CHAPITRE II
LES CLÉROUQUES' ET LES vis émtyovÿs.
Nos sources, principalement les textes papyrologiques, font connaître parmi les possesseurs du sol égyptien une catégorie spéciale, portant au 1° siècle le nom de xAnoc5yor, au 11° celui de xhnps5ys: où de xärauxe: selon les cas, qui appartiennent ou ont appartenu à l’armée, aux troupes de marine et à la police. Le double caractère, agricole et militaire, de cette fraction de la population de la ywox est très nettement marqué. Possesseurs de tenures, xXñ%sc!, situées dans les bourgs des nomes, qui leur sont données par l'État, ils les exploitent souvent eux-mêmes”; leurs terres forment une classe particulière à côté des biens du clergé et du domaine royal; sa culture et ses revenus font l’objet d’une section à part dans les rapports des comogrammates. D'autre part, leur nom figure souvent dans les textes accompagné non seulement de leur patronymique et de leur origo, mais encore de l'indication d’un corps ou d’un détachement, parfois d’un grade militaire ; les rapports officiels les classent d’après leurs fonctions, militaires ou policières, d’après le recrutement, régulier, mercenaire ou indigène, d’où ils sont issus, d’après la contenance de leurs lots, qui varie avec l'estime où est tenu leur corps; dans leur testaments, ils lèguent entre autres biens leur cheval d'armes et leur équi-
1. Dans cet oüvrage, le mot « clérouqué » séra employé pour désigner les colons militaires en général, qu'ils soient xévrouxos ou xAnpodyo:; ce dernier terme sera réservé aux clérouques de-la police et des corps indigènes, par opposition aux catæques.
2. Sur la culture et la condition juridique du xxñpoz, cf. ch. VI, r'et sr.
3, Cf, ch. VI, rt : Le lotissement des terres et les catégories de clérouques.
pement; Polybe enfin témoigne qu'ils entraient pour partie dans les effectifs combattant à Raphia en 217'. Comment le service de ces soldats agriculteurs était-il possible? Quelle est leur place dans l’armée? Ces questions, auxquelles on a répondu par d’ingénieuses théories’, ne sont pas encore résolues*. Il semble possible d'établir que les clérouques constituent la classe de population dans laquelle s’est recrutée l’armée des Lagides, à l’exception de la plupart des mercenaires, mais non de tous, et particulièrement l’armée régulière.
Deux thèses opposées peuvent être et ont été soutenues sur la situation militaire des clérouques : les clérouques font partie de l’armée active‘; — les clérouques forment une armée territoriale*. Toutes les deux soulèvent des objections très fortes. La plus grave, c’est de caractériser des institutions antiques à l’aide du vocabulaire militaire moderne; il faut écarter du débat les expressions : armée active, et : armée territoriale. L’antiquité n'a pas connu d'armée active permanente ; Rome, seule de tous les Etats anciens, s’est imposé cette lourde charge pour la défense de son immense empire; aucune cité grecque, aucun royaume hellénistique n’a organisé rien de semblable, l'Egypte