‹ Les institutions ouvrières de Mulhouse et de ses environsChapitre 10 sur 29 · Année · texte numérisé non relu

Année

L'auberge a reçu dans Tannée : hommes 3581

— femmes 271

— enfants 205

— 4057 voyageurs.

Depuis Pouverture il en avait été reçu 16425

Total 20481

Les dépenses de l'année se sont élevées à 3 149 f. 80 c, ainsi réparties :

fr. c.

Pain 891 30

Épicerie t 441 60

Chauffage 234 30

Habits 0>^ 143 30

Réparations 80 20

Ustensiles, meubles, etc 51 50

Frais de bureau 37 70

Concierge 360 »

Pharmacie 2 30

Assurance 4 20

20 centimes aux voyageurs 810 40

Divers 68 >

Total 3124 80

pas^ comme on voit, aux worke-houses anglais. II est même arrivé que des voyageurs, ayant trouvé dans la journée le ti^avail qu'ils cherchaient, ont rapporté les 20 centimes qui leur avaient été donnés le matin. Depuis l'époque de sa fondation, le i*' avril 1859 jusqu'à la fin de 1863, cet établissement avait donné asile à 15 658 voyageurs de tout âge et des deux sexes. Le relevé de Tannée 1864 donne les chiffres suivants : 3786 voyageurs , dont 264 femmes et 208 enfants.

L'Asile des vieillards^ dont l'organisation faisait partie d'une combinaison plus complète sur laquelle nous reviendrons plus tard, a été fondé en 1851, au moyen d'une souscription volontaire entre vingt maisons de Mulhouse, qui y contribuèrent pour des sommes variant de 10 000 à 500 francs. La maison d'asile à coûté 65 500 fr., y compris les accessoires et l'ameublement. Elle est bien construite, bien aérée, parfaitement adaptée à l'usage qu'on voulait en faire Elle contient quarante-cinq lits, séparés par des cloisons, de manière à former pour chacun une cellule d'une dimension très-suffisante pour la commodité, l'aération et la lumière. Le réfectoire et la cuisine sont d'une propreté qui va jusqu'à l'élégance. Un jardin bien situé et bien disposé donne à ce séjour une apparence de gaieté qui séduit. Il semblaitqu'il dût être envahi, et que les vieux ouvriers se disputeraient les places dans cet hôtel des invalides civils. Personne ne se présenta ou du moins presque personne. Le nombre des pensionnaires n'a jamais été au delà de

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10 OU 12, 15 au plus. En dix ans, il n'y a eu que 43 admissions.

Ce résultat était peut-être difficile à prévoir ; mais il Test moins à expliquer. Pour éviter les désordres, on a cru devoir rédiger un règlement et soumettre les pensionnaires delasile à une discipline. Il faut qu'ils se couchent et se lèvent à des heures déterminées, et ils ne sortent que deux fois par semaine. Cela suffisait pour qu'on dût être bien sûr de n'avoir à l'asile que les vieillards sans ressources et sans famille. Les ouvriers qui ont passé toute leur vie sous le joug du travail aspirent à la fin de leur carrière à une liberté plus complète que celle que leur promet l'asile; et non-seulement ils y aspirent, mais ils en ont besoin. Incapables en général des occupations intellectuelles qui seules rendent supportable la réclusion, et fatigués des travaux manuels, ils se trouvent dans l'asile condamnés à des loisirs dont ils ne savent que faire. Chez eux, ils sont moins bien nourris, moins bien vêtus, moins bien logés, moins bien couchés, mais ils sont libres d'aller de côté et d'autre quand il leur plaît, de causer avec les voisins, de boire de temps en temps une bouteille de bière; ils peuvent s'occuper à de petits travaux; ils vivent la plupart du temps avec leur famille, ils gardent les petits enfants quand les parents sont à la fabrique, enfin ils trouvent autour d'eux mille sujets de distraction qui leur font passer le temps et qui les aident à supporter Toisiveté à laquelle ils sont condamnés par l'âge. Tout cela a bien son prix, et pour mon compte, je ne saurais les

blâmer de ne pas sacrifier les avantages moraux qu'ils trouvent dans la liberté aux jouissances purement physiques que leur offre le séjour de TAsile. Je sais bien que les raisons qui leur font préférer là liberté ne sont pas toujours aussi légitimes, et qu'il y en a plus d'un dont les habitudes vicieuses ùe sauraient s'accommoder delà disciplineetdePinternement, mais il suffit que leur répugnance pour TAsile puisse s appuyer sur des motifs légitimes, pour qu'on ne doive pas la blâmer.

Du reste les fondateurs mêmes de l'Asile y mettent une bonne grâce dont il faut leur tenir grand compte. Il ne manque pas^ dans le monde, de bienfaiteurs qui imposent leurs bienfaits et qui ne pardonnent guère l'indifférence à cet égard. Si les fondateurs de l'Asile avaient mis de l'amour-propre à faire réussir quand même leur institution, ils avaient entre les mains un moyen facile et presque infaillible d'y parvenir. C'était de s'en tenir à l'Asile même et de refuser toute espèce de secours à ceux qui ne voudraient pas y entrer. Beaucoup, forcés par la misère, auraient dû faire taire leurs préférences pour la liberté, et l'Asile se serait trouvé peuplé en peu de temps. Mais loin de là, ils ont laissé à leurs ouvriers le choix entre l'Asile et une pension de retraite, leur fournissant ainsi euxmêmes le moyen de rester dans leurs familles et de laisser l'Asile à peu près abandonné. Plus de trois cents ouvriers ou ouvrières âgés ou infirmes doivent à la générosité de leurs anciens patrons le repos dont ils jouissent au milieu de leurs enfants

Ce trait est à noter parce qu'il est un de ceux qui caractérisent le mieux les habitudes d'esprit, des fabricants de Mulhouse. Ce sont des hommes pratiques et sincères qui cherchent avant tout Futilité réelle de la classe dont ils travaillent à adoucir les misères. Ils peuvent, comme d'autres^ se tromper dans le choix des moyens, mais jamais ils ne s'efforcent de dissirmuler leurs erreurs, et ils ne s'entêtent pas à poursuivre l'accomplissement de leurs projets, quand une fois l'expérience leur en a démontré les défauts. Par cela même qu'ils n'y mettent pas de vanité, ils ne se sentent pas blessés de leurs échecs. Leur but n'est pas d'avoir raison quand même, malgré les faits^ mais de chercjier par des essais sans cesse renouvelés les meilleurs moyens et les plus efficaces d'améliorer le sort des hommes qu'ils ont pris sous leur tutelle. C'est leur persistance dans cette recherche unique et l'absolue sincérité qu'ils y apportent qui leur a valu l'honneur d'avoir contribué plus que tous les autres à la solution du problème de la misère.

Du reste l'institution des pensions de retraite a précédé de beaucoup la construction de l'Asile. Dès 1808, MM. Japy frères, à Beaucourt, se sont imposé l'obligation de servir aux veuves de leurs ouvriers des pensions calculées d'après la durée et l'importance des services rendus à leur établissement.

A Rixheim, MM. Zuber ont fondé une caisse pour leurs ouvriers invalides, et l'ont dotée à l'origine d'un premier fonds de dix mille francs. Un prélèvement fait sur leurs bénéfices augmente chaque année ce

capital ; mais les intérêts seuls sont distribués sous forme de pensions aux vieux ouvriers qui ont passé au moins vingt ans dans leur établissement, ou à leurs veuves.

Les propriétaires de rétablissement de Wesserling dépensent en moyenne dix mille francs par an en pensions pour leurs ouvriers infirmes ou pour les veuves des ouvriers.

M. Ch. Kestner a fondé et doté également des caisses de retraites dans ses établissements de Thann, de Mulhouse et de Bellevue. Je n'en parlerai pas ici parce que, grâce à quelqu.es détails heureusement imaginés de leur organisation, elles peuvent à un certain point de vue rentrer parmi les institutions d'assistance indirecte, ce qui est toujours bien préférable, quand c'est possible.

Dans le cas de maladie, l'ouvrier, dans un assez grand nombre de manufactures, trouve tous les secours dont il a besoin. A Wesserling, RDM. Grès, Odier et Roman ont un médecin spécialement attaché au service de leurs établissements. Les visites qu'il fait aux ouvriers malades et les médicaments qu'il leur ordonne sont payés par la maison, qui dépense ainsi chaque année pour ses cinq mille ouvriers une somme moyenne de vingt mille francs. Les femmes et les enfants des ouvriers de rétablissement reçoivent les mêmes soins gratuits. A Mulhouse, la maison Dollfus Mieg et Gie paye chaque année quatre mille francs d'honoraires à un médecin dont le traitement, sans cette libéralité, devrait être pris sur les fonds des

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caisses de secours mutuels^ et elle tient unevoitureà sa disposition. Elle se charge aussi des frais occasionnés par les maladies graves, lorsque les cotisations de ceux qui en sont atteints ne leur donne pas droit à des secours suffisants. Dans les établissements de MM. Boigeol-Japy, à Giromagny, les soins médicaux sont fournis gratuitement, ainsi que les remèdes^ aux ouvriers de la maison; mais leurs femmes et leurs enfants n'ont droit qu'aux visites du médecin. On n y ajoute les médicaments que sur la déclaration faite par le médecin que la famille paraît hors d'état de les payer. Il suffit également d'un certificat du médecin pour que les ouvriers les plus pauvres reçoivent gratuitement, quand ils sont malades, les choses dont ils ont besoin^ telles que aliments^ bois, vêtements, linge, ou que Ton acquitte les termes arriérés de leur loyer. Si même l'ouvrier malade est depuis longtemps attaché à la maison et si sa conduite a été à labri de tout reproche, surtout si sa maladie est une conséquence de son travail^ il est mis ordinairement à la demi-solde jusqu'à ce qu'il soit rétabli.

Enfin un repas de douze couverts est préparé chaque jour et servi à des ouvriers convalescents, qui trouvent ainsi pour réparer leurs forces une nourriture plus fortifiante qu'ils ne pourraient Tavoir chez eux.

Dans rétablissement de MM. Bourcart, l'ouvrier blessé pendant le travail est soigné aux frais de la maison et conserve sa paye complète. Les malades qui •

ont travaillé 8ix mois dans leurs ateliers, reçoivent le tiers de leur salaire.

Un usage excellent, qui produit de très-bons résultatSy et que je regrette de n'avoir trouvé que dans cette maison, c'est celui de payer chaque année les frais d'exonération du service militaire^ pour celui de leurs jeunes ouvriers qui s'est fait distinguer par sa ibpqduite et par son travail. Cet espoir entrelient entre eux une émulation féconde, qui en préserve un certain nombre des mauvaises habitudes qui se prennent à cet âge.

Je ne parlerai pas de l'hôpital de Mulhouse, richement doté par la munificence de quelques particuliers^ non plus que de la société de Saint-Vincent de Paule et des bureaux de bienfaisance, qui sont à Mulhouse ce qu'ils sont partout et sur lesquels je n'ai par conséquent rien à apprendre à personne. Je ne m'arrêterai pas davantage sur la Société protestante des amis des pauvres, qui porte le nom de Société de Charité, et qui ne se distingue des autres que par un caractère tout spécial d'exagération religieuse. J'arrive immédiatement à l'institution plus originaledes patronages.

Il y a quelques années, Mme Nicolas Kœchlin, fort occupée d'œuvres de bienfaisance; eut la pensée de faire venir une sœur diaconesse pour Taiderà visiter, à soigner les malheureux, à leur porter des secours et des médicaments. Elle l'établit à ses frais à Mulhouse, et en fit une sorte de centre de renseignements charitables. Peu à peu elle comprit qu'il lui restait autre chose à faire. Elle s'entendit avec M. Zippelius,

que sa charité bien connue rendait plus capable qu'un autre de concourir à cette œuvre. La ville fut divisée en six quartiers^ ayant chacun leur organisation complète. Chaque patronage paye pour ses pauvres un médecin, et possède une pharmacie dirigée par une sœur diaconesse. I^ but spécial des patronages est de secourir les ouvriers contre les conséquences des malheurs imprévus, dont le coup suffit si souvent à condamner à une misère incurable les plus honnêtes familles. Une maladie survient-elle et menace-t-elle Tavenir d'une famille en la jetant dans le dénuement et dans les dettes, le patronage vient^à son aide en lui fournissant gratuitement les secours du médecin, lés médicaments, les aliments particuliers dont le malade peut avoir besoin dans sa convalescence. Leur objet est surtout de soutenir ceux qu'ils voient près de tomber; c'est par là qu'ils se distinguent des bkireaui de bienfaisance et des autres institutions analogues, dont malheureusement les secours ne sont que trop souvent des primes offertes à la paresse et à la mendicité.

C'est là en effet, comme on le sait, un des inconvénients les plus fréquemment attachés à l'exercice de la bienfaisance, et contre lequel on ne prend pas en général des précautions assez efficaces. Les patronages s'appliquent de tout leur pouvoir à les éviter. Lorsqu'on apprend qu'une famille a besoin de leur intervention, le membre de l'association qui est chargé de vérifier sa position, a pour mission de recueillir par tous les moyens tous les renseignements qui sont

de nature à éclairer la religion du bureau. On lui remet une feuille imprinoée qui contient tous les éléments de l'enquête qu'il doit faire le plus discrètement possible, et qui ne lui permet d'oublier aucun détail essentiel. Les questions auxquelles il doit répondre devant le comité portent sur tout l'ensemble de la situation matérielle et morale de la famille qu'il a visitée. Les voici dans l'ordre où elles sont disposées :

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