S4 LES INSTITUTIONS
Le cinqui6ine, c'est qu'il regoive avec une douce resignation les afflictions que Dieu iui envoie, sans murmurer en aucune sorle contre Dieu ni contre les hommes, soil du peu de bien qu'il a requ, soil des grands maux qu'il souffre, mais qu'6tant satisiait de tout, il persevere avec patience dans I'^tat od Dieu I'a mis, sans en vouloir sortir par son propre choix : de cette sorte il jouira d'un repos solide et d'une veritable joie.
Le sixi^me, c'est qu'il soit dispose inierieurement de telle sorte qu'il soit tout a Dieu en toutes choses, que Dieu Iui soit toutes Glioses en tout ; qu'il connaisse et qu'il aime Dieu en chaque creature, et chaque creature en Dieu; et qu'il regarde aussi toutes les creatures selon la plus noble mauiere dont on les puisse considerer, savoir : en ce qu'elles sonteman6es de Dieu, comme de leur source.
Le septieme, qu'il tienne son esprit eieve a Dieu dans la purete, dans le degagement et dans la fermete, au-dessus des choses passageres et p6rissables, et que, demeurant loujours seul, unique, et indivisible en soi-meme, il se soutienne dans la constance et dans la ferveur de ses exercices; qu'il s'attacbe amoureusement dans le fond de son coeur et de toutes ses forces au Dieu tout-puissant, en sorte qu'il donne iSi tous
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les hommes un exemple de verlu et de sainlet6 en sa propre personne, et qu'il ram^ne a Dieu tout le monde par ses paroles, par ses oeuvres et par la conduite de sa vie. II faut, de plus, qu'il embrassela pauvret6volonlaire, la patience dans les adversit6s, I'abn^gation desa propre volont6; que I'ob^issance qu'il rend a Dieu soit sans bornes, sans reserve, et qu'il aime jusqu'a ses ennemis : car ce sont la les marques qui nous font connailre que I'amour divin el la perfection de la vie spirituelle sent caches dans une ame.
Or, afin qu'une personne puisse acqu6rir et conserver plus silrement tons ces rares avantages, il faut qu'elle ait soin de s'exercer de la mani6re suivante :
EUe 616vera souvent son coeur a Dieu, en iuiplorant par de ferventes oraisons le secours de sa grace, puisqu'elle ne peut, par elle-m6me, rien faire de bien. Que si elle tombe dans les moiudres p6ch6s, elle rentrera incontinent en ellem6me avec un grand brisement de coeur. et retournera a son Dieu dans un ferme propos de se confesser et de faire tous ses efforts pour se corriger de ses fautes. Elle ne manquera aussi jamais d'enlendre tous les jours la sainte messe avec une grande devotion et une profonde reconnaissance : car c'est dans ce sacrifice que se renouvelle chaque jour cette 6tonnante et incon-
cevable charit6 par laquelle le Dieu d'amour s'est donn6, et laiss6 comme un gage sacr6 a nous autres pauvres et mis6rables creatures. Et la elle d6sirera de toute I'^tendue de son coeur, avec una forte application d'esprit a ce myst6re et une grande puret6 d'intention, de recevoir tous les jours le corps auguste de J6sus-Christ par le minist^re de tous les pr^tres de I'univers ; et elle I'offrira avec eux a Dieu son P^re, tant pour elle que pour les vivants el les morts, mais pour ceux principalement auxquels elle desire que les nitrites en soient appliques, et elle en tirera de grands avantages : car le corps du Seigneur lui est donn6 spirituellement par tous les pr^tres qui sont en de^a et au dela de la mer, et peut-6tre aussi d'une fa^on beaucoup plus excellente et plus utile qu'a plusieurs pr6tres rafimes qui ne sont pas aussi bien disposes a le recevoir.
Elle se pr6parera aussi fort souvent, mais parliculierement les jours de f6te, a la communion de ce Sacrement adorable; et si elle ne pent pas avoir ce bonheur, qu'elle demeure sans trouble et en repos dans une veritable resignation, et qu'elle s'abaisse dans la vuede son propre n6ant ; mais qu'elle se dispose cependant a le recevoir en esprit, afin de r6pondre, au raoins selon r6tendue de ses forces, k I'excfes de Tamour de son Dieu. Elle 6coutera encore avec avidit6 la parole
de Dieu, lorsqu'on I'explique dans les sermons suivant le sens et la tradition de I'figlise sainte; elle la lira aussi elle-m6me, tant par le d6sir de s'instruire que par la volont6 de la pratiquer, puis elle s'arr6tera pendant quelque temps dans un grand recueillement,comme si elle avait regu le Corps du Sauveur, afin que la parole de Dieu, qui est la nourrituredel'ame, puisseagir en elle. Enfin elle fuira de tout son pouvoir toutes sortes de compajjnies, m6me les plus saintes, lorsqu'elle y serait en danger de n^gliger les vertus dont nous venons de parler, ou qu'elle y troaverait I'occasion de tomber dans quelque p6ch6.
GHAPITRE VI