‹ Les institutions de TaulerChapitre 6 sur 34 · XII AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

XII AVERTISSEMENT

de ce saint homme par les m6mes moyens qui etaient employes pour i'abaisser; car ceux qui ont voulu I'attaquer out donne a ses defenseurs Toccasion de prouver la purete de sa foi, et de faire voir combien ils Tont juge capable de aervir a Tinstruction et a ravancement des ^mes.

Que si Ton voulait connaitre a fond I'opposition de sa doctrine et celle de cet heresiarque, il ne faudrait que prendre la peine de comparer leurs opinions et leurs sentiments : car alors on verrait, d'une part, un docteur de chair et de sang qui travaille a favoriser la sensualite de la nature, a autoriser le regne de Tamour-propre, et a justifier les inclinations corrompues du coeur humain; etde I'autre, un religieux venerable par la saintete de ses moeurs, qui nous enseigne h assujettir le corps a I'esprit, et Tesprit k Dieu; a dompter les desirs de la volonte propre, et a renoncer a tous les attraits criminels des sens. Mais comme ce n'est ici ni le lieu ni le temps d'entreprendre ce paral- I6le, nous nous contenterons de rapporter quelques circonstances de la vie de notre auteur, lesquelles, faisant voir le soin parti-

AVERTISSEMENT. XIH

culier que la divine Providence a pris de sa conduite, prouveront au lecteur que les Institutions de Tauler ne sont point des instructions steriles et de pure speculation, mais que ce sont des legons pratiques, et qu'il n'enseigne par ses ecrits que ce qu'il avail enseigne auparavant par ses actions.

L'auteur du Dialogue qui contient les points principaux de la vie de cet iiomme de Dieu, ainsi que I'appelle Louis de Blois, et qu'on croit 6tre Tauler m6me qui I'a compose par un mouvement de reconnaissance, afin que les faveurs singulieres qu'il avait regues de Dieu ne demeurassent pas ensevelies dans I'oubli, quoique par un sentiment d'humilite et de modestie il ait voulu cacher son nom, cet auteur, dis-je, remarque que la reputation de ce cel^bre docteur s'etait acquise par ses predications, lui attirant des auditeurs de toutes parts. II y eut un seculier qui vint de fort loin pour I'entendre : c'etait une de ces personnes de la simplicite, de I'ignorance desquelles Dieu se sert d'ordinaire pour confondre I'orgueil de la science humaine et pour triompher de la sagesse du nionde. Get homme, apres I'avoir

Page 1