaque nom de lieu remarquable était, dit Grote (2), une disposition invariable de l'imagination rétrospective des Grecs. » Il n'est pas étonnant qu'on les ait cherchés parmi les rois qui étaient des ancêtres et avaient exercé le pouvoir.
Le nombre des tribus fut plus tard augmenté, mais sans aucune modification sociale ou politique. Trois noms furent ajoutés, et la flatterie qui, rarement bonne conseillère, se montre toujours ingénieuse, n'eut pas de peine à les trouver. La première avait été instituée en l'honneur d'Attale, roi de Mysie; la seconde, de Ptolémée, général d'Alexandre, roi d'Egypte, et la troisième, bien plus tard, sous le règne d'Hadrien, que Pausanias, son con-
(1) Attique, V.
(2) Histoire de la Grèce, t. II, p. 176. Traduction de Sayods.