‹ Les institutions de l'ancienne Rome (volume 2)Chapitre 15 sur 32 · D. C. LUI · texte numérisé non relu

D. C. LUI

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» construit, et, maintenant que la couverture en * est tombée, on se demande avec stupeur com- » ment elle a pu subsister. Agrippa l'avait laissé en » voie d'exécution; c'est alors qu'il fut achevé (1).» Or ce monument, son nom Tindique, était destiné aussi à recueillir les suffrages dans les votes populaires. Gomme le Panthéon, c'était un prodige de difficulté vaincue ; comme lui, c'était un hommage, éblouissant pour les yeux, à une majesté déchue. Le peuple n'en sentit point l'ironie : il avait du pain et des spectacles.

Ce fut entre l'inauguration des deux monuments dédiés à la majesté populaire qu'eut lieu celle des théâtres de Balbus et de Marcellus (2). Ce dernier subsiste encore en partie, bien qu'occupé à l'intérieur par des constructions modernes ; il est revêtu en dehors d'un double étage d'arcades, doriques en bas, ioniques en haut ; on dit qu'elles ont été surmontées d'un rang d'arcades corinthiennes, dont il ne reste pas de vestige. Ce théâtre, revêtu de gros blocs de travertin, pouvait contenir 30,000 spectateurs (3).

(i) Sous le consulat de Tibère et de Pison.

(2) Ihid, LV, 8.

(3) Jbid. LIV, 25-6.

(4) Nibby, Itinerario, p. 421, avec vue et plan. V. aussi le dessin, sur plus grande échelle, d*une petite portion de ces arcades, à la page 1 37 du IV* volume de M. Duruy.

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Les théâtres romains avaient, dans leur ensemble, une ressemblance incontestable avec les théâtres grecs, décrits aux pages 219-21 de mes Institutions de la Grèce antique ; cependant il y a des différences, et je ne puis mieux les indiquer que par l'analyse de ce qu'en dit M. Witzschel, dans la suite de l'article auquel j'ai fait des emprunts pour la précédente étude (1), et en combinant ces données avec quelques chapitres de Vitruve (V, 5, 6, 8), qui d'ailleurs ont, en partie, fourni la matière de Tarticle lui-même. Pour dresser le plan d'un théâtre romain, on inscrivait dans un cercle un triangle équilatéral, dont un côté déterminait le fond de la scène (die Fronte oder hintere Wand der Scène). Une parallèle à cette ligne, menée par le centre, séparait le proscen^^cm (2) de l'orchestre; il en résulte que l'orchestre romain était notablement plus petit que celui des Grecs, eu égard, bien entendu, aux dimensions générales du théâtre. MaisTorchestre des Romains n'était point destiné.

(1) Article Theatrtmi^ dans la RecU-Sncyolopedie der classischen Alterthums-Wissensokaft de Pauly, 1852. T. VI.

(2) Ou avant-scène — Le posUceniwm était dissimulé aux spectateurs. C'était un ou plusieurs appartements, réservés derrière la scène pour revêtir les costumes ou mettre en jeu les machines.

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comme celui des Grecs, à des évolutions du chœur, que leur théâtre ne connaissait pas (les Tragédies de Sénéque n'ont point été faites pour la représentation). C'était, à Rome, la place réservée aux sénateurs; on. y admit aussi les ambassadeurs étrangers. Derrière eux, entre l'orchestre et la cavea, occupée parle commun des spectateurs, était un podium ou estrade, assez large pour contenir plusieurs rangs de sièges, qui formaient des places d'honneur : ce fut le lieu destiné aux chevaliers, depuis la loi Roscia theatralis, promulguée au temps de Pompée. La scène ne devait pas s'élever à plus de cinq pieds au-dessus de l'orchestre, afin qu'on n'y perdît rien du jeu des acteurs. Quant aux bancs en amphithéâtre de la cavea, ils formaient, chez les Romains, un demi-cercle, tandis qu'ils le dépassaient aux deux extrémités chez les Grecs.

Derrière et au-dessus du dernier rang régnait une colonnade couverte, imaginée à Rome, nonseulement pour compléter la décoration du théâtre, mais pour donner, pensait-on, plus de portée à la voix des acteurs. La longueur de la scène, qui formait un carré long, était double du diamètre de l'orchestre, et par conséquent s'étendait à droite et à gauche, latéralement à la cavea. Le mur extérieur de la scène était ordinairement décoré de colonnes, ainsi que nous l'avons vu pour le théâtre de Marcellus, et aussi de trois tours, dit M. Witzschel. Les cimei ou

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divisions de la cavea, n'étaient pas tous égaux, (1) mais ils se correspondaient symétriquement des deux côtés du cuneus central. Il n'y avait pas de règle fixe quant au nombre des prœcinctiones ou paliers, séparant les étages de gradins ; chacun de ces étages devait avoir ses dégagements distincts pour l'entrée et la sortie.

Mais ni les soins des architectes, ni le raffinement de commodité qui faisait étendre un voile au-dessus des spectateurs, pour les préserver du soleil ou des intempéries ne pouvaient amener le peuple romain, et surtout ce qui formait, au temps de César et d'Auguste, le peuple de Ronae, à chercher au théâtre ces jouissances intellectuelles qui faisaient les délices du peuple athénien. Quand un seul théâtre comprenait tant de milliers de spectateurs, on ne pouvait espérer y trouver une société intelligente et polie. On connaît les vers d'Horace :

Sœpe etiam audacem fugat terretque po«tam Quod numéro plures, yirtute et honore minores, Indocti «tolidique, et depugnare parati Si discordet eques, média inter carmina poscunt Aut ursum aut pugiles : his nam plebecula gaud«t.

(1) C'est du moins ce qu*a remarqué Witzschel. Vitruve indique cependant cette égalité comme étant la règle, et la position des cunei comme déterminée par les sommets de quatre triangles équilatéraux ' inscrits et également espacés dans la circonférence totale.

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Aussi le vrai spectacle des Romains, c'étaient les jeux sanguinaires de Tamphithéâtre, les combats de bêtes et de gladiateurs^ prisonniers de guerre, esclaves ou condamnés, dont Titus et Trajan furent si prodigues, et qui contri- "buérent sans doute à obtenir au premier le titre de Délices du genre hvmain^ au second celui d'0jp^mw5(l).

Le type des amphithéâtres, c'est le Colysée (Colossseum) ou amphithéâtre Flavien. Il semble donc que l'étude de ce genre de monuments appartienne plutôt au chapitre suivant ; mais il n*y a pas de différence essentielle entre ceux des différentes époques, et le premier amphitéâtre permanent, construit en pierre, remonte à l'année qui suivit la bataille d'Actium (2). Ces sortes de monuments se multiplièrent singulièrement, surtout en Italie, en Gaule, en Espagne ; beaucoup moins en Grèce, et peu ou point dans ce pays avant le second siècle de l'empire (3). Au temps de Néron, on en voit deux à Rome,

(1) Suet., in Tito, 8; D. C. LXVI. 25, LXVIII,10, Î5; Panég, de Trajcmy 33.

(2) Voy. C. Thierry, dans le Diotionnaire de Darem« berg et Saglio, Art. Avn/phitheatrum,, Il ajoute : « L'on doit supposer que la pierre n'y était que partiellement employée, car il fut atteint, sous Néron, par le grand incendie de Rome (D. G. LXII, 18); il n'en est fait mention nulle part depuis. » (p. 241).

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l'un en bois, l'autre en briques (atnphi-^ theatrum castrense) ; les ruines de celui-ci subsistent encore. Presque tous les amphithéâtres connus sont de forme elliptique. Un certain nombre ont été creusés en partie dans le sol de collines ou de montagnes, auxquelles ils sont adossés ; celui de Sutri est même entièrement creusé dans une hauteur (1). Les matériaux des construction Tarient. « Le marbre, la pierre de travertin, le tuf et la brique entrèrent dans la construction du Ooljsée. La façade des portiques extérieurs était composée de pierres liées par des crampons de fer ; de tuf et de briques étaient faits les murs intérieurs et les Toutes. A Vérone, à Oapoue, à Nîmes, la pierre est employée avec autant de profusion qu'au Colysée; .... les amphithéâtres de Bordeaux et de Saintes sont en petits matériaux, bloqués avec du mortier et reliés par des assises en briques (2). »

Mais, seul peut-être, le Oolysée est assez bien conservé pour qu'on puisse en bien juger les détails. Les axes de la construction totale mesurent 188 et 156 mètres ; l'arène seule 76 et 46, et, ce qu'on a peine comprendre, les dimensions de l'amphithéâtre de Pouzzoles (3) étaient à

(1) Ibid. p. 242.

(2) Ibid, p. 242-3.

(3) Voy, dans Dvltvlj (IV, 73}, un deisin des restes de ce monument.

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