‹ Les institutions de l'ancienne Rome (volume 2)Chapitre 18 sur 32 · L* ARCHITECTURE ROMAINE, AU SIECLE DBS FLAVIENS ET DBS ANTONINS · texte numérisé non relu

L* ARCHITECTURE ROMAINE, AU SIECLE DBS FLAVIENS ET DBS ANTONINS

Le beau travail déjà cité de M. Braun sur les monuments du forum (1) fait ressortir le caractère d'ornementation prodiguée, par lequel rarebitecture du second siècle de Tempire diffère de celle du siècle d'Auguste. Cette modification est déjà marquée, sans être encore choquante, dès le temps de Domitien, par certains détails du temple qu'il éleva à son père et dont il reste trois colonnes avec leur architrave, et aussi par les retouches de la décoration intérieure du Panthéon^ après l'incendie qui eut lieu lors du principat de Titus,

Les chapiteaux du temple de Yespasien, dit M. Braun, ont les caractères de la période des Césars, sauf de légères variations : élégance

(I) Dans le Philologie, dont Textraît publié par M. Marquardt conserve la pagination. Le morceau qui ya être cité appartient aux pages 418-19. Quant à l'identité de ces restes, qu'on a souvent confondus aveo ceux d'un autre édiAce, voy. au chapitre IV, § 2, les preuves tirées des pages 409 et 443 de Braun ; cf. 413.

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recherchée, excès dans la richesse. Le listel n'est pas nu comme il Tétait anparaTant, maiâ couronné de feuilles échancrées et d*ane ligne d*oyes en surcharge, d*un goût défectneax. Sur le profil de Tarchitraye, même principe d'ornementation, se produisant par une bordure de feuillages, sculptée d'ailleurs ayec délicatesse et surmontée de jolies palmettes ; on j a aussi représenté diyers instruments des sacrifices, alternant ayec des bucranes ornés débanda lottes. Parmi ces objets on remarque surtout des patères, richement ornées d'arabesques, et d'autres yases décorés ayec la magnificence luxuriante qui caractérise l'époque de Titus et de Domitien. — Cette magnificence gracieuse, mais outrée, se retrouye dans la décoration végétale de l'architraye. — Sur tout le chambranle qui la couronne, il n'y a pas une place yide.

Tous les monuments (yoy. le Dictionnaire de Daremberg et Saglio, p. 903-4 et Vffistoire^des Romains de M. Duruy, p. 648, 691) s'accordent à indiquer que le Gapitole de Domitien était tétrastyle, tandis que celui de son père, éleyé après le fameux incendie des derniers jours de Vitellius, était hexastile comme le précédent.

Quant au Panthéon, M. Adler (\) distingue ayec soin les restaurations de Domitien de celles

(1) Iku Panthéon su Rom, p. SS-8.

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qui sont postérieures et doivent se rapporter aux travaux de Septime Sévère, constatés par l'inscription de l'architrave ; elle énonce que lui et son fils Antonin (Caracalla) Pantheum vetustate corTupttmi cu/m omni cultu restituerumt. Pline, qui avait sous les yeux les travaux primitifs, nous dit (xxiv-7)que Ton comptait parmi les meilleures œuvres d' Agrippa les colonnes intérieures avec chapiteaux de bronze et les cariatides qui les surmontaient (1) ; mais nul écrivain postérieur n^en parle, d'où M. Adler conclut que ni les unes ni les autres ne firent partie de la restauration de Domitien (peut-être l'incendie les avait-il trop altérées). C'est à cet empereur qu'il attribue les colonnes intérieures actuelles, appartenant à Tordre corinthien ; leur beauté, exceptionnelle encore, lui suggère cette attribution, l'art de ce temps ayant su choisir des matériaux magnifiques et employer le soin le plus exact dans les procédés techniques, ainsi que dans l'exécution des détails. Au même temps encore peut, selon lui, appartenir l'encadrement en marbre de la grande porte d'entrée.

Au contraire, l'auteur refuse de faire remonter jusqu'à Hadrien ou Antonin le Pieux la représentation^ par des peintures appliquées sur le

(1) La restauration de M. Adler les représente, deux par deux, au-dessus de l'entablement et soutenant lesaros antérieurs des niches.

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marbre, d^appaisarchitectoniqaes, surtontletrooyant dans an édifice dont Téclairage fait bien ressortir le dessin des reliefs. Ce n*est point là, dit-il, le goût d'Hadrien formé dans Athènes ; à pins forte raison ne sauratt-Q être coupable de Fart grossier dont témoigne le rétrécissement des pilastres et leur fractionnement par le cintre des niches ; les œuvres d'Antonin^ à Rome et à Pouzzoles, protestent aussi contre la pensée de les lui attribuer. Ni Domitien, ni Hadrien, ni Antonin n*ont fait au Panthéon les travaux considérables que suppose le texte de l'inscription citée. G*est aussi assurément à Sévôre qu'il faat rapporter le grand cercle d'airain, cernant Touverture de la coupole, et où M. Adler reconnaît, sans hésiter, l'art par trop fantaisiste da III* siècle, n lui répugne aussi de reporter aux premiers temps la porte de bronze terminée en haut par un trait.

Le forum de Nerva est appelé parfois Fortùmpervium, ou encore PalladiiMi, à cause d*un temple deMinerye, quis' élevait aumîlieu et qui avait été commencé par Domitien. Ce temple, maintenant ruiné, nous est connu par des gravures des xvi* et xvn* siècles, ou du moins les derniers vestiges en furent représentés alors. Il était prostylehexastyle, avec une abside demi-circulaire à la cella. Il n'est demeuré que deux colonnes d'ordre corinthien, appartenant sans doute an grand portk][ue qui enveloppait trois côtés de

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ce temple ; aux colonnes de ce portique des pilsistres correspondaient sur les murs de Tédifice, et des architraves reliaient chaque colonne àr ce mur; l'architrave était surmontée d'une frise à bas-reliefs, portant une corniche fort ricliement décorée. Enfin, au-dessus de ce rang de colonnes on signale un attique en saillie, surmonté lui-même d'une magnifique corniche ; un bas-relief, représentant Minerve armée, sépare les deux saillies de l'attique. Tous ces détails sont extraits d'un article des Arniali delV Instituto di Correspondencia archeologica de 1877, dont l'auteur est M. Blumer.

Le principat d'Hadrien est fameux, on le sait, par une recrudescence de l'art grécoromain, mais sauf les débris de la villa où cet empereur accumula des monuments de fantaisie, je ne connais point d'œuvre architecturale qui le rappelle en Italie. Nous n'avons à étudier ici ni la sculpture de cette époque, ni V Athènes d'Hadrien^ non plus que Y Athènes de Thésée.

11 reste seulement à Rome de faibles débris du vaste temple corinthien, décastyle à colonnes cannelées et orné de portiques aux deux extrémités, que cet empereur fit élever à Vénus et à Rome ellemême, temple entouré d'une area, qu'un portique de granit décorait à l'est et à l' juest. Un péristyle entourait le temple lui-même, dont la cella^ divisée en deux, était revêtue de plaques de marbre et recouverte en bronze. Les substruc-

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tions presque seules en demeurent anjoard'hui; on j reconnaît cependant les niches qn*occnpaient les statues des deux déesses, les dimensions de rédifice (333 pieds sur 160) et le nombre (20) des colonnes latérales. Elles étaient en marbre de Paros, et leur diamètre atteignait environ six pieds, ce qui, pour Fordre corinthien, en suppose pour le fût soixante de hauteur (1). Grâce à la régularité de Fart grec, la reconstitution de rédiûce est donc possible ; mais nous ne saurions conclure de ces débris le caractère exact de Tornementation.

M. Parker (2) témoigne une véritable admiration pour le temple d'Antonin et de Faustîne (la première Faustine), élevé, sous Maro- Âurèle, à l'angle S.-E. du forum. « C'est, dit-il, le plus beau qui subsiste à Rome. Les splendides colonnes sont si bien connues qu'à peine est-il besoin de s'étendre sur ce sujet... Ce temple a six colonnes de front et trois sur les flancs. La ceîla

(X) Nibby, Itiner., p. 179-80. Il semble, à comparer deux médailles d'Hadrien, reproduites àla planche XXYI du Forum romanwm, que la partie voisine de l'entrée était consacrée à Venais- Yiotrio! et Tautre à Roma œterna.

(2) The Via sacra, (1876), p. 65-6 : la pagination forme suite à celle du forum. Voyez la coupe et le plan du temple, à la planche XXXII. — L'imprimé porte seven au lieu de six ; mais il est rectifié par le plan, et jamais un temple antique n^eut à la façade un nombre impair de de oolonnes.

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est bâtie en grands blocs de tuf et ornée de pilastres dont les petits chapiteaux et la frise ont survécu seuls aux temps de barbarie. » Six colonnes de front et trois seulement de côté ,cela sorait bien opposé aux coutumes de l'architecture ancienne, s'il fallait Tentendre du temple tout entier, mais la planche nous montrequeTauteurne parle que du portique de la façade. Ce temple n'avait pas de péristyle ; les pilastres dont on vient de parler étaient à l'intérieur. On arrivait à l'entrée par un escalier de vingt-deux marches ; c'est sur la dernière que reposaient les colonnes du portique. L'édifice est représenté sur une médaille au sujet de laquelle M. Donaldson, cité par M. Parker, a fait remarquer la simplicité de la corniche et la magnifique décoration des flancs de la frise (1). Le fût des colonnes a 38 pieds pieds anglais et pouces, et le diamètre 4 pieds 10 pouces, soit 8 diamètres de hauteur. C'est une proportion inférieure à celle du corinthien ordinaire, ordre dont le chapiteau se reconnaît dans le dessin.

Il a été question plus haut des arcs de la période impériale ; nous n'y reviendrons pas ici ; mais il y a quelques mots à dire de la Basilics Ulpia^ œuvre de Trajan. On la connaît par une médaille de cet empereur et surtout par un

(1) V. aussi Nibby, Itinerario^ p, 173. Une décoration de corniche comprenant des griffons et des candélabres n*appariient guère à Tart classique.

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fragment dn plan de Rome oonserré an capitt On y voit nn double rang de colonnes snr chat des longa c&tès et nn triple rang à l'extrémité, avantd'un hémicycle oti est in8critlaniot:LIBî TATIS. M. ûnadet, autenr de l'article Basil dans le dictionnaire Daremberg, en conclat a'' raison g,ne cet hémicycle formait, non nn trib nn mais un sanctnaire consacré A cette déesse ; le tribunal de commerce étant partie essentie d'une basilique, c'est un motif de plus pc penser que l'autre extrémité, disparne du pli était symétrique k celle-là. On voit de p] par la médaille et aussi, selon M. Onad' par l'nsuredes marches, indifférammentrépand Ik où il ne pouvait paj y avoir de porti que cette basilique n'était point fermée murs, mais simplement enceinte de coIonn< Oeci est confirmé, sauf une restriction cependai par le plan lui-même, quiindique l'emplaceme des colonnes et n'offre point de ligne pleine, si n'est à l'hémicycle et pour compléter la cl6tn de l'extrémité qu'il occupe.

Quant aux thermes ou grands bains public dont les pins fameux furent l'œuvre d'Agrip] d'abord, puis du pouvoir impérial, c'est snrto parles fouilles des thermes de Garacalla qu'( peut aujourd'hui les connaître. Nibby eu donné une description assez détaillée aux pagi 440-448 de son Itinerario di Borna. Ils fo] maient un immense carré, dont le côté mesui

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environ 1140 pieds romains; le bâtiment intérieur en a environ 560 de long sur 360 de large. On arrivait à la façade principale de Tenceinte extérieure (celle de Test) par une voie flanquée de portiques, et elle-même offrait l'aspect d'un portique formé d'arcades, derrière chacune des quelles se trouvaient des pièces que Nibby croit avoir été des boutiques et des logements de soldats. Les parois de Tédiflce étaient revêtues de marbre, jusqu'à une hauteur assez considérable, et le reste de stuc. Une grande corniche couronnait la partie centrale, que surmontaient des terrasses décorées de mosaïques. Au-dessus des arcades étaient d'autres pièces où l'on entrait par la cour conduisant à l'édifice intérieur ; il paraît que la partie antérieure de cette cour était plantée d'arbres, et que les parties latérales étaient ornées de portiques. Il serait beaucoup trop long de décrire ici la disposition compliquée et surtout la riche décoration de cet édifice ; il suffira de dire qu'il contenait les bains proprement dits^ tels que nous les connaissons, avec tous leurs accessoires, répartis dans des salles et des cours intérieures, et que les lois de IjA symétrie étaient rigoureusement observées dans la répétition des parties de Tensemble.

Mais n'est-ce pas une caractéristique bien frappante de ce siècle, que le plus grand monument artistique de son existence soit, à Rome, un établissement de bains ? F. R.

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