CHAPITRE XI 6A
La religion officielle les affirmait par son culte, mais ne les enseignait pas.
Et ce qu'il y eut de plus grave, c'est que la philosophie, qui était venue en aide à la religion, ne tarda pas à se transformer en ennemie. Elle avait été utile aux mœurs publiques, elle devint dangereuse pour elles. Au lieu d'affirmer, elle douta ou nia; au lieu d'élever, elle abaissa. Elle avait suppléé à la religion impuissante : elle l'attaqua dans toutes les vérités qui faisaient oublier ses erreurs.
Le scepticisme et la corruption des mœurs marchent facilement ensemble, se prêtant un secours qui permet les libres jugements et les libres jouissances. Grâce au génie et à la vertu, la philosophie avait consolé l'humanité de l'insuffisance de la religion et des imperfections de l'état social. Grâce aux sophismes de l'incrédulité et de la corruption, la foi devint un vain mot , la morale une convention , le patriotisme une duperie.
La fausseté de la religion se montra tout entière ; aucune vérité ne vint se mettre à sa place, et si la Grèce succomba faute d'hommes (1), elle fut incapable de se relever faute de croyances.
(1) Le mot est de Polybe.