Chap. II
3. Elle est dite èv äoéce ; mais le sens de cette expression est très discuté P, Tebl. I, 5, n. 36, pp. 34-6, et Boucné-Lecrerco, II, p. 229, n. 1), et c’est la condition de la yñ xAnpouytxn qui permet d'en donner l'explication la plus vraisemblable : terre détachée du domaine,
4. P. M. Meyer, p. 32, qui tient pour l'hypothèse des déductions; au contraire, SCHUBART, pp. 4-6, et GRENrELL et Hunr, app. I des P. Tebt. I, p. 549.
blir les clérouchies, les Ptolémées ont pu choisir entre deux méthodes. La première, lente et progressive, consiste à donner d’abord quelques lots de terre à des soldats dans des localités déterminées, puis à en augmenter peu à peu le nombre d'année en année sans jamais interrompre complètement l'installation des clérouques, qui devient ainsi une mesure normale et habituelle de l’administration des terres domaniales. L'autre procédé, dont l'Égypte aurait trouvé le modèle dans les institutions athéniennes et qui fut employé également par Rome, porte le nom de déduction : de temps à autre, l’État décide que des terres situées dans telle ou telle région seront affectées à la fondation d’une colonie, dont les membres ne dépassent pas un nombre déterminé, et alloties par les soins d’un fondateur ou d’un magistrat chargé de l’organisation. Quelle méthode les Lagides ont-ils employée ?
On a d’abord pensé que l’établissement des clérouques s'était fait selon la première et l’on a cru reconnaître dans l’histoire des clérouchies trois grandes déductions, qui auraient eu lieu sous les règnes de Philadelphe, après la première guerre de Syrie (271 avant J.-C. et années suivantes), d'Evergète, après sa victoire dans la troisième guerre syrienne (244), de Philopator, après Raphia (217); on pourrait ajouter, depuis la publication des papyrus de Tebtunis, que 4.000 hommes ont été dotés de terres après avoir pris part à l'expédition de Thébaïde au début du règne d'Épiphane (vers 186 avant J.-C.) et que de grands établissements de clérouques indigènes ont eu lieu à la suite de l’œu£tx de l’an 40 d'Evergète II (131-130 avant J.-C.)*?. Mais cette interprétation des faits ne peut se soutenir. Tout d’abord les premiers clérouques ont été probablement installés dès Sôter; sans doute les débuts de l’histoire des clérouchies sont assez obscurs; les témoignages des historiens, bien que vagues, laissent entrevoir cependant qu’il s’est occupé du peu-
A, P. Tebt. I, 62, L. 43: 63, L. 42: 79, L. 69. 2, P, Tebf. [, app. 1, pp. 552-3.
164 LES CLÉROUCHIES
plement et de la mise en valeur de la y6pz'; d'autre part, les institutions athéniennes ont évidemment influé sur les clérouchies ptolémaïques et l’on sait par Elien, que c’est auprès du premier Ptolémée que Démétrius de Phalère joua le rôle de législateur’; enfin, à supposer que l’organisation systématique des clérouchies sur une large échelle ne remonte pas au-delà de Philadelphe, elle a précédé à coup sûr la première guerre de Syrie, puisque des décrets relatifs aux clérouchies remontent à l’an 10 du règne (275 avant J.-C.)°. En second lieu, l'existence des trois déductions du rr° siècle n’est pas établie; sans doute la plupart des clérouques connus à cette époque peuvent être tenus pour dotés de terres par l’un des trois rois cités; sans doute aussi, des clérouques ont été établis en assez grand nombre dans l’Arsinoïte dans les années 6 et 7 du règne d’Evergète, c’est-à-dire après la troisième guerre de Syrie‘; mais il n’en suit pas qu'il y ait eu, sous chacun des règnes, une déduction limitée à un laps de temps restreint. Enfin, pour le n° siècle, l'établissement des 4.000 en clérouchies apparaît dans les rapports qui le font connaître comme un fait exceptionnel, mentionné d’une façon particulière; et les dotations d’indigènes de 131-129 avant J.-C. semblent être plutôt une mesure politique qu'un licenciement de soldats à la fin d’une campagne”. À ces objections s’ajoute le témoignage des textes qui, pour le rr° siècle, est contraire à l'hypothèse des déductions. Les papyrus de Tebtunis permettent de voir comment les choses se passaient alors en réalité ; les rapports du comogrammate Menchès pour Kerkéosiris montrent que l'installation en clérouchies se poursuit d’une façon continue dans un même bourg pendant plusieurs règnes, avec des interruptions sans doute, mais à des dates si rapprochées les unes des autres qu’on ne peut penser à voir là
À. Dronore, XIX, 85, 4 ; pour les Juifs, cf. Boucui-LecLerGQ, I, pp. 50-52, et 50, h. 1; mais sur Diov., cf. ch. VIII, p. 258, n. 2.