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DE LA RACINE ET HE L'ENCHAINEMENT DES VERTUS ET DES VICES

Puisque la certitude de la Foi nous apprend que le Dieu tout-puissant est au dedans de nous, et qu'il est m6me plus proche de nous que nousm6mes, d'oii vient que nous ne le sentons point? C'est parce que sa grace ne pent agir en nous. Et pourquoi sa grace ne peut-elle agir en nous? C'est parce que nous ne la d^sirons pas avec un

ccBur humble et un profond sentiment de devotion. El pourquoi ne la d6sirons-nous pas avec un coeur humble? C'est parce que nous n'aimons pas Dieu de tout notre coeur, de tous nos sens. Et pourquoi n'aimons-nous pas Dieu de tout notre coeur et de tous nos sens ? C'est parce que nous ne le connaissons pas. Et pourquoi ne le connaissons-nous pas? C'est parce que nous sommes inconnus a nous-m6mes. El pourquoi sommes-nous inconnus a nous-m6mes? C'est parce que nous n6gligeons de faire une reflexion exacle sur notre vie? Et pourquoi ne faisonsnous point de reflexion exacte sur notre vie? C'esl parce que I'oeil de noire esprit e.U aveugl6. El pourquoi I'oeil de notre esprit est-il aveugl6? C'est parce qu'il est rempli de la boue et de la poussi6re des choses p6rissables. Par la boue el la poussiere, j'entends le d6r6glement de I'amour que nous avons pour nous-m^mes, pour les creatures, pour le monde, pour notre propre chair, et le plaisir que nous prenons dans loutes ces choses. El pourquoi I'oeil de notre esprit est-il couvert de boue el de poussiere ? C'esl parce que nous ne voulons pas mourir a notre sensualil6 et nous eiever a Dieu de loule I'^lendue de notre coeur. Voila pourquoi la lumi6re de la grdce n'agit point en nous.

Consid6rons aussi dun autre c()t6 I'enchaine-

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menl des vertus. Tous ceux qui d6sirent que Dieu r6pande sur eux les rayons de la grace et du veritable discerneraent, doivent m6priser et fuir I'amour du monde, ses plaisirs et sa fausse prudence ; car plus je goilte et je discerne les clioses de Dieu, plus je trouve de d6goilt et d'amertume dans celles du monde. Plus j'aime a ressentir cette amertume et ce d6goilt, plus j'ai de joie dans l'ob6issance que je rends a mon Dieu. Plus je lui rends d'obeissance et de soumission, plus j'ai de paix dans mon coeur et de tranquillity dans ma conscience. A proportion de cette paix int^rieure et de cette s6r6nit6 d'une conscience pure, mes sens sont relenus et gouvern6s par la sagesse, et mon entendement se trouve 6pur6. A proportion de cette puret6 d'esprit, s'accroit et se perfectionne la connaissance que j'ai de mon Dieu. A proportion de I'avancement que je fais dans la connaissance des choses de Dieu, je m'avance aussi dans la crainte chaste et le respect envers lui. Autant j'ai de soin d'6viter les p6ch6s, aulanl j'en apporte a me recueillir en moi-m6me et a m'y tenir renferm6. Autant je me retire dans moi et habite dans mon int6rieur, autant me reconnais-je tel que je suis. Autant de progr^s je fais dans cette connaissance, autant je congois de m6pris pour moi-m6me. Autant j'ai de m6pris pour moi, autant je suis 6loign6 de la poursuite des

honneurs et de toutes les choses passagferes. A mesure que je m'61oigne de la recherche de Thonneur et des aulres biens de la terre, j'entre en possession de la pauvret6 volontaire et spirituelle. Autant j'embrasse volontairement cette pauvrel6, autant suis-je 61oign6 de me plaindre du besoin des choses qui me manquent. Autant j'6touffe en mon ame de ces sortes de plaintes, autant je m'exerce a la patience ; je suis humble a mesure que je suis patient. A proportion de cette humility, j'6vite de m^priser ceux qui me m6prisent. Autant je m'abstiens de m6priser ceux qui me traitent avec m6pris, autant suis-je pauvre selon I'esprit et les affections du coeur. A proportion de cette pauvret6 spirituelle, je me trouve d6pouill6 de toule propre volont6. Autant je silis d6pouill6 de toute voIont6 propre, autant suis-je dispose a ne vouloir que ce que Dieu veut. Enfin, selon que je n'ai point d'autre volont6que la sienne, Dieu veut ce que je veux, et de cette facon je participe a sa lumifere, qui m'6claire et me fait 6tre un m6me esprit avec lui. Mais il faut pour cela un d6gagement entier et une separation parfaite des cr6alures: L'homme est v6rilablement un compost d'6ternit6 et de temps ; plus il s'attache aux choses temporelles et s'y repose, plus il s'61oigne des choses 6ternelles qui lui semblenl petite?, comme un objet semble petit

a celai qui le regarde de loin; par la 11 ne saurait jamais arriver a la veritable paix : au contraire, il est aveugl6, il sp refroidit dans I'amour divin, et devient inconstant avec les choses inconstanles qu'il poursuit, sans pouvoir jamais contenter rinsaliabilit6 qu'elles lui causent.

Que celui, done, qui desire se d6gager de tout vice et de tout d6faut, se d6pouiIle premi6rement de toute sorte d'amour et d'attachement pour les creatures p6rissables. L'amour de Dieu et I'abondance des choses temporelles ne peuvenl se trouver dans un m6me sujet ; car l'amour est un feu qui consume toutes les choses terrestres, et qui fait une heureuse desolation dans I'homme. Le manquement et la privation de toutes les choses temporelles est done la porte et comme renlr6e des choses 6ternelles et divines.

GHAPITRE VII

DE LA MANIERE DONT NOUS DKVONS RETOURNER A NOTRE PREMIERE ORIGINE, QUI EST DIEU, ET COMMENT NOUS DEVONS SURMONTER NOS DEFAUTS

Celui qui voudra sortir des chaines du p6ch6 et marcher dans la voie des vertus et de son salut,

et s'y avancer, devra s'appliquer avec une s6rieuse attention a ce qui va suivre. et s'y exercer soigneusement.

Le premier exercice auquel il doit s'oecuper, c'est un d^gagement libre et un divorce avec les plaisirs du si^cle, et g^n^ralement avec tons les vices. II en fera une recherche Mquente et exacte en lui-meme ; il en d6couvrira I'origine et la source ; il s'en rendra I'humble accusateur devant Dieu ; il s'616vera vers le Seigneur, de toutes les puissances de son ame, par une oraison continuelle, par un d^gagement veritable, par des occupations sages et vertueuses, et par un chatiment s6vere de son corps afin de I'assujettir a I'esprit.

Le second exercice, c'est qu'il s'offre lui-m6me de bon coeur et avec joie pour souffrir patiemment les peines, les afflictions et les disgraces qui lui pourront arriver de la part de Dieu ou de la part des creatures.

La troisifeme, c'est qu'il grave en son ame les souffrances et la mort de son Sauveur, qui a 6t6 crucifix pour lui ; qu'il 6coute ses instructions pleinesde douceur, ses entretiens 6difiants; qu'il s'appliquea imiler la saintel6 de sa vie, et qu'il s'efTorce de s'avancer de plus en plus dans ses divins sentiers. Ensuite, abandonnant toule sorte d'occupations exl6rieures, il se retirera dans le

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silence et dans le secret de son ame avec une forte resignation et une abnegation parfaite de sa propre volont6 en toutes choses, et s'an6antissant dans une humility profonde, comme s'il 6tait mort. II ne se recherchera lui-m6me en quo! que ce puisse 6tre, mais il aura toujours devantles yeux, en toute sa conduite, I'honneur et la gloire de J6sus-Clirist et de son P6re qui est dans les cieux ; se montrera 6galement humble et doux a tout le monde, tant k ses ennemis qu'a ses amis.

Lorsque I'homme qui estarriv6 a cet 6tat vient a agir, il trouve dans ses sens ext6rieurs, qui auparavanl se porlaient au dehors vers les objets sensibles avec trop d'empressement et d'activit6, une espfece de tranquillity et de quietude qui ne se peut exprimer, et c'est alors que I'esprit, comme par un dernier effort de ses puissances dont la nature est si relev^e, sortant et se derobant du corps, arrive a une certaine experience surnaturelle des choses divines ; en s'efforgant de penetrer et de percer toujours plus avant, a mesure qii'il se depouille et se separe en quelque sorte de la nature terrestre qui lui est unie, il s'eieve au comble des richesses spirituelles et de la perfection par un cercle qui represente I'eternite de Dieu. Car les plus pre.cieuses richesses de I'ame consistent en ce qu'elle puisse sortir de

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dessous le poids des vices, pour s'61ever par le secours de la grace dans une intelligence lumineuse d'elle-m6me, ou elle regoit sans cesse les influences des consolations celestes, oil elle voit toutes choses par les yeux de la vertu el les execute par les regies de la prudence. Ainsi elle demeure heureusement affranchie dans le Fils par le Fils, c'est-a-dire dans la v6rit6 par la v6rit6, ' quoique, revenant aux creatures, elle ne laisse pas de les voir sous leur propre nature : et c'est la ce qu'on peut appeler comme une sortie et un ravissementdel'esprit, lequel, passant les bornes du temps et du lieu, s'envole jusque dans le sein de Dieu m6me par une contemplation fervente et amoureuse.

Mais avant qu'on puisse arriver jusqu'a ce parfaitd6gagement, il faut avoir dompt6 et vaincu la nature par plusieurs s(»rtes de mortifications, demanifereque Thomme spirituelne fasse aucune action que par un pur sentiment de v6rit6 et de bont6, et qu'il connaisse parfaitement comment I'homme sensuel et immortifi6 vit encore en lui, malgr6 le grand d6sir qu'il pourrait 6prouver de se sanctifier dans un 6tat de vie qu'il aurait choisi par son propre esprit, et qui a quelque apparence de saintel6. Car, tant que I'homme ne morlifie pas lui-m6me son propre sens, son entendement et sa volont6, et ne s'exerce pas, au

dedans et au dehors, dans le corps et dans I'esprit, il demeure imparfait, et ne m6rile pas d'etre 6clair6 et d'etre baptist dans le feu du Saint-Esprit. C'est pourquoi il n'a de gout pour la justice el pour la v6rit6 que selon les sens et le d6r6glement des sens. Que si Dieu perraet qu'il lui arrive, pour I'^prouver, quelque avantage ou quelque d6plaisir dans le corps ou dans I'esprit, ou mfime que sea proches soient dans raffliclion ou dans I'opprobre, il juge de lout cela suivanl les maximes de sa justice sensuelle et corrompue, el il s'imagine bien faire.

II tombe ensuite dans I'ignorance de ses vices et de lui-m6me, et condamne son prochain par un jugement pr6somplueux et t6m6raire. El si quelqu'un entreprend de le contredire, il s'emporle a rinslanl dans des excfes de colore, de querelle et d'iniquit6, et la paix qui est entre Dieu et lui est troubl<^e aulant de fois que quelqu'un cheque le moins du monde son sentiment. Et quoique Dieu, par sa mis6ricordeinfinie, redonne son amoureuse paix a celle ame inconstanle, lorsqu'elle rentre dans la connaissance d'ellem^me avec une sensible douleur, loulefois pendant qu'elle demeure encore attach6e aux choses qui lui appartiennent, elle n'enlre point en possession des vertus, et elle n'a point un goiit parfail pour la v6rit6. Mais les personnes humbles

et soumises s'assujetlissent elles-m^mes a Dieu et a toules les creatures pour Tamour de Dieu, avec une veritable resignation, quoiqu'il y en ail quelques-unesqui, dans i'adversit^, ne soient pas maitresses des premiers mouvements. Dieu permet souvent que ces personnes n'aient point, pendant un long temps, la force de les surmonler, afin quele sentiment de celte misfereles porte a s'humilier profond6ment, et Jeur soitune occasion de plusieurs aulres biens que Dieu en veut lirer par sa providence : car, malgr6 tout ce qui leur arrive et dans le corps el dans I'esprit, aussil6t qu'elles sont rentr6es aufondd'elles-m6mes, elles deviennent douces, humbles et palientes, et s'616vent a Dieu sur les ailes de leur esp6rance. Elles r6sistent a tons les vices par un principe de veritable amour ; elles meurent en toutes choses au d6r6glement des sens, et elles se retirent et se cachenl en elles-m6mes pour y exercer les actes de pi6t6, de patience, d'amour et d'humilil6. C'est la que I'Esprit-Saint les remplit d'une science solide, ou plut6t d'une sagesse qui les fortifie, qui les dirige, et qui les conduit a la perfection de toutes les verlus, en leur apprenant de quelle fa^on elles doivent se comporter k regard de Dieu, a regard d'elles-mfimes et a rSgard de toutes les creatures.

Elles sont si profond6ment enracin^es dans

rhumilit^, qu'il n'y a point de mouvement ni de pens6e de vaine gloire qui leur puisse nuire; car, s'il s'en 61^ve quelqu'une dans leur esprit, elles se plongent aussitOt dans leur n6ant, et la surmontant sans beaucoup de difficult^, elles r^louffenl entierement ; et comme elles ne combattent que pour la seule v6rit6, Dieu prend luim6me les armes pour les d^fendre. Elles choisissent toujours la dernifere place, en sorte qu'on ne saurait les faire tomber plus bas : ainsi elles sont toujours plul6t en 6lat de s'6lever ou de monter que de d6choir ou de descendre. Elles ont de tr6s m6diocres sentiments d'elles-m6mes, et se garantissent par la de plusieurs violentes tentations ; elles 6chappent par cetle subtilit6 sainte aux pi^ges du d^mon, de mdrne que les petits poissons s'6chappent ais^ment des filets a cause de leur petitesse, pendant que les plus grands y demeurent enferm^s. Elles r6sistent et meurent aux affections de la nature, a la pente qu'elle a au p6ch^, au plaisir, a la recherche excessive des commodit6s de la chair, et elles ne s'occupent pendant toute la dur6e de leur vie qu'a la mortification, a I'an^antissement et a I'abn^galion d'elles-mfimes. Voici done les trois principaux points de la conduite qui les rendent victorieuses et triomphantes dans toute sorte de rencontres :

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Premiferement, elles veillent soigneusement a la garde de leurs sens, et ne leur donnent aucune liberty ; mais elles les lient et les retiennent comme avec un frein perp6tuel, si ce n'est que I'honneur de Dieu demande qu'elles en usent autrement.

Secondement, elles s'exercent continuellement et avec ferveur a I'oraison, source d'eau vive qui lave et purifie leur int6rieur.

Troisi6mement, elles entrent dans la Passion de J6sus-Christ, elles impriment I'esprit de ses souffrances sur leur coeur embras6 d'amour; elles d6truisent par ce moyen toutes les mauvaises pens6es, et 6touffent les d6sirs criminels de la chair. Car, si elles ressentent quelque affection sensuelle, ayant aussitdt recours a J6sus- Christ, elles se retirent promptement dans la profondeur de ses plaies, et tous les mauvais d6sirs 6tant forces de s'61oigner d'elles, ils ne peuvent leur nuire en aucune fagon. Ainsi ces personnes, apr6s s'6tre d<^pouill6es de toutes sortes d'images et de fant6mes, obtiennent une veritable paix par la puret6 de leur conscience ; et c'est la qu'environn6es du souverain bien d'une faQon simple, cacli6e et surnaturelle, comme sous un nuage de resignation et une sainte obscurit6, elles se reposent exemptes de toute illusion, goAlant une paix profonde dans

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ce n6ant oil elles se sont ensevelies, pour plaire a Dieu, par un parfait renoncement d'ellesm^mes. Plongeons-nous done sans cesse dans les plaies sanglantes du Sauveur, imprimons int6rieurement au fond de notre coeur I'excfes de ses souffrances, de ses douceurs et de son amour, et gravons exl6rieurement sur nos fronts et sur nos poitrines la marque salutaire de la Croix : car on ne saurait trouver pendant cette vie d'armes plus fortes pour surmonter toutes sortes de dangers et de tentations.

GHAPITRE VIII

DE LA MANIERE DONT ON DOiT USER DES DONS DE DIEU ; DU RECOUVREMENT DE LA GRACE ET DE LA SIMPLICITE TOUTE NUE DE LA FOI

Dieu lout- puissant et infini ne nous accorde jamais ses dons pour que nous les poss6dions seulement, mais afin que nous les fassions servir a procurer sa gloire. Nous devons done nous appliquer a faire profiter les graces que nous avons recues de lui, et a bien reeonnaitre ee qu'il veut que nous op6rions par elles : ear il ne r6pand jamais sa semence que pour en recueillir du fruit, et il n'enyoie pas sa consolation

simplement pour adoucir nos maux, mais 11 nous la donne pour nous attirer a lui, nous faisant d6pouiller de toutes choses et de nous-m^mes, afin qu'il puisse se donner a nous.

Que si quelqu'un 6tait si fidfele a Dieu et a soim6me que de faire toules choses sans consolation et sans soulagement, cela serait et bien plus glorieux a Dieu, et bien plus utile et plus agr6able a la creature : le m^rite 6tant plus grand, la recompense serait plus abondante. Nous ne sommes pas au temps de la joie et de la consolation : I'une et I'autre sont r6serv6es a celui de la recompense, que nous atlendons dans le si^cle a venir. II vaut bien mieux refuser mSme et rejeter en cette vie cette recompense, puisque nous n'avons rien qui convienne mieux a cet exil que la persecution, les disgraces et I'adversite : car ce monde n'est pas un sejour de consolation, mais une valiee de larmes, et il pourrait arriver aisement que la consolation devint la perte et la ruine de tons nos biens. De plus, lorsque Dieu, par sa misericorde, nous envoie cette sorte de soulagement, c'est bien souvent a cause de la fragilite et de la faibiesse humaine; car il est certain que celui-la recevra moins de consolation dans le si6cle a venir, qui aura desire d'en avoir davantage ici-bas.

C'est une marque qu'on n'est point dans la re-

signation veritable que de refuser de servir Dieu a ses d6pens. La connaissance, le sentiment, rexp6rience de quelques douceurs dans cette vie, est trop souvent ambilionn6e par des personnes qui auraient bien plus de sujet de se r6jouir, si elles poss6daient la foi toute nue et toute pure, sans nulle autre connaissance : car la foi pure, simple et nue, est mille fois plus louable, plus noble, et de plus grand m6rite. C'est cette foi qui est digne que Dieu se d6couvre a elle d'une fagon surprenante, en luim^me et en son essence admirable. La foi simple et pure est notre partage dans cet exil ; la science et I'intelligence sont r6serv6es pour le si6cle a venir. Tout notre salut et nos bonnes oeuvres tirent done leur origine de la foi. Si vous demandez a une personne quels sont ses parents : elle r6pondra, comme elle Ta appris, que ce sont tels ou tels, et elle croit ce qu'on lui en a dit. Ainsi on entend dire que celui-ci ou celui-la est mort : on y ajoute foi, quoiqu on ne le voie point. II en est de m6me des mystferes de rfiglise : il les faut croire. Que c'est done v6ritablement une belle chose que d'avoir une foi nue ! je dis nue, non pas qu'elle soit d6nu6e de bonnes oeuvres, mais parce qu'elle ne d6sire point de savoir quoi que ce soit, ni d'etre remplie d'aucune consolation sensible.

Or, aucune veritable perfection ne consiste dans les revelations et dans les consolations; c'est una chose tr6s constante, en ce qu'il arrive souvent que, quand ces consolations et ces devotions sensibles abandonnenl une personne, elle devienl plus imparfaite et plus porl6e au vice qu'auparavant. El c'est ce qu'6prouvent ordinairement ces nouvelles plantes qui ne font que de naitre dans le champ de la grace : croissant en perfection, elles ne trouvent point d'autre remede ni d'autre secours, pour se conserver, que de sattacher fortement a une foi loute simple et toute nue. Quoique Dieu leur communique en ce temps-la plus rarement ses lumi^res, c'est pourlant alors qu'elles le poss6dent plus abondamment; c'est pour cela que ceux qui s'appliquent a mortifier et a roinpre courageusemenl leur volonte propre, tant dans la prosperite que dans I'adversite, arrivent bien plutOt que tous les autres, par une resignation vraie et sincere dans une foi simple, au comble de la perfection. Ce n'esl pas que Dieu n'ait souvent coutume de retirer en quelque maniere sa grace, et cetle devotion douce et sensible, a ceux qui commencenl et qui sont encore iraparfaits, afin qu'ils apprennent par la a s'humilier, et qu'ils reconnaissent que la premiere ferveur de leur zeie et de leur amour pour Dieu ne venait pas

d'eux, mais encore afin d'^prouver si, pour I'amour de Dieu, ils pers6v6reront dans la v6ritable patience.

Le Seigneur die aussi quelquefois a I'homme cet attrait el celte sensibility de devotion, parce qu'il a peut-6tre perdu le souvenir des dons qu'il a rpQUS, et qu'il a n6glig6 de s'exercer dans de saints d6sirs. L'onction de la grace lui est done ravie, afin que, devenant parce moyen plus pur, il se dispose a en attirer sur soi une plus grande, a la recevoir ensuite avec un esprit de reconnaissance, a I'estimer par les regies de la sagesse, el a apprendre a ne chercher purement que Dieu seul dans toutes les faveurs qu'il nous accorde.

On pourrait ici presenter celte question : Comment I'homme peut-il recouvrer la grace qu'il a perdue, et se rendre capable de la recevoir une seconde fois ? C'est ce que je vais expliquer.

II faut qu'il confesse devant Dieu, avec une profonde humility, qu'il a m^connu celte grace et qu'il est indigne de la recevoir ; qu'il s'offre a Dieu dans un esprit parfaitement soumis a ses ordres, pour demeurer, autant de temps qu'il plaira a son Seigneur, priv6 de loute devotion et de tout d6sir sensible. Ensuite il 6vitera, avec autant de soin que la mort m^me, toute sorte de

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consolations et de plaisirs sensuels ; il se recueillera en lui-m6me ; il s'appliquera avec quelque sorte de violence aux exercices de pi6l6, et il demeurera attach^ inviolablement au culte et au service de Dieu. II s'occupera aussi avec une forte application a la pens6e des souflfrances de J6sus-Clirist, soil qu'il y trouve du goilt, soil qu'il n'y en trouve point. De plus, il recevra avec un humble respect le Sacrement adorable du corps du Sauveur, afin que la vertu de ce Sacrement divin allume en son coeur une charity 6ternelle pour son Seigneur, qu'elle y d^truise et y an6antisse toutce qui I'^loigne de lui, et qu'il se transforme heureusement en Dieu tout enlier et sans reserve. Certes, celui qui aura soin de s'exercer dans loutes ces choses ensemble, ou dans quelqu'une en particulier, recouvrera la grace du Sauveur, si Dieu n'aime raieux permettre, pour procurer plus surement son salut, qu'il en soil priv6 pendant quelque temps et qu'il demeure dans I'indigence : car sa sainte volont6 est souvent que ses plus chers amis soienl dans la pauvret6 pendant cette vie, priv6s de toute consolation tant int6rieure qu'ext^rieure, et qu'ils seconsument enli^rement, suivantson bon plaisir dans le temps et dans r6ternit6, au feu de son amour.

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