‹ Les Institutions Militaires de L'Égypte Sous les LagidesChapitre 128 sur 332 · Chap. fer, pp · texte numérisé non relu

Chap. fer, pp

nettes dans l’histoire du droit militaire ptolémaïque. Pendant la première période, le service militaire constitue un privilège en faveur des descendants des anciens miliciens pharaoniques : malgré la défaite, cette classe reste admise à l'honneur de servir. Ce fait n’a pas d’analogue dans les périodes antérieures de l’histoire ni dans les institutions contemporaines. Philippe avait sans doute le premier introduit les races barbares, sujettes de la Macédoine, dans les rangs de son armée, sans qu'on sache s’il en avait constitué des corps spéciaux; Alexandre avait bouleversé le droit militaire hellénique en incorporant les Asiatiques dans l’armée sur un pied d'égalité avec les Macédoniens, donnant ainsi à des indigènes vaincus un rang supérieur à celui des mercenaires même helléniques; mais ils n'avaient pas distingué parmi les populations sujettes une classe privilégiée, servant à l'exclusion de toutes les autres; chez les Séleucides enfin, rien d’analogue aux päywo: égyptiens, et l’on ne peut citer en dehors de l'Égypte que des exemples individuels de vaincus illustres par leur naissance ou leur valeur personnelle qu'on ait exceptés du mépris qu'entrainait la défaite et admis dans l’armée des vainqueurs. La présence des péyyo dans l’armée ptolémaïque constitue donc une innovation des Lagides, qui a consisté à étendre à une classe vouée au métier des armes la faveur parfois consentie à certaines personnalités aux époques antérieures. Elle n’était possible que dans un pays où existait une classe militaire indigène à tendances héréditaires; et il y a là une influence très nette des institutions pharaoniques sur celles de lamonarchie ptolémaïque. Elle équivaut en somme à un recul sur les réformes d'Alexandre : les vaincus ne sont plus acceptés sans distinction dans l’armée ; le droit de servir est réservé à certains d’entre eux, qualifiés par leur naïssance.

La réforme de Philopator, en armant tous les Égyptiens sans distinction de classe, sans exiger de qualification spéciale, rapprocha les institutions des Lagides de celles d'Alexandre, sans toutefois les rendre identiques à elles : car les indigènes continuèrent de former des corps spéciaux. Comment, dans une

monarchie d'esprit encore assez macédonien, tous les indigènes ont-ils pu être considérés comme aptes à servir? Cette réforme fut évidemment préparée par celle d'Alexandre d’un côté, et d'autre part par la situation faite aux pæywuo pendant les trois premiers règnes; car ce n’est qu'une extension de leur condition particulière à tous les indigènes en général; elle transforme en droit un privilège. Ces précédents ne suffisent pas cependant à l'expliquer. Elle fut vraisemblablement l'effet d’une nécessité militaire; les armées avaient alors besoin d'infanterie et même d'infanterie de ligne ; aussi les indigènes armés sont-ils des oxhxyira !. Si forte que fût cette raison d’ordre technique, les réformes de Philopator n'étaient cependant possibles que par la disparition d’un des principes fondamentaux du droit militaire de l’antiquité, à savoir que la défaite et la conquête, considérées comme infamantes, disqualifient les vaincus, sauf exception individuelle, et les rendent impropres au service militaire. Il fallait aussi que l’orgueil de race, si vif encore chez les Macédoniens d'Alexandre et sous les trois premiers Lagides, fût singulièrement atténué; il disparaîtra au début du r°* siècle : pour que des "EAngves uéyruet* puissent exister, il faut que l’on ne fasse pour ainsi dire plus de différence entre les corps indigènes et l’armée régulière.

Qui était qualifié pour servir dans l’armée régulière des Lagides ? On voit servir au rit siècle dans les rangs des réguliers : 1° des citoyens d'Alexandrie et de Ptolémaiïs, les deux FL. de l'Égypte; 2° des fils de elérouques, qui partagent là condition politique de leur père et ne sont pas nécessairement citoyens”? 3° des soldats originaires de toutes les parties du monde hellénique et même de l’Asie..Les clérouchies et l'engagement volontaire sont les deux sources du recrutement. Il n'importe donc pas que le soldat soit citoyen. La civitas n’est même pas donnée par une fiction légale aux réguliers, comme elle le sera, par

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