IB
iiStîGO
4ia
180j553.lO7
1864, qu'on y ajoute les résultats des 500 autres associations coopératives de diverses natures qui existent concurremment avec elles, et Ton comprendra combien nous sommes loin d'un pareil mouvement et combien il nous reste à faire.
Mais si de pareils résultats ont de quoi nous rendre modestes, il est difficile d'imaginer une meilleure réponse à ceux qui se figurent que la misère est un fait nécessaire et qu'il est inutile de chercher à la combattre. Sans doute on n'a rien pu contre elle, tant qu'on ne lui a opposé que les remèdes de l'ancienne charité, qui, au lieu de stimuler dans les hommes les instincts d'activité et d'indépendance, ne savait que les émousser. Mais maintenant ce sont ceux même qu'elle écrasait qui ont entrepris de secouer son oppression, et s'ils continuent à le vouloir résolument, si nous entrons avec énergie dans la voie qu'ils nous ont ouverte, il n'y aura bientôt plus de misérables que ceux que leurs vices ou leur apathie auront rendus incapables de profiter des enseignements qu'ils auront sous les yeux. Et ceux-là seront peu nombreux, car les vices pour la plupart ne naissent et ne s'invétèrent parmi les hommes que par le désespoir et le dégoût de leur situation présente et par l'ignorance des moyens de la rendre meilleure. Quand l'élite leur aura donné l'exemple, la transformation s'opérera de proche en proche et finira par gagner les couches inférieures. La misère décroîtra à mesure que se modifieront les habitudes vicieuses qui lui donnent naissance. Au lieu d'aller au cabaret
consumer en orgies la meilleure partie de leur salaire, l'espoir désormais éveillé dans leurs cœurs donnera à leurs désirs une autre direction, et la pensée consolante et fortifiante du bien-être possible .triomphera de la passion brutale qui trop souvent sacrifie leur santé et leur famille aux jouissances grossières du plaisir présent.
Voilà l'avenir que nous pouvons, je crois, nous promettre sans trop d'illusion pour la population ouvrière de la France. Mais il ne faut pas oublier que le mouvement qui doit la porter jusque-là ne fait que de commencer chez nous. Si dans les grandes villes, une élite d'ouvriers semble déjà capable de marcher seule vers le but qu'elle entrevoit, la grande multitude est encore incapable de la suivre. Pour celle-là, un patronage intelligent et discret est encore nécessaire. S'il est un fait évident pour quiconque connaît les ouvriers des manufactures, c'est que la plupart sont complètement hors d'état de se passer d'aide. En dépit des utopistes et des déclamateurs ultra-démocratiques qui, regardant toutes choses du haut de je ne sais quels principes de métaphysique sociale et d'illuminisme égalitaire, s'entêtent à voir dans !e concours des patrons une conspiration contre la dignité des ouvriers, il est malheureusement trop certain que sans ce concours le progrès restera longtemps encore une chimère dans la plupart des centres industriels de la France. Souhaitons donc que les fabricants de Mulhouse trouvent de nombreux imitateurs. Appelons de nos vœux le jour oiî les
d'industrie, enfin désabusés de la croyance à l'éternité fatale de la misère, se décideront à mettre au service des intérêts populaires leur dévouement et leur expérience; loin de voir en eux les ennemis de leur indépendance et de leur initiative, leurs ouvriers s'empresseront de saluer en eux des bienfaiteurs, et la France entière s'unira pour applaudir à leurs efforts.