CHAPITRE VIII
une véritable et profonde révolution. Les tribus étaient formées auparavant par des affinités qui en rattachaient entre eux les différents membres sous l'influence du sang ou sous celle de la religion, et maintenaient sinon intactes, du moins puissantes encore, les traditions antiques.
Tout le passé fut désormais rompu. La division étant faite d'après la situation topographique, les dèmes ou cantons servirent de base à l'ordre nouveau, et ceux qui jusqu'alors se trouvaient réunis auprès des mêmes tombeaux et des mêmes autels, qui adressaient ensemble les mêmes prières et offraient les mêmes sacrifices aux mêmes dieux, devinrent étrangers les uns aux autres. Des citoyens de diverses contrées, des affranchis, des esclaves pénétrèrent dans ce sanctuaire auparavant sacré, et il ne resta plus que le nom des anciennes tribus.
Les races et les phratries continuèrent à exister, car on ne rompt pas comme on veut le lien de famille et le lien religieux, mais des membres de la même phratrie et de la même race pouvant appartenir à des dèmes différents, il en résulta que les plus vieilles et les plus respectables traditions ne laissèrent que des souvenirs.
Démosthène cite (l) sept témoins qui faisaient partie de la race des Brytides, et se trouvaient inscrits dans six dèmes différents. Comment les liens entre ces familles auraient-ils pu se maintenir? comment surtout l'esprit, dont ils étaient primitivement animés, se serait-il conservé au scinde cette division?
Ainsi une triple révolution sociale s'était accomplie.
(l) Contre Nééra, 71,
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La première organisation, celle des familles, dominante pendant longtemps, avait produit la race, la phratrie et la tribu, qui s'étaient maintenues sous les rois, les archontes perpétuels, les archontes décennaux et les archontes annuels.
La participation au pouvoir avait pu subir des modifications, et le peuple y avait été associé, selon les temps, dans des proportions différentes. La distinction en Hypéracriens, Pédiéens et Paraliens, s'était conservée en perdant de jour en jour de son importance, et s'il y eut toujours des riches fiers des avantages que l'argent leur donnait, et des pauvres impatients de regagner du côté du pouvoir ce qui leur manquait d'un autre côté, il n'y eut pas jusqu'à Solon de changement dans les bases sociales.
La tribu était primitivement, elle resta plus tard une classification militaire. Chaque tribu formait un corps particulier, et était placée sous un commandement spécial. Comme il n'y avait pas de rang entre les tribus, aucune ne devait donner la suprématie à son chef; aussi les phylarques ou commandants des tribus, exerçaient-ils successivement, et de jour en jour, le pouvoir de conduire l'armée.
La réforme de Solon fut économique, mais elle eut surtout des conséquences politiques. Il affaiblit les maux présents par la m^odération de ses lois et l'équilibre qu'il réalisa. Ses quatre classes, ses trois trittyes, dont chacune contenait douze naucraries, furent formées par le revenu, et ne portèrent aucune atteinte à la distribution des citoyens, selon l'esprit et les liens de la famille. La hiérarchie sociale existait, et la classification politique la respectait.