Cf. ci-après, pp
exemple, aux légionnaires romains à partir d'Auguste‘; on n'inscrit ni les engagés volontaires, ni les clérouques (ni, par suite, les +ñs érryovñc) dans les dèmes d'Alexandrie ou de Ptolémaïs, probablement parce que le droit de cité dans ces villes n'implique pas d'obligations militaires. C’est Ià l'abandon du fondement du droit militaire dans l'antiquité classique : car en principe on n’est soldat que si l’on est citoyen; il n’y à pas d'autre armée que celle de la cité; ou, pour mieux dire, l’armée et la cité ne font qu'un, l’armée est la cité en armes. A l’époque des Lagides, cette conception disparaît de l'esprit hellénique; les causes de cette disparition sont la diminution de l'esprit civique dans les luttes politiques des cités grecques au v° et au iv° siècles et surtout l'influence des institutions macédoniennes. L'entrée en scène de la Macédoine, l'établissement de sa suprématie sur les États de la Grèce, l'extension de sa puissance dans le monde oriental, ont brisé le cadre étroit de l’État antique et transformé l'esprit politique. À l’ancienne conception de la cité s’est substituée l’idée monarchique et féodale qui était l'essence des institutions macédoniennes; le rapport idéal, qui unissait le citoyen à l'être moral et collectif qu'était la cité, a été remplacé par le lien personnel qui attache le vassal au suzerain et le sujet au souverain. Fous les Macédoniens, nobles et nonnobles, sont astreints sans doute au service militaire comme l’étaient les citoyens de Sparte ou d'Athènes; mais cette 6bligation n’a pas son fondement et sa récompense à la fois dans les droits politiques réservés à l'individu, partie constituante de la cité; elle prend son origine dans la soumission de l’habitant du royaume, indigène ou immigrant, au roi, chef de l’armée, qui y détient héréditairement le pouvoir. L'engagement volontaire, qui ne se serait pas compris quand l’armée était la cité armée, devient aisément dans ces conditions l’un des moyens de recrutement de l’armée régulière; et la nécessité d’une qualification politique pour le service disparaît en même temps.
4, Moumsen, Hermes, XIX [1875], pp. 1 sqq.
A défaut d’une qualification politique, des conditions d’origine ethnique auraient pu être exigées par les Lagides de quiconque voulait s’enrôler dans l’armée régulière. L’orgueil de race n’en à pas fait écarter cependant les individus de sang non hellénique‘. Sans doute ce sentiment a existé dans l’armée d'Alexandre, qui n'avait pu introduire les Asiatiques parmi ses troupes sans soulever le mécontentement de ses soldats : la sédition d’Opis en témoigne; les vétérans macédoniens comprirent difficilement que de nouveaux sujets, appartenant à une race qu'ils estimaient inférieure à la leur, ravalée encore à leurs yeux par la défaite, fussent traités comme ceux dont les pères avaient pendant des générations fourni l Cost » aux rois de Macédoine. Cet état d’esprit a dû survivre aux réformes d'Alexandre, si vite interrompues par sa mort; et ce fut celui de Sôter, de Philadelphe et d'Evergète, quoiqu'à un moindre degré; il les amena à n’admettre d’indigènes que dans des corps spéciaux et parmi les indigènes que des péyuot; et, en ce qui concerne plus particulièrement l’armée régulière, le groupe ethnique de la Grèce du Nord a fourni à ces trois rois plus de soldats que tous les autres pays du monde gréco-oriental d'alors? ; il semble donc bien que satisfaction ait été donnée en partie à l’orgueil hellénique. Il n’en reste pas moins qu'on connaît un Asiatique, un [léosne, parmi les réguliers du nr° siècle‘; et il serait extrêmement téméraire d'affirmer que les Lagides n’ont accepté à l’engagement à une époque quelconque d’autres soldats que des Hellènes, au sens large du mot; on ne connaît aucune disposition législative, aucun document émanant de l'autorité royale sur ce point, et les statistiques ethniques sont encore embryonnaires; tout ce qu’elles permettent de penser, et ce qui est conforme aux vraisemblances historiques, c’est que le gouvernement des trois premiers Lagides a préféré à tous les autres engagés ceux qui étaient de
4. On entend ici par Hellènes, pour plus de commodité, non seulement les Grecs, mais encore les Macédoniens et les peuples du Nord, leurs vassaux.