LES CITOYENS D*0RIGIMES DIVERSES
père était un simple chevalier de Tibur. Or, Tacite écrivait après les règnes des Flaviens, originaires d'une ville d*Ombrie, Reate, et sous le règne de Trajan qui était né en Espagne. Les citoyens d'origine municipale étaient donc tenus en moindre estime que ceux qui étaient issus du territoire romain proprement dit, et ce préjugé, bien qu'il ne fût soutenu par aucune distinction légale, subsista, malgré les faits de plus en plus nombreux qu'il ne pouvait pas empêcher, jusqu'aux derniers temps de l'empire. Ammien Marcellin nous montre la populace de Rome poursuivant de ses clameurs au spectacle ceux qu'elle appelait des étrangers (!)•
Mais si les citoyens d'origine italienne étaient au-dessous de ceux qui sortaient des murs mêmes de Rome, ils étaient au-dessus des citoyens d'origine provinciale et leur rendaient le dédain dont ils étaient eux-mêmes l'objet. Le même Juvénal que nous avons vu tout à l'heure opposer avec satisfaction à la vieille aristocratie^ qui avait failli perdre Rome, l'origine équestre et municipale de Gicéron, qui la sauva, s'indigne qu'un citoyen d'origine orientale, puisse apposer le premier son sceau sur un acte public et enlever à un. vrai Romain la place d'honneur i table : « Quoi, dit-il, il signera avant moi, il
« occupera i table un meilleur lit, cet homme (1) Ammien Marcellin, xiv, 6, 22; zxvm, 4, 32.
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« Tenu à Rome avec le yent qui y apporte les a prunes et les figues? N'est-ce donc rien que ce d*ayoir respiré dans son enfance l'air du a mont Àventin et mangé les fruits du pajs a Sabin (1). »
Jusqu'à la fin du second siècle de l'empire, les cohortes prétoriennes, qui formaient un corps privilégié et étaient regardées comme une force purement nationale^ se recrutaient exclusivement dans le Latium, TÉtrurie, TOmbrie, les anciennes colonies de l'Italie centrale, et les chevaliers, qui ne servaient plus dans la cavalerie légionnaire, formée par les alliés sous le commandement d'officiers supérieurs romains, continuèrent cependant à servir parmi les prétoriens, de telle sorte que, tandis qu'auprès des légions, il n'y eut plus, pour faire le service à cheval, que des ailes, ancien nom de la cavalerie auxiliaire, il y eut toigours une cavalerie du prétoire; aussi Othon appelle-t-il les prétoriens, dans un discours de Tacite, ce Italise alumni, « Romana vere juventus (2). » Les mêmes idées inspirent les murmures que provoqua la mesure par laquelle l'empereur Claude accorda aux citoyens les plus distingués de la Gaule trans-
(1) . • • • • Md prior iUe
Signabit, fùltusque toro meliore recumbet, Advectus Romam que pruna et coctona rento?
(Juyénal, xin, 81.)
(2) Tmte, sut., h 84.