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LES TEMPLES DU SIECLE D'AUGUSTB

« de Mars, celle de Vénus, mais plutôt, selon moi, « parce que sa forme de coupole (OoXoeiSèç) le fait ressembler à la voûte du ciel. » (1)

Après avoir expliqué (2) que l'existence, dans des pays de langue grecque, de plusieurs panthéons, dans le sens connu du mot, avait naturellement suggéré la pensée d'interpréter ainsi le nom du panthéon d' Agrippa, Jordan ajoute qu'il ne faut pas confondre nàvQetov, mot dont se sert Dion-Cassius et qui est le neutre de l'adjectif ndvOeioÇy avec ndvQsoVy dont on trouve à peine quelques exemples chez les auteurs byzantins. Pantheus (avec pénultième brève) est une épithète de certains dieux à attributions multiples et indéterminées, comprenant toutes les fonctions providentielles; noLvOeioç au contraire, d'après son étymologie et les habitudes de la langue grecque, correspondait au Isitm prce-divus (3). C'est dans ce sens, plutôt que dans le sens matériel indiqué deux siècles après par Dion-Cassius, que Jordan croit devoir interpréter le nom et l' épithète de ce temple (4) ; cela dit, arrivons au monument.

(1) Voy. Jordan, p. 4.

(2) Id. p. 5-12.

(3) Id. p. 12-13.

(4) Id. p. 14, Nibby (Jtinerario di Roma^ p. 374) avait de plus fait remarquer un texte de Pline, disant que le Panthéon fut dédié à Jupiter Vengeur. Ce texte doit être rapproché de celui de Dion, non-seulement, comme le dit l'auteur, comme contredisant l'opinion commune, mais

t . iM

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€ ArintérieuT, dit M. Duruy (1), ce temple rond étonne par la hardiesse de sa voûte, la plus vaste qui soit au monde et qui paraît reposer sur le sol, comme, aux extrémités de l'horizon, la voûte du ciel semhle reposer sur la terre. » Ce que l'auteur exprime là, c'est l'impression produite et non le témoignage des yeux proprement dit, car il ajoute en note : c La voûte ne descend pas jusqu'au sol ; elle s'appuie sur un poditmi ou mur circulaire de 22 métrés 50. » — « Au sommet, elle s'ouvre par un orifice de 27 pieds de diamètre, de sorte que l'énorme masse semhle tenir par un miracle d'équilihre ; et le temple tout entier ne reçoit de jour que de la lumière qui descend d'en haut (2). Agrippa voulut évidemment que le premier monument de la Rome nouvelle fût un symhole de l'Univets, dont

la Rome d'Auguste occupait la meilleure part

Malheureusement l'ornementation affaiblissait, par la multiplicité des détails, l'impression de

parce qu6 cette destination rappelle Tidée d'excellence, les épithètes d'Aeternus, Sempiternus, attribuées alors à Jupiter, étant, dit M. Jordan (p. 14) des équivalents de Panthéus.

{!) Hist. des Rom. IV. p. 206, 209, (207-8 est une planche.)

(2) Un écrivain de nos jours dont il sera question tout à l'heure pense qu'il n'en était pas ainsi jadis, mais fans en donner aucune preuve.

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Tensemble (1) Il faut, bien avouer que cette

allégorie en pierre, majestueuse à l'intérieur paraît du dehors écrasée et lourde. On a dit trèsbien : une coupole, si vous la regardez du dehors^ vous dérobe en tournant une partie de son étendue, parce qu'au lieu de se développer elle s'enveloppe et se montre en raccourci. » (2) C'est pour cela qu'elle gagne beaucoup à être vue à distance et que, comme on l'a dit aussi, en rappelant le mot d'un grand artiste du xvi® siècle, pour apprécier pleinement le Panthéon, il a fallu « le mettre dans les airs, » en le reproduisant au sommet de la basilique de Saint-Pierre.

Cet inconvénient disparaît, mais avec la majesté de l'ensemble, dans le modèle originaire des temples ronds de Rome, c'est-à-dire dant le petit temple de Yesta, comme dans le temple de Mars Ultor ou Bisultor, élevé par Auguste, vengeur de César à Philippes et vemgeur de Crassus par l'humiliation des Parthes, temple qui ne se composait que d'une petite coupole (3). Le Panthéon d' Agrippa, au contraire, rappelle par un point l'ordonnance des temples grecs, alors en faveur à Rome : il est précédé d'un pronaos

(1) Nous verrons bientôt que rornementation fut refaite ou modifiée plus tard.

(2) Ibid. p. 209-10.

{S)Ibid, p. 2U, note 1, et Parker, The forum Romanum p. 25 et pi. XXVI.

octostyle, partagé en trois nefs, dont la plus large, celle du milieu, communique seule avec le temple circulaire. (1) Nibby {ubi supra) donne à ce pronaos la désignation de portique, qui lui convient en effet, les colonnes de côtés n'étant point, non plus que celles de la façade, reliées par des murs ; cependant pronaos est le terme dont se sert Dion Gassius au passage indiqué, sans doute à cause des divisions intérieures, qu'on n'avait pas Thabitude d'introduire dans les portiques, surtout dans le sens de Taxe du temple. L'inscription d'Agrippa, placée sur cette partie même de l'édifice, constate d'ailleurs qu'elle faisait partie, quoi qu'on ait dit, du plan adopté par l'ami d* Auguste et n'est point une addition d'un autre temps (2).

La décoration du temple avait été formée d'éléments grecs, mais modifiés et combiné»

d'une façon assez originale^ « Elle se composait, dit M. Adler (3) de pilastres corinthiens, plus sveltes que de coutume, avec un entablement ionique, exposés sur un stylobate élevé. Les fûts étaient plats, avec des chapiteaux à volutes de bon goût ; ils étaient assis sur de riches bases de style ionique-romain. Les bases et les chapiteaux ressor talent seuls en avant du mur ; les fûts

(1) Voy. le plan dans Nibby et dans Adler ftnfraj,

(2) C'est ce que fait observer l'auteur de VltineraHo,

(3) Das Panthéon zuRom. 1871, p. 4.

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aplatis et enclayés étaient unis ; seule, la couleur, par l'opposition entre Taspect du porphyre et les traits jaunes de la muraille, faisait ressortir le dessin architectonique et la différence entre les murs et leurs appuis. » Huit niches avaient été pratiquées dans Tépaisseur du mur ; deux d'entre elles ont été ouvertes au commencement du XVI® siècle (1). L'auteur croit que des fenêtres, dont il ne reste plus de trace, donnaient du jour dans l'édifice. On trouvera, dans le chapitre suivant, quelques mots sur les travaux ultérieurs de décoration ou de restauration qu'on y fit après Auguste. A cette heure, ce qu'ilimporte d'ajouter, ce sont quelques observations empruntées au même archéologue sur le procédé de la construction.

Le Panthéon présente, nous l'avons vu, une coupole hémisphérique, largement éclairée par le haut, en d'autres termes, une voûte sans clef de voûte. Son existence pose donc un problème dont les termes sont, en apparence, contradictoires. M. Adler pense que la solution n'en avait pas imaginée par les Romains, bien qu'ils eussent déjà (nous l'avons vu) élevé de petites coupoles (2), mais qu'ils en trouvèrent des modèles en

(1) Jbid, p. 6.

(2) Jbid. p. 16.

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Orient, dans les pays aux gigantesques constructions de briques, pays dont l'art s'était réveillé sous les successeurs d'Alexandre, et où deux siècles venaient d'en accumuler les expériences (1). Mais il reconnaît aussi que la science des grandes voûtes n'est pas ici seulement importée ; qu'elle a reçu à Rome un développement énorme. Octave et Agrippa s'efforcent d'en faire la capitale du monde, et ce développement était, selon l'auteur, le dernier résultat de combinaisons tentées à Pergame dans le ni* siècle, à Athènes au II*, et qui se montrent aussi à Rome, dans la façade du théâtre de Marcellus ainsi que dans leTabularium(2).Toutcela peut être vrai, mais l'œuvre romaine paraît être ici une création véritable, puisqu'elle cotnporte la solution d'un étonnant problème, et laisse place à un sentiment de sincère admiration.

Il convenait de s'arrêter sur un monument à la fois original et placé, par sa conservation exceptionnelle, à portée d'une étude complète ; d'autant plus qu'il reste peu de chose des autres temples élevés à la même époque. Le temple rond de Mars Ultor, dont il vient d'être question, ne nous a laissé que sa figure plus ou moins correctement tracée sur une médaille d'Auguste.

On trouve, dans une inscription chrétienne, l'in-

(1) Ibid, p. 1W7, 18.

(2) Ibid. p. 18.

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dication probable de sa place topographique (1). D'un autre temple, dédié au même dieu avec la même épithéte et qui fut élevé sur le Forum d'Auguste, nous avons des restes importants, constatant qu'il était de forme oblongue, suivant l'usage général des temples grecs et romains. Il était octostyle et d'ordre corinthien, bien qu'à cette heure (2) quatre seulement des colonnes de face ne soient pas entièrement ensevelies. La corniche postérieure du temple reposait sur le mur oriental du Forum d'Auguste (3) ; il ne doit donc pas être antérieur, mais il appartient au même principat, puisque le Testament d'Auguste porte ces mots : In privato solo Martis Ultoris templum (f)orumque Augustum (ex mani) Mis feci.

Le temple de la Concorde, situé à l'angle N.-E. du forum romanum et appuyé par derrière sur l'Aerarium était beaucoup plus ancien car il remontait à la fin du IV* siècle et avait été rebâti l'année de la bataille de Cannes ; mais il fut reconstruit de nouveau par Auguste : l'on y reconnaît, dit Parker (4), des vestiges des trois époques ; l'enceinte, en grosses pierres carrées, est de la dernière. Le podium ou ligne des

(i) Parker, The fortin romanvvm^ p. 18,

(2) Ou du moins en 1876.

(3) Id. ibid. et 39. — La forme du temple est donnée par ses substructions, qu'on a retrouvées dans des caves. (Ihid.) Cf. Duruy, m. |). 769-70.

(4) Ihid. p. 5 et pi. III.

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fond ements subsiste seal de cette enceinte, mais il a encore quinze pieds de hauteur; il est donc facile d'en examiner l'appareil aussi bien que la forme, tandis que trois colonnes coatiguës, surmontées de l'architrave correspondante, permettent d'étudier le mode d'ornementation. Enfin l'identité de ces ruines avec le temple de la Concorde est constatée par l'exacte correspondance de leur forme et de leur emplacement avec ce que nous montre un fragment d'un plan antique de Rome, conservé au Gapitole, oii se lit au même endroit le mot concoRDIA (1). Nous trouvons donc ici les éléments d'une étude complète sur la manière dont on concevait et pratiquait, dans la Rome d'Auguste, l'architecture religieuse, quant aux temples gréco-romains. Il est vrai, Nibby nous dit que l'incendie du Gapitole, arrivé lors du renversement de Vitellius, s'étendit au temple de la Concorde et qu'il fut réparé par Vespasien (2) ; mais, quand il

(1) Emile Braun, Dos foi^um § IV.

(2) Itinerario di Roma p. 152. Cependant Tacite ne parle pas du Temple de la Concorde, quand il raconte l'incendie de celui de Jupiter (Sist, III, 71-72), et Suétone ne le compte pas parmi les travaux de Vespasien {Vesp. 8-9). Cf. D. C. LXVI, 10, qui dit simplement T^vre vi&iv rbv iv KocnirtaXC^ tùdbç oUo^ofittv rlp^ccxo. Il est donc probable qu'il y a eu ici confusion dans les souvenirs de Nibby, de même qu'il semble placer sous Tibère la reconstruction du Temple dont Ovide dit seulement (Fastes I, 645-50) qu'elle fut faite à l'occasion des conquêtes du ûls de Livie.

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en serait aiosi, ce qni nous eo demeure ne doit pas appartenir à la réparation du désastre d'un incendie, car le goût des détails qui vont étco décrits d'après M. Braun n'est point celui que nous trouverons plus loin comme appartenant au siècle des Plaviens et des Antonins. C'est un motif de plus de ne pas attribuer, comme on l'a fait souvent, les trois colonnes au temple élevé en mémoire de Vespasien tui-mëme, entre celui de la Concorde et celui de Saturne (1).

d L'ornementation du temple de la Concorde, dit Brann (w6t supra), est également riche et affranchie de surcharge inutile. Les trois faces de la traverse principale (Hauptbalken) sont bordées et garnies, du haut en bas, d'an cordon de perles, d'une baguette d'oves et d'une bordure d'arabesques. Puis vient la partie lisse de la frise, sur laquelle court une guirlande de feuilles; au-dessus est un large filet dentelé ; perles et oves ressortent gracieusement dans les ombres, et de charmantes consoles soutiennent le chambranle. >

(1) Une autre confuaioti a été produite par le fait qae Serriua place eea deui derniers l'un tout près da l'autre, empruotaot ce détail à ud grammairien qui âcrirait avant qu'ils fussent séparés par le temple de Veapasien, Cette remarque, précieuse pour le classement des monuments capitoljns, est donnée par M. Brauu comme appartenant à M. Sachs. [Gesckichte wnd Besehreibung der alten Bom.)

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Un peu plus loin Tauteur ajoute : « Le soul)assement du temple témoigne du mode grandiose de sa construction , parfaitement adaptée à la position qu'il occupe. C'est un noyau de briques, percé de voûtes, revêtu de ciment et de pierres de pépérin taillées. Aux angles, elles sont fortifiées par des blocs de travertin, recouvert de plaques de marbre, »

Cette mention de l'emploi du marbre pour un revêtement partiel doit être rapprochée de ce fait que le mausolée d'Auguste, grosse tour, aussi large à la base qu'elle était haute, et formée de trois étages en retrait, dont chacun était couronné d'une plantation de cyprès, éilBiit aussi entièrement recouvert de marbre bfanc (1). On doit en rapprocher aussi le témoigaage de Pline (xxxvi-24), cité par M. Duruy, que 400 colonnes de marbre décoraient les édifices élevés pendant l'édilité d'Agrippa (2). L'aspect des monuments changeait ainsi, et ce n'est pas tout à fait au figuré qu'il faut prendre le mot attribué à Auguste qu'il avait trouvé Rome de briques et qu'il l'avait laissée de marbre (3),

(1) Duruy. Eist. des Rom. T. IV, p. 210-H. L'auteur ajoute : « Au sommet, la statue d'Auguste dominait un petit temple rond, où se trouvait l'urne qui devait recevoir les cendres de l'empereur. » — On peut donc classer ce mausolée parmi les monuments religieux de l'époque.

(2) Ibid. T. m, p. 762.

(3) Ibid, T. IV, p. 211.

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surtout si Ton se rappelle robservation faite plus haut sur les matériaux employés pour les constructions élevées précédemment dans le Latium.

On ne saurait omettre ici la mention du temple de Rome et d'Auguste, à Ancyre (Angora), dans l'ancienne Galatie, devenue province romaine sous Auguste lui-même (1).

On en trouvera la description, faite par M. Guillaume, dans la Revive archéologique de décembre 1871 et janvier 1872, et surtout dans le grand ouvrage de MM. Perrot et Guillaume sur leur mission archéologique en Galatie; il ne peut d'ailleurs être question ici que d'en signaler les traits essentiels, pour faire connaître, par un exemple appartenant à l'époque la plus florissante de l'empire, ce qu'était, dans une province orientale, un monument du culte officiel.

Ce temple, construit en marbre, avec des fondations en pierre (2), est orienté du N. E. au

(J) C'est sur les murs de cet édifice que Ton a trouvé, en grec et en latin, le texte de la fameuse inscription résumant les faits d'administration d'Auguste et dans laquelle, ainsi que les anciens rois de l'Orient, il parle à la première personne. On l'appelle tantôt le testament d'Auguste, tantôt le monument d' Ancyre.

(2) Cependant le marbre ne c jmprend que la moitié extérieure de répaisseur du mur ; voy. Revue archéol, 1872, T. I. p. 29-30. On a eu soin de donner aux blocs une hauteur à peu près uniforme; mais ils diffèrent beaucoup en longueur.

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S. 0. (1); les murs latéraux sont terminés par des antes ou piliers en saillie; le mur transversal, séparant le naos ou cella du pronaos, est conservé, ainsi que la belle porte qui établit la communication entre ces deux parties de l'édifice. Ce temple avait aussi un opisthodome ou second pronaos à Topposite du premier ; le mur transversal qui le séparait du naos est détruit, mais les traces ou arrachements en sont bien visibles sur les murs latéraux. Il ne reste rien des portiques qui ont dû entourer le temple ou tout au moins le précéder; mais on peut les reconstruire par la pensée, en assimilant aux antes qui subsistent les colonnes qui ont disparu (2) et qui devaient leur ressembler, sauf la différence du pilastre à la colonne. « Leur proportion (3), dit M. Guillaume (4), indique que Tordre des portiques était très-svelte et semblable à celui du temple de Vesta, à Rome,

(1) La façade principale regarde le N. ; Vitruve demande, nous l'avons vu, qu'elle soit à l'occident de l'édifice ; l'ancien art grec pratiquait habituellement la coutume opposée. La façade du Panthéon est au Nord, celle du temple Mars Ultor, au S. 0. et celle des temples situés au pied du Gapitole au S. {Ihid. p. 37-8).

(2) M. Guillaume pense qu'elles ont été transportées à Constantinople.

(3) Celle des antes.

(4) Revive arohéol. 1870-1 p. 354-5 du !•' Tolume.

LE TEMPLB D'ANGYKE 83

qui a onze diamètres (1) ; elles diminuent (2) d'une manière très-accentuée, de près d'un sixième. Les chapiteaux étaient composites ; les ornements en ont presque disparu. Celui sous lequel est gravée la longue inscription dédicatoire a conservé, sur la face qui regarde le pronaos, les traces du torse et de l'aile d'une Victoire qui en formait le centre. A l'autre extrémité du mur, la face du chapiteau qui regarde la mosquée (3) a conservé les mêmes vestiges ; tous deux ont encore aussi une partie de la moulure ornée de trèfles qui surmontait également le rinceau dont la muraille est couronnée, dans les pronaos et sous les portiques latéraux ; les rinceaux prenaient naissance des chapiteaux même, et, près de leur départ, d'autres Victoires ailées étaient assises sur les premiers enroulements. » On voit

(1) Onze diamètres du bas de la colonne, comme met Bure de sa hauteur ; c'est un peu plus que le corinthien, 1« plus élancé des ordres grecs proprement dits, dont le fût a dix diamètres de hauteur.

(2) Du bas au haut du fût.

(3) Construite auprès du temple et dont l'angle atteint le mur du pronaos. Le temple lui-même avait été transformé en église, ce qui avait nécessité l'ouverture de trois fenêtres et probablement l'enlèvement du second mur transversal ; le chœur avait dû être placé dans le pronaos postérieur et peut-être s'étendre dans le portique de ce côté, le reste de l'édifice étant ouvert aux fidèles, tandis qu'au temps du paganisme le peuple t'assistait dans le temple à aucune cérémonie. Voy, p. 350-1, 355 dt la RevtM arohéologiqi^.

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combien noas sommes éloignés du Parthénon et du Capitole.

Les murs étaient à bossages, dont on avait abattu un certain nombre, tant au pronaos qu'à l'extérieur, pour obtenir la surface continue réclamée par la gravure de VIndex rerwn gestarum d'Auguste. La porte dont il a été question est décorée d'une frise bombée ; les pieds-droits en sont inclinés ; le seuil terminait une série de degrés montant du pronaos dans le naos. Quant à la cella, la décoration en était fort simple, à cause du fait rappelé en note, que les cérémonies du culte s'accomplissaient à l'extérieur. « La moulure, presque partout détruite, qui reposait sur le soly est simple et sans ornement ; la même assise qui porte le méandre extérieur offre à l'intérieur un bandeau tout uni ; le chambranle de la porte, si finement sculpté au dehors, est, dans la cella^ d'une simplicité que peut seule égaler la rudesse du larmier qui en forme le couronnement. L'assise qui porte au dehors le rinceau présente à l'intérieur une architrave assez sobre, sur laquelle reposaient sans doute les poutres du plafond. Les bossages n'existent que sur treize assises ; puis vient une élégante corniche de profil gre?, au-dessous de laquelle étaient sculptées des guirlandes dont il ne reste que les attaches (1) ». Des fouilles ont montré que la

|^)yoy. p. 355-6. Pour les dessins, la Mission de Galatie, pi. 14-20, 23, 30, et Duruy T. IV. p. 154-5. Les cham-

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décoration était la même dans les deux pronaos.

Terminons ce paragraphe par quelques mots sur les édifices sacrés d'un municipe italien conservé jusqu'à nous sous la cendre du Vésuve, c'est-à-dire de Pompéï. On en connaît déjà un certain nombre, et je vais décrire sommairement ici celui du forum, déjà attribué,ily aune vingtaine d'années, à Jupiter, à cause d'une tête colossale de ce dieu qu'on y a trouvée, celui de la Fortune et celui d'Isis (1). Le premier est élevé de trois degrés au-dessus d'un stylobate (pulpitum) ou plate-forme, auquel on arrivait par un escalier de dix marches. L'édifice se composait d'un pronaos d'environ 15 métrés sur 12 et d'un naos de même largeur, longde 18 m. 1/2, séparé du pronaos par un mur percé d'une porte : ce temple n'avait pas d'opisthodome. On reconnaît, dans le pronaos, les bases de douze colonnes corinthiennes :

branles sont les encadrements des portes ou des fenêtres ; les pieds-droits sont la partie des jambages qui contiennent le chambranle ; les rinceaux sont des sculptures, recourbéee ou enroulées, empruntées à l'ordre végôtal ; ici et ailleurs on pourra, pour les termes d'architecture ancienne, consulter la V* partie de mes Institutions de la Grèee antique, surtout le chapitre II.

(l)Voy. les pages 14-21 du troisième volume d'une publication intitulée Chefs-d'œuvre de l'art antique et contenant diverses antiquités de la Grande-Grèce. J'ai rédigé le texte des volumes II et III. C'est à tort qu'on m*a attribué celui du premier.

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six de face et quatre de côté (celles des angles comptant pour les deux séries), à entre-colonnements égaux. Dans l'intérieur de la cella, se trouvaient, à droite et à gauche, huit colonnes ioniques, dont les aies se terminaient sans doute par des pilastres de cet ordre adossés aux murs d'entrée et du fond. Au-dessus, selon le système de construction adopté pour les basiliques, un second rang de colonnes formait une galerie, à laquelle on arrivait par un escalier. Ce temple ne donnait pas directement sur le forum de Pompéï : il en était séparé par un petit vestibule, une cour ou area^ non environnée de portiques, et une enceinte ou péribole, enfermant tout le terrain sacré. Stylobate et cella étaient revêtus de marbre. Suivant l'usage, la statue, dont on voft encore le piédestal, était dans l'intérieur du temple, et l'autel à l'extérieur.

Le temple de la Fortune Auguste est élevé aussi sur un stylobate, mais n'a point de pronaos : la cella était seulement précédée d'un portique tétrastyle, en marbre blanc, avec entrecolonnements égaux. Au fond du temple, était une sorte d'abside à courbe très surbaissée, garnie de deux pilastres corinthiens et précédée de deux colonnes. Dans l'épaisseur du mur, à l'intérieur de la cella, on avait ménagé quatre niches revêtues de marbre et destinées à des statues, dont deux ont été retrouvées. L'autel est au bas du stylobate. Il reste peu de chose de

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