‹ Les institutions de TaulerChapitre 8 sur 34 · XVI AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

XVI AVERTISSEMENT

predicateurs, qui sont les interpretes de la parole de Jesus-Christ, doivent etre les parfaits imilateurs de sa conduite et de ses vertus; que I'Esprit-Saint peut seul leur reveler les choses qui appartiennent a I'esprit; qu'ils peuvent bien, a la verite, frapper les sens par des gesles et par des paroles passageres, mais qu'il n'y a que Dieu seul qui puisse toucher les ccBurs.

Tauler, qui jusqu'alors n'avait remarque dans ce laique qu'un esprit mediocre et peu ouvert, attribua d'abord le sentiment desavantageux qu'il avait eu de son sermon a la faiblesse d'un jugement qui blame ce qu'il ne peut comprendre. Maisquand cet homme lui eut rapporte fidelement tout son discours, il ne douta plus que ce ne filt un homme qui lui fut envoye de Dieu pour le faire rentrer en lui-meme; et sentant que les reprochesde sa conscience s'accordaient avec ceux de ce vertueux seculier, il fut frapp6 de la meme crainle qui faisait appr^hender k saint Paul, le plus humble de tous les predicateurs, qu'ayant pr6che les autrcs, il ne devint luim6me reprouv^ .: c'est pourquoi il resolutau m6me instant, par I'avis de celui que Dieu

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lui avait envoye pour directeur, de se punir par un long silence du plaisir qu'il avait pris a faire briller una eloquence tout humaine, et de se condamner a la solitude et a une entiere separation du monde, pour expier la satisfaction qu'il avait eue a paraitre en public. Sa retraite fut expliqu6e desavantageusement : on voulut faire passer pour une folic aux yeux des hommes ce qui etait vraiment une sagesse aux yeux de Dieu, en sorte qu'il se vit en etat de dire avec I'apdtre : Nous sommes insenses pour Tamour de Jesus-Christ I Cependant tous les bruits qu'on fit courir a son sujet ne Temp^cherent pas de pers6v6rer dans la sainte resolution qu'il avait prise, et il passa ainsi deux annees entieres dans I'exercice d'une penitence austere et laborieuse, dans la priere, dans le jedne, dans les veilles et dans la lecture des Saintes Ecritures, afin d'acqu^rir les tresors spirituels dont ildesirait ensuite enrichir les autres. Apres qu'il eut travaille en secret pendant ce temps, expose aux calomnies des personnes du si^cle et au m^pris de ses propres freres, il demanda, par le conseil du laique, qu'il lui fut permis d'instruire son

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prochain des choses qu'il avait apprises pendant sa retraite; et cette nouvelle s'etant repandue par toute la villa, ceux qui avaient autrefois admire son eloquence voulurent encore I'entendre, et juger par eux-memes si tout ce qu'on avait dit de lui etait vrai.

Ce fut en presence de tout un peuple reuni pour I'entendre que Dieu, n'etant pas encore satisfait d'une penitence de deuxans, acheva de purifier par une humiliation publique et solennelle ce qui restait de desagreable a ses yeux dans son serviteur : car le saint religieux s'etant presente pour parler devant cette nombreuse assemblee, il eut la honte et la confusion de ne pouvoir prononcer une seule parole, et il fut contraint de se retirer sans s'6tre explique autrement que par de profonds gemissements et une abondance incroyable de larmes. Dieu lui fit ainsi pratiquer ^ la lettre ce que dit saint Bernard du prddicateur : La tourterelle est I'image de ce que doivent faire en secret les dispensateurs de la parole sainte : elle gemit plutot qu'elle ne chante ; elle nous apprend comment nous devons soupirer dans cet exil. Et plus bas : Vous deviendrez vraiment de

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