LES INSTITUTIONS PTOLÉMAIQUES ET LES INSTITUTIONS DE L'EMPIRE ROMAIN
Les institutions militaires de l'Égypte ptolémaïque n’ont pas disparu tout entières avec les Lagides. Rome, qui a tant emprunté à la dynastie qu’elle avait protégée, puis dépouillée, paraît leur devoir beaucoup. Ce n’est pas cependant dans l’organisation de l’armée que l'Égypte a influé sur l’Empire : les institutions clérouchiques, dépouillées de toute signification militaire après la conquête, ont survécu en partie à l’armée pour laquelle elles avaient été créées; une catégorie de terres et une classe de population particulières, les terres catæciques et les catæques, ont subsisté dans l'Égypte romaine et leur condition spéciale intéresse le recrutement de l’armée d'Égypte et le régime foncier et politique de la province.
Tñs énryoyñs ET EX CASTRIS
L'influence de l'Égypte ptolémaïque sur les institutions militaires de l’Empire a été restreinte. Lorsque Rome a commencé à connaître l'Égypte, son armée avait depuis longtemps reçu une organisation qui avait fait ses preuves; la réforme
4. Dans la seconde partie de son ouvrage (p. 101 — fin), qui ne répond pas pleinement au titre (Das Heerwesen.… der Rômer in Ægyplen), P. M. Mever n'a pas fait l’histoire de l’armée romaine d'Egypte, mais exposé, avec méthode et clarté, ce que sont devenues les institutions militaires ptolémaïques après la
conquête.
du recrutement par Auguste fut fondée sur la civitas des légionnaires, et la notion de la cité n’a joué aucun rôle dans l’armée ptolémaïque ; la répartition des légions et des auxilia entre les provinces ne s’imposait que dans un immense empire comme celui de Rome, et jamais les Lagides n'avaient eu à assumer une tâche aussi lourde. La garde royale, dont nous connaissons mal l’organisation, a peut-être servi de modèle à la garde prétorienne ; mais seule l'institution des +%s érryovis paraît avoir été adaptée par Rome aux besoins de son armée et avoir donné naissance à celle des ex castris.
La condition des 13 iryovic et celle des ex castris sont très semblables. Les rc irryovñc, fils de soldats, vivent parmi les clérouques et doivent le service militaire à la place de leur père mort ou infirme ; aussi sont-ils, en qualité d’iriyova, exercés dans leur jeunesse au métier des armes ; à partir du règne de Philopator au plus tard, ils héritent en retour de la tenure possédée par leur père ; ils partagent la condition de leur père, citoyens comme lui quand il est citoyen, Hellènes comme lui quand il est Hellène. Les ex castris', fils de soldats, vivant au camp, servent dans la légion en même temps que leur père, puis après lui; ils reçoivent en retour la cvitas qu’ils n’auraient pas, bien que le père soit citoyen, parce que les enfants de soldats ne sont en aucun cas légitimes?. Entre les uns et les autres il y a sans doute des différences : le rñs ärryovñs n’est vraiment soldat que lorsque son père ne peut plus servir, lex castris et son père sont soldats en même temps ; le droit de cité n'importe en rien dans la condition du +às ärryov, c’est l’avantage assuré à l’ex castris. Mais ces différences sont facilement explicables. La première a pour raison ce fait que l’armée régulière des Lagides est une armée formée par la population des clérouques, une active en disponibilité pendant la paix,
1. Sur les ex castris, cf. P. M. Meyer, Der rômiscke Konkubinat, p. 34; et : Zeitsch. d. Savignysliflung f. Rechtsgesch., Rom. Abt., XVIII, p. 74.
2. 11 est défendu aux soldats de se marier, très probablement par un règlement disciplinaire. La bibliographie de cette question est donnée, et la question même résumée par P. M. Meyer, dans : Archiv, I], pp. 68-71, commentaire du Pap. Catlaoui,
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tandis que l’armée romaine de l’Empire est une armée de métier permanente ; les soldats ptolémaïques vivent en temps normal dans les champs, les soldats d’Auguste dans les camps : l’armée de l’Empire, ayant à remplir une tâche considérable, a besoin d'hommes : le père et le fils servent à la fois dans les légions. La seconde différence est plus apparente que réelle: car les fils des soldats, ptolémaïques ou romains, sont également, et c’est là l'avantage essentiel, considérés comme légitimes et partagent la condition de leur père ; et le service est la raison de ce traitement privilégié. Les différences qui distinguent les 1% Eryovñc des ex castris ne sont donc qu’accessoires. Ces deux institutions sont en revanche très semblables par leur caractère essentiel et par leur but : elles assurent la légitimité à des fils de soldats, dont les uns ne l’auraient pas toujours, ce sont les 1ñs érryovñs, et les autres, les ex castris, ne l’auraient jamais ; elles ont pour fin de donner des soldats aux armées au moyen du recrutement local; l’armée ptolémaïque se recrute automatiquement dans la ywox et la légion dans son propre camp. Ces ressemblances ne suffiraient pas toutefois à établir entre les deux institutions un lien de cause à effet; il faut ajouter que les ex castris se rencontrent dans l’armée romaine d'Égypte plus tôt que dans toute autre : en Afrique, par exemple, l'institution est encore très voisine de ses débuts sous le règne de Trajan, puisqu à cette époque le nombre des ex castris n’y dépasse pas 1/20 environ du nombre total des soldats connus ; en Égypte, il y a 2 ex castris sur 44 soldats dès le 1 siècle et probablement dès le règne d’Auguste; l’antériorité de l’institution dans l’armée d'Égypte paraît donc incontestable’. On pourrait sans doute l’expliquer en notant que les légions romaines, en contact fréquent avec l’armée ptolémaïque depuis 15 avant J.-C., en avaient pu prendre la discipline relâchée; et il est probable en effet que les légionnaires menaient au
4. Lesquier, Le Recrutement de l'armée romaine d'Égypte aux Ier et Ile siècles, dans : Rev. Phil., XXVIII, [1904], pp. 8 et 12-15. Les 2 ex castris remontent à Auguste, si l'inscription C. 1. L., III, 6627, doit être datée de son règne; cf. Mommusen, ad loc.
di
camp une vie conjugale ou presque telle"; le mal serait né dans les légions d'Égypte plus tôt qu'ailleurs; en tirant parti pour le bien de l’armée d’une situation fâcheuse et difficile à modifier, en légitimant les familles de soldats et en les faisant servir aurecrutement par l'institution des ex castris, les Romains auraient été des créateurs originaux. Il n’est évidemment pas douteux que les mœurs ont servi l'influence des institutions. Mais les ressemblances entre les 1%s imyovÿs et les ex castris rendent très probable l'hypothèse qu'Auguste ou ses successeurs ont adapté à leur armée de métier, au recrutement légionnaire fondé sur la c/vitas, l'institution ptolémaïque; Rome doit à l'Égypte, avec le relâchement de la discipline, le palliatif qui l’a rendu tolérable; les ex castris ont leur origine dans les +3 Ervyovis qui tirent eux-mêmes la leur des ëxiyeva d'Alexandre, reliant ainsi les institutions militaires de l’Empire à celles du grand conquérant.