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CHAPITRE IV

DE L'ABAISSEMENT, DE LA PATIENCE, DE LA RESIGNA- TION DE L'HOMME MORTIFIE, DES MARQUES QU'lL DOIT AVOIR EN LUl-MEME POUR N'ETRE PAS ABUSE

II y a trois choses qui suivent ordinairement la mort de I'homme : la premiere, c'est qu'on I'ensevelit et qu'on le met dans le tombeau; la seconde, qu'il est permis de le fouler aux pieds jusqu'au jour du dernier jugement; et la troisieme, que son corps se r6duit en poussi6re. C'est a ces trois caracleres que I'on reconnait celui qui

est vraiment homme de Dieu et parfaitement mort au monde. Car, premi6rement, il s'abaisse sous la main de Dieu et sous le pouvoir des hommes avec une si profonde humility , qu'il ne s'6l6ve jamais dans son ame aucun mouvement de vaine gloire contre son prochain; mais, au contraire, il se persuade qu'il n'est personne qui ne soil meilleur et plus saint que lui devant Dieu, et il s'estime sinc^rement la plus vile et la plus abjecte des creatures. Secondement, il souffre, avec une ferme confiance et une humble resignation, d'etre foul6 aux pieds de tout le monde jusqu'au jour du dernier jugement, c'est-a-dire qu'il endure de bon coeur et avec simplicity, jusqu'a la mort, loutes les disgraces, toute la confusion, tons les opprobres et les affronts, toutes les douleurs et les souffrances, de quelque part qu'elles lui arrivent, ou justement ou avec injustice, sans s'excuser ni se d6fendre, sans se plaindre ni se venger en aucune fagon, mais demeurant dans un assujettissement et une insensibility pareils a celle d*un corps renferm6 dans le s6pulcre. II reQoit avec une 6galit6 d'esprit inalterable tout ce qui lui arrive ou tout ce que lui causenl les autres,soiten bien, soiten m.il, une chose agr6able ou facheuse, une louange ou un m6pris, et il demeure sans trouble el sans agitation, exempt de lout d6sir de vengeance. Troisi6mement, il est

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entiferement mort et an^anli pour tout ce qui n'est point Dieu; il se confle en lui avec courage; il renouvelle sa ferveur, et il 6toufTe tellement dans son cceur les d6sirs et la cupidity des biens terreslres et.passagers, que, soil que Dieu I'enrichisse ou le r^duise a I'indigence, il demeure toujours soumis a ses ordres avec une resignation parfaite, et se repose en lui seul. 11 ne regoit des cr6atures que les choses n6cessaires et dont la nature ne se peut passer; il s'abandonne luim^me avec tout ce qu'il possMe, et se depouillanl de tout ce qui pourrait le faire tomber dans la recherche de soi-m6me et lui en faire acqu6rir la jouissance et la propri6t6, il se r6duit au n6ant, afin que la volont6 de Dieu s'accomplisse en lui sans aucune sorte d'emp6chement.

II y a encore une autre mort spirituelle : c'est cette aflliction qui n'a point de forme, qui nous arrive par des chemins inconnus, et qui ne permet jamais de terrae ni de relache a nos devoirs. Ce sont ces voies d6sertes et arides par lesquelles le Dieu tout-puissant fait passer d'ordinaire ceux qu'il aime, et dont nous devons faire I'objet de notre mortification, sans nous dissiper au dehors et rechercher ailleurs du soulagement, de la joie ou du plaisir; tenons-nous, au contraire, dans une attente continuelle de ce que Dieu nous prepare par cette affliction int6rieure, nous immolant

volontairemenl. Que notre conscience nous puisse rendre ce t6moignage : que nous sommes v6ritablement morts et crucifies avec J6sus-Christ, qui s'est vu 61ev6 sur la croix dans une affliction el un abandonnement extreme, sans assistance ni soulagement quelconque, et qui a rendu I'esprit dans cet 6tal entre les mains du P6re 6ternel. G'est de ces sortes de perfections que parle saint Paul quand il dit : Vom Hes morts , et votre vie est cachee en Dieu avec Jesus-Christ ; car, alors que Jesus-Christ qui est votre vie viendra a paraitre^vou^ parailrez aussi avec lui dans la gloire. (Coloss., III.)

Certes, c'est une oeuvre bonne et digne de louanges de niMiter la passion du Fils de Dieu, et de reciter souvent avec abondance de larmes la pri6re du Seigneur. Mais c'est une chose bien plus agr6able a Dieu de suivre J6sQS-Christ dans I'abaissement et rhumilil6. Allezoii vous voudrez, vous 6tes appel6 de Dieu pour le suivre au Calvaire, et il faut que vous portiezquelque croix. Si vous voulez en 6viter une, vous en rencontrerez une autre qui sera peut-6tre beaucoup plus pesante, et il n'y a point de sagesse humaine ni d'61oquence capable de vous d61ivrer de cette croix. Si vous voulez (5tre disciple de J6sus-Ghrist, il faut que vous viviez dans les souffrances : car le serviteur n'est pas plus grand que le maitre, ni le fils que le p6re, ni le

disciple que celui qui Vinstruit ; mais tout disciple est parfait lorsquHl est semblable a son maitre. (Joann., xiii, 16 ; Luc, vi, 40.)

Ces paroles contiennenl en abr6g6 tout ce qui se peut dire ou 6crire a cet 6gard, et toute la sagesse consiste en ce point, que vous appreniez a souffrir et a supporter les adversites.

Saint Pierre, qui 6tail un veritable imitateur de J6sus-Chrisl, dit aux fiddles : Jesus-Christ, qui n'avait commis aucun peche, a souffert pour nous, nous laissant un exemple, afin que nous marchions sur ses pas. (II Petr., 21-22.) Nous ne pouvons done prendre de voiepluscerlaine, plusassur^eet plus courte que celle que ce souverain Maitre de toute v6rif.6 a trouv^e, dans laquelle il a march6 et qu'il nous a enseign6e ; et il ne faul pas croire qu'il yenaitdemeilleureni de plus honorable que celle par laquelle nous retournons au P^re en suivant son Fils.

Mais de peur que quelqu'un ne s'6gare dans ce chemin, et afin que la grace et la nature agissent ensemble et de concert, nous indiquerons trois signes qui, se rencontranl en une personne, garantissent qu'elle n'est abus6e, ni par I'attrait dune fausse liberty, ni par les lumi6res trompeuses de la nature, ni par les faux proph6tes. Dieu pourra peut-6tre bien permettre que son ame soit troubl6e; mais, bien loin que cette agitation lui soit

d^savantageuse, elle contribuera a son salut 6ternel.

Le premier signe, c'estque lep6cheurs'applique s6rieusement a demander a Dieu une vraie et sincere connaissance de ses p6ch6s, et la grace de s'en confesser exactement avec une parfaite contrition ; et que, pers6v6rant sans relache dans le d^sir de satisfaire, suivant les ordonnances de I'Eglise catholique, il 6vite de toutes ses forces les occasions de rechute. Par sa pers6v6rance, il obliendra que Dieu accomplisse en lui les oeuvres de sa grace, et Taffranchisse de cette liberty malheureuse qui le porte au pech6.

Le second signe, c'est qu'il d6sire le salut et le bonheur de son prochain avec autant d'ardeur que son salut et son propre bonheur ; qu'il le secoure et le soulage selon I'^lendue de son pouvoir, tant dans les besoins du corps que dans ceux de Tame, afin de se rendre agr6able aux yeux de Dieu, et qu'il prie avec une 6gale charity pour ses amis et pour ses ennemis, et g6n6ralement pour tous ceux pour qui Dieu veut 6tre pri6. C'estl^ le veritable moyen d'aimer son prochain comme soi-m6me, et de n'^lre point abus6 par les fausses lueurs de la raison naturelle.

Le troisifeme signe, c'esl qu'il fasse de puissants eflforts pour imiter dans ses actions int6rieures el exl6neures la vie et la conduite ado-

rable du Sauveur, et qu'il deraande au P6re celeste de le vouloir unir si parfaitement a lui, qu'il ne trouve et ne remarque rien au fond de son coeur que J6sus-Christ crucifie (I Cor., 2), qui le conduise et r616ve a son P6re par le m6rite et la saintet6 de sa vie et de sa passion ; car il n'y a point d'aulre voie pour aller a la vie que le Fils, comme il I'assure lui-m6me par ces paroles : Je suis la voie; si quelqiCun entre par mot, il sera sauv^. (Joan., 10.) Dans cette voie, aucun faux proph^te. aucune liberty d^cevante, aucune lumi6re de la nature ne nous s^duiront.

II y a encore trois autj-es marques par lesquelles nous pouvons juger qu'une personne poss6de siiremenl des dons surnaturels.

La premiere, c'est qu'un homme aime son ennemi, et s'efforce de procurer du bien a celui qui lui desire du mal : ce qui 6tant une ceuvre bien au-dessus de la nature, et qui lui est enti^rement contraire, elle est comme forc6e de se quitter elle-ra6me pour se laisser conduire par la grace. J6sus-Chrisl nous a enseign6 par sa parole et montr6 par son exemple I'amour qu'on doit avoir pour ses ennemis, lorsque, priant pour ses bourreaux, il dit : Mon Pere, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. (Luc, 23.)

La seconde marque, c'est que I'homme aime son Dieu avec tant de fidelity, qu'il souhaite de

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loute r^tendue de ses d6sirs que toules les creatures brulent d'un si violent amour pour leur Cr6ateur, que ce Mailre souverain puisse accomplir en elles I'ouvrage de sa volenti sainte, comine il a r6solu de toute 6ternit6 de Taccomplir en nous lant que nous sommes, afin que son nom soit sanctifi6 en la terre comme au ciel ; et c'est encore la une des choses qui repugnent a la nature et a la volont6 de rhomme, car toutes les choses que la nature aime, elle se les reserve a elle seule, sans en vouloir faire part a d'autres. Mais la grace ne veut point jouir seule de son amour ; elle le communique a tous en toule occasion, et elle ii'a d'autre d6sir que celui de plaire a Dieu. C'est ici qu'il faut que la nature c6deel succombe enti^rement, et qu'elle renonce a toute sorle de propri6l6.

La troisieme marque, c'est que I'homme aime Dieu et le cherche avec tant de sinc6rit6, qu'il desire, avec I'Apdtre, que son ame soit s6par6e de son corps afin de pouvoir 6lre unie imm6diatement a son Dieu, sachanl bien que celte union parfaite ne se peul faire ni ne saurait 6tre durable que par la mort du corps. Que tous ceux done qui remarquenl en eux de ces sortes de d6sirs soient assur6s que ce sont des dons au-dessus de la nature : car la grace surmonle la nature dans celui qui s'offre lui-m6me a la mort et qui de-

mande d'etre an^anti, comme parle I'Apdtre : Malheureux que je suis, qui me delivrera de ce corps de mort f (Rom., 7.) II y en a plusieurs qui sont abuses par des suggestions et par des mouvements inl^rieurs, croyant que c'est Dieu qui les porta a faire ou a nepasfaire une chose plulOt qu'une autre, quoique ce soient des mouvements de la nature ou des inspirations de I'esprit s6ducteur. II ne suffit pas d'avoir une bonne intention, il est absolument n6cessaire que tous ceux qui s'imaginent 6tre bons consid6rent et examinent soigneusement si c'est dans la lumiere naturelle ou dans quelque autre lumi6re trompeuse qu'ils marchent ; car les actions qui partent de la nature seule, sans la grace, ne ni6ritent point la f6licit6 6ternelle. II faut done savoirque rinstinct ou la lumi6re de la nature qui parait dans I'entendement ne produit que des fantdmes et des illusions, et nous excite sanscessea la recherche, a la possession du plaisir, et a la vaine complaisance de nous-m6mes.

La lumi6re et le conseil de notre bon Ange nous poussent et nous sollicitent a mortifier partout notre nature avec une vraie discretion. La lumi6re et I'inspiralion de I'esprit malin nous 616vent, et nous jettent a la fin dans I'orgueil et dans la pens6e que nous sommes quelque chose, que nous savons quelque chose, que nous pos-

sMons quelque chose, que nous pouvons quelque chose. Get esprit nous donne une complaisance vaine ; il nous fait naitre a I'estime de nous-m6mes, et au d6sir de p6n6trer et de comprendre les choses les plus sublimes et les plus relev6es. II nous porte a la vaine gloire, au d6gotit des choses saintes, et a tous les autres p6ch6s, particuli6rement a ceux oii la nature a plus de pente ; il augmente la force et la vigueur de cette mauvaise inclination. Au contraire, la lumiere divine nous conduit a I'humilit^, a la resignation, a la chastel6, au d^nuementde toutes choses et ^ I'unit^.

Que chacun examine mainlenant a ces marques par quel esprit il est mu et par quel instinct il agit; car toute la luraifere, toute la connaissance, toute I'aclivite de I'homme dans I'ame et dans le corps, une rare intelligence de I'ficriture sainte, toute la sagesse de la raison el la plus grande subtilit6 de I'entendement, ne peuvent lui donner la tranquillity veritable, ni 6tablir la paix dans le fond de son ame. II n'y a que la seule lumi^re divine, cette lumi6re de la grace du Sauveur qui le puisse, lorsqu'on la re^oit avec une humility profonde et un amour tout divin. El afin qu'on connaisse plus parfaitement la difference qu'il y a entre la nature et la grSce, il faut savoir que le moi, le mien, les plaisirs, la propre volont6, la

finesse, la recherche et la possession de soi-mSme, toules ces choses appartiennent a la nature et en sont les propres marques.

Apprenez raaintenant par ce qui suit I'opposition el la diversity qui se rencontrent entre les productions de la nature et celles de la grace. La nature d6sire de vivre pour les creatures corruptibles; et la grace veut faire mourir I'homme a ces memes creatures. La nature se plait a faire 6clater toutes ses actions aux yeux du monde, afin d'en tirer de la gloire; et la grace cherche a 6tre cach6e, a 6tre inconnue, a 6tre m6pris6e. La nature souhaite une longue vie, et appr6hende la mort; la grace ne demande que le d6gagement et la separation de toutes choses pour arriver a J6sus-Christ par la mort. La nature est travaill6e de soins et d'inqui6tudes pour les choses de la terre; la grace ne s'en soucie point, parce que son amour I'attache ins6parablemenl au souverain bien. La nature est volage et inconstante dans ses oeuvres; la gr^ce demeure ferme et invariable dans la prosp6rit6 et dans I'infortune. La nature se plait en elle-m6me, aux nouvelles du monde, aux passe-temps et dans les creatures passag6res; la grAce n'a de d6sir ni pour soi ni pour les creatures, mais pour Dieu seul et pour la saintel6 de la vie. La grace rend I'homme humble, patient et juste, sans qu'il le sache ni qu'il s'en apergoive ;

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mais la nature veut tout savoir, el elle recherche partout les douceurs et les consolations int6rieures. Tout le secret de la vie spiriluelle consiste done a faire le discernement des actions de la nature d'avec les oeuvres de la grace : car le langage de la nature et de tout ce qui tient d'elle est, comme nous I'avons dit auparavant, ie moi et le mien, le plaisir et la peine; elle se cherche elle-m^me et pers6v6re dans son immorlilication. Mais Dieu el la grace, 61oignant toujours cet amour de soi-m^me, qui s'exprime par moi, a moi et mien, portent Thomme par ce moyen a se r^signer et a se mortifier en toules choses, et a pers6v6rer dans cette humble disposition.

Mais parce que la lumi6re, Tinstinct de la nature et les ruses de I'esprit malin ont quelquefois beaucoup de ressemblance avec les inspirations de TEsprit-Saint, nous devons demander a Dieu, avec une humble soumission, le discernement de la veritable lumi^re, et nous devons prendre conseil de noire Sup6rieur ou de noire Confesseiir dans toules les choses qui nous sont imporlantes, sans nous fier jamais a noire propre sens, de peur que le d6mon ne nous surprenne.

Enfin, vous pourrez connaitre par ces marques si voire dessein est bon ou mauvais; car, s il cherche ran6antissemenl el la destruction de voire propre volonl6, de voire inclination el de

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vos plaisirs, c'est pour I'ordinaire un effet de la grkce. La nature n'a d'empressement que pour la consolation at le plaisir; elle n'a d'autre d6sir que de s'appuyer incessammenl sur soi-m6me, at elle a toujours des raisons et des excuses contre tout ce qui la porle a s'abaisser et a s'hurailier. Le d6mon tache aussi d'exciter en elle ces m6mes mouvements; mais I'inspiration divine, qu'elle vienne de Dieu seul ou par I'entrpmise d'un ange saint, invite toujours I'lioinme a I'humiliation et a I'an^antissement de soi-m6me, sans lui laisser aucun pr6lexte du contraire.

La seconde marque, c'est que rEsprit-Saint, non seulement nous exhorte a accomplir les pr6ceptes divins et a suivre les conseils de J6sus- Christ, mais qu'avec le d6sir de les pratiquer, il nous inspire aussi la lumi^re d'une sage discretion, qui est si n6cessaire pour garder une juste mesure en les pratiquant, sans rien faire de plus ni de moins qu'il ne faut; au lieu que la nature et le d6mon passent d'ordinaire les bornes de la discretion. Et parce que la nature pourrait, par adresse et par subtilite, contrefaire I'esprit de Dieu en ce point, si vous voulez encore vous 6clairer davantage pour savoir si c'est elle ou non, apr6s que vous aurez reru cette inspiration, prenez quelque objet agr^able, et s'il se glisse dans voire ame avec charme et avec douceur,

c'est une marque que vos premiers mouvemenls 6taient des mouvements de la nature qui se clierchait elle-m^me, car une chose aime celle qui lui ressemble : Tunion de ces deux semblables donne du plaisir. Mais, au contraire, si vous trouvez du d6goilt et de ramerlume dans cet objet, c'esl un temoignage que votre premiere inspiration venait de I'Esprit-Saint.

La troisi^me marque est : si ce mouveraent ne cesse pas aussit6t apr6s qu'il est commence, mais pers6v6re pendant un long temps dans le m6me 6tat ; car la nature $tant inconstanle d'ellem6me, elle ne demeure pas longlemps dans une m^me assiette lorsqu'on lui fait quelque sorte de resistance. II en est de m6me de notre ennemi, que nous pouvons vaincre ais6ment et mettre en fuite en nous opposant a ses desseins. Mais la grace est conslante et durable lorsqu'on lui donne place et qu'on a soin de la conserver. Enfin, comme il u'est pas possible qu'on puisse connaitre de science certaine, en cetle vie, la difference qu'il y a entre la grSce et la nature, lorsqu'il vous arrivera quelque chose d'agr6able ou de facheux, d'avantageux ou de contraire a regard de I'ame ou du corps, soil qu'il vienne de la nature ou de la grSce, 61evez aussil6t vos yeux vers Dieu en le lui rapportant, et priez-le de faire que tout ce que vous approuvez serve a sa

plus grande gloire, lui qui est le maitre aussi bien de la nature que de la grace. Ainsi vous metlrez la grace aii-dessus de la nature par I'humble r6signation de vous-m6me, et par le d6sir que vous aurez d'ex6cuter avec z61e les ordres de la volonl6 de Dieu, lorsqu'elle vous sera connue. Que si vous 6tes en doute de savoir ce qui sera le plus agr^able au Seigneur, le plus stir c'est de choisir ce qui choque le plus la nature, pourvu que cela s'accorde avec I'ficriture sainte et avec la vie du Sauveur. Vous pourrez, en cetle sorle, relever et enrichir par la saintet6 de voire intention les oeuvres de la nature, et les offrir a Dieu avec un saint abandon, principalement celles k regard desquelles la volont^ de Dieu ne vous est pas assez connue.

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