XIV AVERTISSEMENT
entendu precher quatre ou cinq fois, connut que le demon de la vaine gloire empechait le fruit de ses predications; et qu'encore que ]es choses qu'il disait fussent tres bonnes en elles-m6mes, neanmoins parce qu'elles ne partaient que d'un principe defectueux et d'une eloquence 6tudiee, qui n'etait point sanctifiee par I'Esprit de Dieu, elles ne frappaient que les oreilles du corps, sans passer jusqu'a celles du coeur. II cherciia done I'occasion de lui rendre quelques visites, afin de trouver un moyen de lui faire remarquer un defaut qui etait si prejudiciable a ses auditeurs et si pernicieux a lui-meme. Aussitot qu'il eut acquis assez de liberie aupres de lui pour lui pouvoir parlerfamilierement, il le pria de faire un sermon touchant la perfection de I'homme en cette vie. Ge sujet paraissant vaste et difficile a Tauler, qui n'etait encore alors qu'un predicateur humain et ext^rieur, il tSicha de s'en excuser; mais enfin il fut oblig6 de se rendre aux pri^res du laique, et de lui promettre ce qu'il ne put pas refuser a ses importunit^s.
Le jour oil il devait pr6cher 6tant venu, comme on 6tait averti qu'il devait traiter
AVERTISSEMENr. XV
une matiere importante, il sy trouva un concours extraordinaire. On peut juger par le discours qu'il prononQa, et qui nous reste dans ses ouvrages, que ceux qui Tentendirent eurent sujet d'en 6tre edifies. Mais dans cet applaudissement general et cette approbation publique, le laique seul qui avait demande ce discours n'en fut pas parfaitement salisfait. Gomme Dieu lui faisait tout voir avec d'autres yeux que ceux de la chair, et qu'il ne s'arretait pas a la surface des choses, mais les p6netrait jusqu'au fond, il remarqua en ce predicateur des defauts caches que les autres n'avaient pu apercevoir, et I'etant alle trouver, au lieu de le louer comme tons les autres par des temoignages trompeurs, il lui fit connaitre qu'encore qu'il edt trouve quelque ordre et quclque beaute dans son discours, il lui semblait neanmoins qu'il y manquait quelque chose ; qu'il ne lui etait pas facile de lui dire precisement ce que ce pouvait etre, mais que lui qui connaissait les intentions et les mouvements de son coeur, le devait savoir mieux que personne. II lui dit ensuite, avec tout le zele dont Dieu le remplissait, combien les