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dique et raisonné d'un peuple : c'est un inâtrument social qui évolue en même temps que lactivité intellectuelle de ceux qui la parlent. Il n'y a pas à priori de raisons ponr que cette loi générale n'ait pas régi rhistoire de la langue arabe et, en fait, l'arabe que l'on parle aujourd'hui n'est resté l'idiome de Tancienne Arabie bédouine que chez les Bédouins, qui ont conservé le même état social : partout ailleurs il y a eu évolution et elle continue son mouvement d'adaptation à la vie moderne.
Si cette adaptation n*est pas complète, on en peut découvrir une cause dans l'influence' du Coran, dont la langue est parfaite, puisque dans sa forme même, il est 1 œuvre d'Allah. C'est donc la langue ancienne que la littérature religieuse ou profane s'est efforcée d'imiter. Mais cette servilité d'imitation est toute théorique : en fait, la langue vivante qui, par définition même, a vécu et évolué, a eu une influence constante sur la langue écrite, même sur celle des théologiens et des légistes, et les exigences de Texpress^ion des idées abstraites a de plus en plus développé un Tocabulâire et une syntaxe, qui étaient bien étrangers aux poètes de l'ancien temps. Pour s'en convaincre, il suffit de comparer la langue des Mo'allaqat à celle de Ghazali ou d'Ibn Khaldoun. Le conservatisme de la religion musulmane est sans aucun doute un frein à l'évolution de la langue ; elle la retarde^ sans l'arrêter»
Il y a pourtant quelques faits qui gênent 1 adaptation de Tarabe à la pensée moderne : deux d'entre eux semblent bien être des conséquences d'une tournure d'esprit un peu hésitante. C'est tout d'abord l'amphibologie des pronoms personnels; c'est aussi l'imprécision étrange du vocabulaire qui se combine^ avec son extrême richesse. Ces deux faits sont liés à la. matière même de l'esprit arabe : en se précisant^ il donnera de la clarté à son expression.
L'écriture arabe est iosuffisante. Elle est fondée, comme les autres écritures sémitiques, sur Timportance essentielle des consonnes, les voyelles étant surtout des éléments de dérivation et des flexions. L'arabe n'a donc écrit d'abord que les consonnes; puis, à la fin du vii^ siècle, à Tépoque même où récriture hébraïque se soumettait à la réforme massorétique, récriture arabe introduisait, sous forme de petits signes placés au-dessus ou au-dessous des consonnes> une gamme fort insuffisante de trois voyelles brèves, a, i et ou, que doublaient trois voyelles longues correspondantes par l'addition de alef^ ya waou. Il est bien douteux que cette notation ait Jamais suffi à rendre tous les sons de la langue : elle est aujourd'hui nettement insuffisante. En outre, la connaissance de, ce vocalisme résultant en grande partie des règles de la langue, les lettrés ont mis une sorte de point 4'honneur à en négliger l'écriture, qui d'ailleurs est d'une exécution matérielle délicate, tout particulièrement dans les livres imprimés. Ce n'est que pour fixer le texte immuable du Coran, pour préciser le sens exact d'un vers ou d'un passage difficile à interpréter, enfin pour indiquer la lecture indécise d'un nom propre, que Ton se décide à encombre l'écriture de signes qui s'y superposent. Pour faciliter la lecture de l'arabe, il faudrait accepter d'une part la formation de dialectes de l'arabe classique qui se rapprocheraient des dialectes vivants et tiendraient compte de leurs différences ; et d autre part, on devrait inventer une vocalisation, conforme aux variations dialectales, tout en restant assez- discrète pour ne pas briser le pan-arabisme de la litté* rature classique. Le problème est difficile, m^is il n'est pas impossible à résoudre.
Les peuples convertis à l'Islam ont développé les arts plastiques, chacun selon son génie propre, mais
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aussi avec des traits commfisas; il y a donc an art masulman. Ce n'estpas sans hésitation <|\iie Ton essaie ici de donner de brèves iodicatioDs sur un sujet aussi délicat.
. D'une façon générale, l'Islam paraît avoir eu sor les arts plaâ^tiques une influence inhibitrice. Les Arabes, qui sortaient de leur aride péninsule pour faire la conquête des régions voisines, avaient sans doute le goût des belles armes, des étoffes et des tapis aux ardentes couleurs; mais ces produits n'étaient point leur œuvre : ils étaient yéménites ou égyptiens. En entrant en S) rie, en Mésopotamie, en Perse, en Egypte, les Arabes se trouvèrent en présence de manifestation artistiques, qui étaient la survivance de longues traditions et le résultat des efforts de civilisations séculaires. Ils ne surent tout d'abord ni les comprendre, ni même en apprécier la valeur esthétique. Mais, après les premières années de pillage, une fusion se produisit entre les nouveaux venus et les anciens habitants : la Grèce pouvait conquérir là ai^ssi son farouche vainqueur, et chaque groupement nouveau devait reprendre, avec quelques traits différents, la marche de son développement artistique.
Mais les résultats ont été moins complets que là logique de Thistoire le faisait prévoir : il semble qu'ici la religion musulmane a été plus forte que l'instinct des peuples.
Chez tous les peuples, le temple est le centre artistique de la cité; Fimage du dieu principal et des divinités secondaires est le but des offrandes et des prières; leur demeure est un lieu splendide, dans lequel ou autour duquel se développent la pompe des cérémonies et la célébration des symboles. La mosquée musulmane n'est pas la demeure du dieu : Allah n'a qu'une « maison », c'est la Ka'ba de la Mekke, où
l'Islam a maintenu la tradition sémitique qui repousse la représentation de la divinité, et qui est en dehors de Tart. La mosquée n'est qu'une salle de prière, où les cérémonies sont simples, dépourvues de tout symbolisme et de toute mythologie. En s*installant dans Téglise chrétienne, les premiers conquérants deTIslsmont sans doute brisé ou voilé tout ce qui y rappelait la figure humaine, et quand leurs architectes en ont imité les formes générales, ils en ont modifié le détail suivant les nécessités du culte, et rornementation selon leurs goûts et les restrictions religieuses. On a dit.précédeniment quelles étaient les diverses parties de la mosquée : leur forme et leur ampleur varient de Samarkand à Fez; le minaret notamment est, suivant les régions, tantôt carré comme une tour de guet et couvert d'un toit en tuiles, tantôt rond comme une colonne romaine ou comme une cheminée d'usine, octogonal, composite, varié de forme et de sommet.
Le décor architectural s'est réduit au motif floral, au dessin géométrique ou à l'ornementation scripturale : l'écriture, dès les débuts de Tlslam, a conservé son caractère sacré en reproduisant le texte du livre saint et en en répétant les versets dans les mihràb et sur les bandeaux des murs des mosquées ; elle a prêté à la religion la seule aide artistique qu'elle pût complètement accepter. Les architectes ont développé ces moyens d'ornementation par l'emploi du stuc et de la faïence émaillée sous des formes et avec des qualités qui ont varié avec les milieux : Perse, Transoxiane, Inde, Syrie, Egypte, Espagne et Maghreb. Les portes, les cloisons intérieures, les chaires, ont fait naître un art délicat de la boiserie sculptée et ajourée. Quelques cuivres et verreries complétaient l'aménagement de la maison de prière.
Les tombes des grands, d'où la figure humaine
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était naturellement exclue, ont été traitées sur divers modèles ; depuis la simple qoubba* du saint maghrébin jusqu^aux vastes édifltes consacrés aux sultans mamelouks du Caire ou à Tamerlan.
Les édifices civils, palais, bains, etc.» qui ont été conservés sont peu nombreux. Les ruines du palais de QoçÀïr Amra nous ont appris que les califes oméyyades n'avaient pas craint de copier les palais byzantins jusque dans leurs fresques à personnages, et Ton a mieux compris les textes qui nous apprennent qu'au xn® siècle, les bains de Bagdad étaient ornés de peintures murales. Les traditions qui interdisent la représentation des êtres animés sont formelles : le Prophète a dit que les anges fuient les demeures qui contiennent des objets ainsi ornés. Mais il faudrait dater ces textes, et d'autres qui y apportent des adoucissements. Les uns et les autres cherchent à donner le caractère sacré à deux tendances divergentes, celle de la doctrine orthodoxe et celle des mœurs. Il serait intéressant de voir comment le piétîsme des califes abbassides s'est accordé avec le goût du luxe et des produits de Tart persan. Quoi qu'il en soit, sur le terrain arabe et turc, la prédominance de Tinterdiction est très nette durant la période moderne ; elle coïncide d'ailleurs avec la décadence générale des arts musulmans.
Les palais de Damas et de Baghdad ont disparu. Ceux de la Perse sont un souvenir réduit dés vieux palais sassanides. D'autres édifices, comme TAlhambra, valent surtout par le mystère de leurs salles obscures, Télégance de leurs portiques que traversent les eaux courantes, et le détail exquis de leur orne* mentation. Il y a, sans doute, dans ces monuments sans façade où toute la fantaisie des artistes s'est répandue dans les détails des intérieurs^ un charme d'intimité qui plaît et touche. Mais les habitudes
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gréco-latines de Tesprit occidental s'étonneoi que les monuokents de Fart masulmaa soient si peu adaptés à la yie extérieure : on constate arec étonnement la nullité artistique de la mosquée de la Mekke.
La Perse a gardé sa place distincte dans Thistoire de Tart musulman : on vient de dire qne ses mo«nments conservent une grandeur et une noblesse particulières : malgré les interdictions, Tart persan a maintenu la représentation des êtres vivants, celle de rhomme» dans l'art de la miniature, deTétoffe et an tapis. En Perse, comme en Asie Mineure, dans Tlnde et en Egypte, le bibelot, les cuivres, les verres, les ivoires onjt foi,ircri d^exquis objets, où Ton a tenté plss ou moins timidement d'enfreindre les règles iconoclastes. Elles se sont absolument imposes au mobilier des mosquées : boiseries à dessins géométriques, lampes à inscriptions, lustres, etc.
Rien dans la forme des habitations privées n'est proprement musulman : elle a gardé Taspect traditionnel de chaque peuple. Tout au plus peut-on noter l'intluenoe de la polygamie sur le pian des demeures des riches musulmans.
Le vêtement varie d'un bout du monde musulman à l'autre, et dans le tedips son histoire est plus complexe encore que sa description dans l'espace : l'horrible costume européen envahit TOrient. Le costume archaïque du Bédouin, qui s'est conservé dans le vêtement rituel du fidèle en irhàm, c'est-à-dire pénétrant sur le territoire sacré de la Mekke, est encore celui des populations rurales de toute la partie occidentale du monde musulman.
Né chez un peuple dénué de tout sens artistique, rislam n'a point su se transformer et s'adapter aux soucis d'art que les peuples soumis par lui conservaient comme un instinct précieux acquis par un long passé de splendeur. Mais les doctrines d'une
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religiosité étroite n'ont pas toujours été plus fortes que les mœurs. D'ailleurs, Tart musulman a créé des chefs-d'œuvre à Theure même où Tlslam acceptait que la pensée humaine ait un peu de liberté et de vie. L'art est entré en décadence en mèm« temps que la littérature et que ractiyité religieuse et philosophique; on a commencé à copier des modèles sans originalité et souvent sans conscience, au moment où Ton s'habituait à ruminer des manuels et à répéter des formules vides.
, Une vue d'ensemble devrait se dégager des pages précédentes et leur servir de conclusion, en esquissant des prévisions pour Favenir. L'auteur hésite à les formuler. Du moins, il ne peut éviter de poser une question qui s'impose : la situation politique et économique des pays musulmans qui au début du xx^ siècle leur assigne dans le monde un rang nettement secondaire a-t-elle pour cause, ainsi que certains le pensent, Tinfluence déprimante de Plslam, et faut-il dire que la religion fondée par Mohammed est un agent irrésistible de stagnation et par conséquent de recul?
A priori, c'est une conception un peu simpliste que d'attribuer la faiblesse d'un groupe social à ses institutions, particuUèrement à sa religion, comme si celle-ci était une puissance indépendante de la sociétéelle-même. Il n'est permis de raisonner ainsi que si Ton considère la religion comme une révélation, comme la Loi que la divinité impose à son peuple^ en échange de sa protection et à laquelle celui-ci se soumet sans discuter et parfois même sans comprendre. Mais si l'on tient la religion pour un fait social, occupant simplement la première place parmi
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les institutions humaines, on pensera qii'un peuple a la religion et les institutions qu'il mérite; soit qu'il les ait constituées par &a volonté libre, soit qu'il les ait reçues d'un autre 'peuple par propagande pacifique ou guerrière, car dans ce dernier cas, s'il n'est point digne de périr, il sait réagir contre les contingences de l'histoire. Pour les peuples comme pour les individus, la vie est une lutte constante contre les agents destructeurs que la nature et le passé ont dressés contre eux. Si l'on oie la puissance active de la volonté personnelle et collective, la vie humaine apparaît comme régie par un déterminisme absolu qui rend tout effort inutile et aboutit à l'anéantissement prochain-
D'autre part, si l'on se met en présence des faits, il ne semble pas qu'ils condamnent les sociétés musulmanes à la médiocrité politique et intellectuelle. Peut-être montrent-ils seulenpient que l'Islam a été la religion de populations qui n'ont point su se donner une forte organisation politique.
L'Arabie, après l'Islam comme avant lui, est restée dans l'anarchie et la misère sociale que paraissent lui imposer les 'nécessités géographiques. Etrangers à la notion de l'unité gouvernementale, les Arabes ne l'ont supportée qu'avec peine dans les périodes où les contingences de l'histoire les ont amenés à la subir. Né parmi eux et accepté par eux, le Coran ne pouvait rien contenir qui prévît ni conseillât un pouvoir terrestre solide.
Quand les Arabes importèrent llslam en Syrie, en Mésopotamie et en Egypte, c'est-à-dire dans des pays où subsistaient les restes des puissantes organisations politiques des rois sassanides et des empereurs de Byzance, et ceux d'une civilisation qui projetait encore de lumineux reflets sur tous les domaines ^e l'activité humaine, la religion nouvelle n'apporta rien
qui pût empêcher une renaissance des sociétés affaiblies. Elle était au contraire, par l'attrait mêntie de sa nouveauté, un élément d'activité intellectuelle. Si le califat oméyyade de Damas n'eut point une fortune plus durable, c'est que le' vieil instinct anarchiste des Arabes ruina en quelques années le jeune empire.
Llslam fit aussitôt alliance avec Tesprit iranien pour former le califat abbasside de Bagdad, dont le premier siècle au moins compte parmi les. belles périodes de la vie matérielle et intellectuelle de TOrient proche. Mais Tarabisme et rislam,run portant Tautre, ne surent pas créer un lien politique solide entre des peuples divers, ni préparer une nation capable de résister aux infiltrations, puis aux invasions de populations asiatiques trop étrangères et trop peu cultivées pour pouvoir entrer dans la civilisation musulmane sans la faire redescendre .à leur niveau. Le moyen âge est rempli de Thistoire confuse de Tanarchie orientale, contre laquelle lesGi;oisés se montrent incapables de réagir et qu'ils contribuent même à aggraver. — En Afrique, la vie des peuples depuis le vm" siècle n'est qu'une suite de querelles intestines, où Thistorfen a du mal à ne point s'égarer, et de ce désordre ne surgissent que quelques oasis de culture. C'est que les Arabes ont trouvé là et converti des peuples aussi incapables qu'eux-mêmea d'organiser et de maintenir une autorité commune. Un historien arabe du XIV' siècle, Ibn Khaldoum, afort bien compris le mécanisme de ces empires berbères nés de Tar* deur passagère d'une tribu et effondrés dès qu'elle s'est repue de pillages et de jouissances. — Arabes et Ber-> bères transportèrent en Espagne leurs dissensions, auxquelles se mêlait la population ancienne, Ibères, "SSTisigoths. Mais ici la paix romaine avait laissé un fonds solide de culture, et dans un terrain propice les
influences orientales développèrent une civilisation qui fit pour un temps de TAndalousie le domaine de la vie raffinée et de Tintelligence.
Dans rinde, les Mongols ont imposé 1 Islam à des peuples qui gardent le souvenir de Tune des plus antiques pensées de Thumanité. Le mélange a paru un instant capable de former une combinaison stable : le sultan Akbar par exemple est Tun des souverains les plus intéressants de TOrient. Mais là encore les éléments intimes dé dissociation ont été les plus forts. — Nulle part où l'Islam a régné, de grandes nations n'ont pu vivre en triomphant de Tindividualisme, de Fesprit de clan, de l'anarchie. i
Si l'on tenait donc,[après examen des faits, à accuser rislam des malheurs du passé, on pourrait seulement dire que répandu parmi des populations depuis longtemps en mal d'anarchie, il ne leur a point apporté le ciment qui assure la solidité des assises d'un Etat. On en reviendra donc à dire que Tlslam, né chez les Arabes, peuple à traditions anarchiques, et propagé par eux, a été accepté par des populations de tendances anarchistes qui l'ont adopté d'autant mieux qu'il ne heurtait pas leur instinct naturel, et qui ont ainsi achevé de détruire les forces constructives que d'autres influences avaient cherché à développer en eux. — Nulle part, l'Islam n'a brutalement détruit la pensée^ ni Tessor artistique ; il a au contraire donné un regain de vie à des populations lassées de disciplines vieillies. Mais il s*est affaissé en même temps que le désordre politique accentuait la décadence économique, si bien qu'au xix' siècle, en entrant en relations intimes avec l'Islam, l'Europe n'a plus trouvé qu'une religion inerte et sans vie, rabâchant des formules et discutaillant des vétilles. Affaiblis, déchus dans toutes leurs manifestations sociales, les peuples musulmans ne méritaient qu'une religion médiocre^ à leur taille.
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Âtt xix^ siècle, la situation d^s sociétés musulmanes s'est co mplètement modifiée; presque toutes sont sous l'igttùence politique de l'Europe; l'histoire a renversé les rôles ; le monde occidental va au-devant du monde musulman, comiode Tlslam était^monté jadisà l'assaut de ses voisins. La France» TAngleterYê, la Hollande, l'Italie apportent les résultats de plusieurs siècles d'activité intellectuelle et d'expérience politique aux peuples musulmans, qui les examinent avec une attention passionnée.
Il est impossible de prévoir quelles formes diverses les jeunes nations musulmanes vont adopter avec la collaboration de l'Europe. L'historien doit avouer, quelque énergique et raisonnée que soit sa volonté d'optimisme, que celles qui s'ébauchent sous ses yeux ne sont pas aussi pures qu'il le souhaiterait. De l'Europe, on l'a dit souvent, ce sont les défauts et les vices que l'Onent semhle surtout soucieux d'emprunter. Le contact a commencé sur les bords des deux éléments, dans les parties les moins saines, et les premiers mélanges ne sont point heureux. L'Orient musulman a développé ainsi son goût du bavardage inutile, de la controverse qui trop fine devient retorse, des querelles furieuses des partis, des affaires compliquées et obscures : il donne l'apparence d'en .être re^té à l'anarchie, interrompue par sa forme complémentaire, le despotisme. Dans le mouvement intellectuel, il voit surtout le progrès des satisfactions matérielles et il n'en touche que la surface sans paraître avoir la force de pénétrer jusqu'au fond» On a pu croire que, sans acquérir des qualités nouvelles, les Orientaux allaient perdre quelques-unes de celles qui leur sont propres: une sorte de résignation souriante qui n'est pas sans grandeur; un soin de Tattitude extérieure qui va jusqu'à la dignité; un sens très profond de Ja solidarité qui mène à la bonté et à la charité discrète; le
goût de la vie heureuse avec un sentiment intime et délicat de la forme, de la couleur, de la nature, de rharmonie des choses. Et certains ont pensé qu'il vaudrait mieux laisser la vieille cité musulmane appesantir jusqu'à la mort son silence harmonieux que la réveiller par les appels violents de l'usine européenne. C'est une opinion d'artiste et de poète, nettement égoïste et pas toujours sincère.
La politique européenne des contacts doit être consciente des dangers de son action et de ses enseignements; elle doit craindre de détruire et de créer à contre-sens. Elle doit d'abord chercher à comprendre, certaine qu'ayant compris, elle aimera, et que sa sympathie intelligente saura, mieux que les plus savantes méthodes, former des sociétés musulmane», élargis-^ sant de pensées nouvelles le cadre vieilli de l'Islam.