LA LITTÉRATURE ET LES ARTS
rimage prête à Tidée ses contours, où des mots évoquent un sentiment d'humanité générale, ou bien le fixent sous une forme qui prend à jamais Taspect de la vie : c'est qu'elles ont été frôlées des ailes de quelque diable hindo-persan.
La littérature arabe ignore le théâtre, et c'est une des preuves les plus nettes de sa stérilité d'imagination. Les anciens Arabes n'avaient su construire aucun de ces systèmes du monde où se jouent harmonieusement les forces célestes, revêtues de belles formes humaines, ni créer des vies nouvelles en réalisant sur le théâtre des hommes souffrant, pensant, vivant : les Bédouins d'Arabie et les marchands de la Mekke n'avaient en eux Tien de l'imagination qui fit naître le théâtre grée, et derrière lui ceux de l'Europe. Cette impuissance a été logiquement érigée en principe religieux et moral. — Seuls, les Persans, se souvenant de leurs origines, ont cherché à conserver, sur le terrain religieux hétérodoxe, la tradition dramatique : les tazié^ qui commémorent le massacre des Alides, sont du théâtre traditionnel et vivant.
La société arabe moderne, influencée par l'Europe, cherche à faire naître une littérature dramatique, qui n'est encore qu'une imitation sans intérêt des œuvres les moins fortes du théâtre français. Le goût du spectacle se développe d'ailleurs en Orient, comme en Europe, par la diffusion du cinéma : le.« progrès » répand en pays arabe et turc le rebut des productions misérables auxquelles l'Europe et surtout l'Amérique a condamné un instrument artistique, qui pourrait être précieux. Ce n'est que dans quelques années qu'il sera possible d'évaluer le dommage social que ces manifestations auront causé à l'Orient musulman. La poésie est restée la forme essentielle de l'expression littéraire chez les peuples orientaux, et partout elle a su garder le contact avec son auxiliaire, la
musique, mais Torthodoxie musulmane condamne celle-ci : elle ne se mêle point aux cérémonies religieuses de rislam; on ne considère point en effet comme musicales les mélop)§es suivant lesquelles sont récités, par exemple, l'appel à la prière et certaines formules des enterrements, oh d*ailleurs les instruments ne se mêlent jamais à la Toix humaine. Mais le goût public a été plus puissant que les prescriptions religieuses, et la musique a été et reste vivante sur tout le territoire de Tlslam, et pour des raisons obscures elle y apparaît au profane avec une '"'certaine unité Du Turkestan ^u Maroc règne une musique d'instruments à cordes^ joués à Tarchet ou pinces, avec une trop discrète collaboration des bois et une violente intrusion des caisses, tambours, tambourins, timbales et cymbales; elle n'a du reste con- .servé toute son originalité que dans raccompagnement du chant et de la danse. Cet art musical, où Thistoire ne sait point encore distinguer les apports byzantins et persans, a eu son heure d'éclat et a été soumis à des règles, dont les indications aujourd'hui incomprises du Kitàb el Agfiàni suffisent à prouver l'importance. Il est bien déchu, mais il pourrait renaître en se rapprochant de Tart européen qui, par certains de ses compositeurs, a fait vers lui les premiers pas, car ceux-ci ont rejoint la complexité de ses sonorités et le charme indécis de ses mélodies.
£n termiaant ces indications Sur le nouveau développement littéraire de l'arabe, langue classique de lisium, on peut se demander »i la langue elle-même a eu une influence favorable ou défavorable sur la civilisation arabe et d'une façon générale sur celle des pays musulmans. Il faut avouer que tout d'abord la question parait assez mal posée en ces termes. Une langue n'est pas un être indépendant, créé de toutes pièces par une révélation ou par l'effort métho-