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De 18 à 25 ans ..,,.
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De 26 à 35 ans ,.
Au-dessus de 35 ans. ...,.♦*.. , ,
Totaux,
« La discipline, ajoute M. Penot, a été partout parfaite, L'ordre qui régnait dans nos salles a con-
stamment frappé ceux qui venaient nous visiter. Vous savez que, dans chaque cours, les élèves avaient nommé dés commissaires particulièrement préposés à la police de la classe, dont le maître était déchargé. N'ayant affaire qu'à des hommes, on a voulu s'en rapporter à eux-mêmes pour maintenir dans les salles le silence et le recueillement sans lesquels l'étude est impossible. Vous allez voir si cette conBance a été justifiée. Des amendes devaient être infligées par les commissaires pour défaut de bonne tenue ou pour absences non motivées, si elles s'élevaient au nombre de deux dans l'espace d'un mois. Les commissaires ont apporté à cette partie de leurs fonctions toute la sévérité convenable. Chacun a fait, au commencement de toutes les leçons, l'appel de la section qui lui était confiée, marquant soigneusement ceux qui n'y répondaient pas, afin de s'informer des motifs qui les avaient retenus hors des cours et d'en apprécier la légitimité. Cette sorte d'enquête était d'ailleurs inutile le plus souvent : ceux que le travail retenait quelquefois le soir dans leurs ateliers ou qui pouvaient fournir une autre raison aussi valable de leur absence, ayant soin d'en prévenir à l'avance le maître ou le commissaire. Eh bien, sur quinze cours et 1095 hommes qui les ont fréquentés^ pendant la durée de cette année, il n'a été infligé qu'une seule amende de 20 centimes. Ce fait si remarquable permet déjuger de la tenue de nos élèves et donne la mesure du prix qu'ils ont attaché à l'instruction qu'ils venaient chercher, »
J'emprunte au même document un autre fait des plus honorables pour les élèves des cours de Mulhouse : « Chaque élève doit verser quelques centimes par mois pour contribuer aux dépenses du petit matériel du cours qu'il suit. Toutes ces légères rétributions étaient réunies entre les mains des commissaires, chargés de les employer au mieux des intérêts de tous. Ce mandat a été si bien rempli que, les classes ayant été suffisamment pourvues de tout le nécessaire, il y a eu à la fin de Tannée, dans chacune de ces caisses déposées chez le directeur, un petit reliquat s'élevant en tout à un peu plus de 300 francs. Il était de toute justice de rendre cet argent aux élèves, à qui il appartenait de plein droit. Qu'en feraient-ils? Eux seuls en devaient décider. Après délibérations séparées, et comme s'ils s'étaient concertés d'avance, il a été résolu dans chaque classe que ces sommes seraient affectées à des œuvres de bienfaisance et déposées à cet effet dans les bureaux de la mairie. »
A deux pas de Mulhouse, à Dornach, dont la population se compose en très-grande partie d'ouvriers de fabrique, MM. DoUfus, Mieg et C'% pour faire jouir les habitants des avantages de l'instruction populaire, ont demandé au comité de Mulhouse d'y organiser et d'y surveiller des cours de lecture, d'écriture, de calcul et de physique élémentaire, dont ils ont offert de supporter tous les frais. 11 est inutile de dire que cette généreuse proposition a été accueillie avec tout l'empressement qu'elle méritait. Le succès de Tensei-
n* PARTXB. '— LUTTE CONTRE L'IGNORANCE. 371
gnement populaire n'a pas été moindre à Dornaoh qu'à Mulhouse.
Du reste il y avait longtemps déjà que Mulhouse avait ouvert des écoles du soir et des écoles du dimanche, mais sans leur donner l'organisation dont M. Bourcart a offert l'exemple, '' Les institutions de la même nature se retrouvent partout en Alsace avec plus ou moins de développement; partout les patrons ont eu à cœur de travailler à l'instruction de leurs ouvriers. Les propriétaires du grand établissement de Wesserling, qui ont (en 1803) construit la première filature qui ait existé dans le Haut-Rhin, doivent aussi être rangés parmi les premiers qui aient songé à donner Tinstruction à leurs employés. Leur école primaire remonte à l'année 18^0.
En 1830 on y a joint une école du degré supérieur et une école du soir pour les adultes; plus tard, une école spéciale de dessin, et enfin une école de jour pour les enfants de 8 à 16 ans employés dans les ateliers.
Les jeunes ouvriers imprimeurs et graveurs sont tenus de suivre les cours du soir pendant toute la durée de leur apprentissage.
L'école spéciale de dessin est suivie par les jeunes gens qui se destinent à la profession de dessinateurs, ou qui sont en apprentissage à la gravure ou dans les ateliers de construction.
Les enfants de 8 à 16 ans sont obligés de fréquenter l'école de jour. Ils sont divisés en deux clas-
ses, dont l'une suit les cours du matin; l'autre, ceux du soir.
Un comité est chargé de la direction et de la surveillance de ces écoles. Des inspections hebdomadaires et des examens annuels permettent de juger de la marche des études et des progrès des élèves.
Aussi ces écoles ont-elles fourni à l'établissement des sujets distingués, et la plupart de ceux qui les ont suivies se font remarquer par leur intelligence, leurs talents et leur bonne conduite.
A Mulhouse , la Société industrielle possède une collection d'échantillons de tous les tissus fabriqués et imprimés depuis l'origine de Tindustrie alsacienne, et elle la continue avec soin. A côté de cela, elle a établi un musée du dessin industriel, qui rend de grands services aux dessinateurs en quête d'inspirations. Cependant elle a compris que ce n'était pas assez. Elle a fondé en 1829 et a toujouTs depuis entretenue à ses frais une école de dessin, qui a eu sur l'industrie des toiles peintes la plus heureuse influence. On y enseigne le dessin de la figure, des fleurs et des machines. Les cours sont gratuits pour les élèves pauvres. Ils sont suivis par un très-grand nombre de jeunes gens, destinés à fournir des dessinateurs aux fabriques d'indiennes et aux ateliers de construction. Us peuvent arriver par cette profession à se faire des positions très-lucratives.
Le local qui était autrefois affecté à cette école étant devenu insuffisant, la Société industrielle a recueilli par souscription près de 100 000 fr., qui ont servi
à élever, il y a quelques années, un très-bel édiflee, mieux approprié à sa destination.
En 1861 , il s'est créé, également sous le patronage de la Société, une école de tissage mécanique, qui, par suite du développement de cette industrie, était devenu nécessaire.
Deux ans plus tard la même Société fonda une école théorique et pratique de filature.
Je n'insiste pas sur ces deux fondations, parce qu'elles n'intéressent pas spécialement la population ouvrière. J'en pourrais dire autant de l'école professionnelle et de l'école supérieure des sciences appliquées. Cependant ces deux institutions sont trop importantes pour les passer complètement sous silence. Voici des renseignements sommaires que j'emprunte à un rapport très-complet adressé en 1863 au recteur de l'Académie par M. Bader, directeur de l'école professionnelle :
L'école professionnelle de Mulhouse n'a pas pour mission de conférer une certaine dose d'instruction scientifique aux jeunes ouvriers. Le but qui lui a été assigné, c'est de préparer directement aux carrières industrielles des jeunes gens qui recevraient en même temps une éducation libérale. Si, à l'étude des sciences et des lettres qui forment la part principale de son enseignement, elle associe dans une certaine mesure l'apprentissage des travaux industriels, c'est pour en donner de bonne heure aux jeunes gens Thabitude et le goût; c'est pour qu'ils soient élevés dans un milieu favorable au développement de leur vocation; c'est
au88Î pour lenr permettre de poursuivre leurs études scientifiques et même littéraires jusqu'au terme ordinaire de Tinstruction secondaire, sans retarder l'apprentissage spécial qu'il est utile ou nécessaire pour eux de commencer dans un âge encore tendre. Beaucoup de personnes, en effet^ jugeaient indispensable de retirer leurs fils du collège dès Tâge de 1 5 ou 1 6 ans pour ne pas nourrir trop longtemps leur intelligence de travaux exclusivement spéculatifs et pour les faire débuter de bonne heure dans la vie pratique des usines ou des manufactures. Outre que cette émancipation prématurée et cette fréquentation des ateliers à un âge où le caractère n'est pas encore formé présentent des inconvénients de plus d'un genre, ces jeunes gens étaient obligés de renoncer à bien des études théoriques qui exigent une certaine maturité de l'intelligence, comme par exemple la géométrie descriptive et en général les mathématiques un peu élevées. A tous les points de vue leur éducation restait forcément incomplète. Eh bien, l'association de Tatelier avec l'école, telle que nous nous efforçons de la réaliser, permet à nos élèves de commencer en temps utile leur apprentissage professionnel, et de continuer en même temps la culture de leur intelligence par l'étude des sciences, de l'histoire et de la littérature. Dans ces ateliers d'instruction, moins complets sans doute que les ateliers industriels, mais organisés en vue de leur destination spéciale et pourvus de tout ce qui est nécessaire pour y atteindre, d'habiles maîtres ouvriers enseignent par principes
II* PARTIB. — LUTTE CONTRE L'IONORAHCE. 375
la pratique de ]ear art, dont la théorie est en outre exposée aux élèves dans des cours techniques par des ingénieurs qui sont à la fois des savants et des praticiens. Il semble que cette réunion d'avantages ne serait présentée par aucune antre combinaison, ni par l'atelier sans école, ni par l'école sans atelier.
Outre l'enseignement de la grammaire, des langues vivantes^ de la littérature, de Thistoire, des mathématiques, de la physique, de la chimie^ de l'histoire naturelle^ de la mécanique, du droit commercial et administratif, de la comptabilité, renseignement technique général^ obligatoire pour tous les élèves^ comprend des leçons complémentaires de dessin, un cours sur les moteurs à vapeur, et la première partie d'un cours de construction (architecture industrielle).
Pour l'enseignement spécial, les élèves se partagent en trois groupes, suivant qu'ils ont plus particulièrement en vue la construction des machines, ou les arts textiles, ou les arts chimiques.
Les premiers suivent, à titre obligatoire, la seconde partie du cours de construction industrielle (canaux et chemins de fer : matériel d'exploitation des voies ferrées) et le cours de filature, qui donne aussi quelques notions sur la construction des métiers à tisser. Ils ont à revoir aussi le cours de cinématique de la classe de seconde. Ils consacrent dix heures par semaine aux travaux manuels de Tatelier de constructions mécaniques, où ils continuent Tapprentissage de la forge, du tour à métaux, de l'ajustage et du mon-
tage des machines. Dans les leçons de dessin, ces élèves antérieuremeni exercés déjà à lever des croquis dans nos ateliers, dessinent des projets de machines composées par eux sur les données de l'ingénieur chacgé de la direction de l'atelier de construction, qui est en même temps professeur de mécanique et de dessin géométrique à l'École professionnelle et à l'Ecole des sciences.
Les élèves de la seconde catégorie, celle des* arts textiles, assistent au cours de filature. Ils vont en outre passer deux heures par jour dans Técole de tissage mécanique, fondée récemment parles principales maisons industrielles du Haut- Rhin. Dans cette fabrique-école, outillée d'après les procédés les plus perfectionnés et parfaitement dirigée, ces élèves suivent un cours de théorie, ouvert pour eux exclusivement. Ils sont exercés au travail manuel des mé' tiers sur lesquels on leur enseigne à monter un certain nombre d'articles types et qu'ils apprennent aussi à mettre en activité. Quant à l'enseignement pratique de la filature qui doit compléter le cours de théorie, il ne consiste encore que dans le réglage et la mise en marche des machines employées à filer !e coton. Les élèves de la spécialité des arts textiles dessinent aussi des métiers à filer et à tisser ; ils étudient les meilleures dispositions à donner aux établissements de filature et de tissage, et en dressent les plans.
L'enseignement théorique de la troisième spécialité (arts chimiques) consiste en un cours d'ana-
lyse et d'essai des drogues, et en un cours de chimie tinctoriale, d'apprêt et d'impression d'étoffes. Les futurs chimistes des manufactures consacrent chaque jour deux heures aux manipulations du laboratoire. Ils doivent aussi dessiner des plans et des projets d'appareils ou d'établissements relatifs à leur spécialité.
L'École supérieure offre aux jeunes gens le moyen de compléter leurs études. Les deux Écoles, prises dans leur combinaison, constituent un corps d'études industrielles moins élevé , mais plus pratique et plus spécialisé que celui de l'École centrale; moins pratique, quant à la durée respective des travaux manuels, mais plus scientifique que celui des écoles impériales d'arts et métiers. Aujourd'hui la combinaison est parfaite entre les deux éléments principaux d'enseignement.
L'École supérieure des sciences appliquées délivre des diplômes, qui sont partout acceptés comme garantie d'une instruction sérieuse. Aussi les cours de celte École, comme ceux de l'École professionnelle, sont-ils suivis par un grand nombre d'élèves étrangers au département et même à la France.
Il y a encore à Mulhouse une École d'arts et métiers, ouverte gratuitement aux jeunes Israélites. Cet établissement, qui compte une quarantaine d'élèves, a pour objet de préparer ces jeunes gens aux professions manuelles et de les soustraire aux habitudes de brocantage, invétérées parmi leurs coreligionnaires. Les élèves passent toute la journée dans les ateliers des particuliers chez qui ils font leur apprentissage
(lithographes, typographes, charpentiers, ferblân*^ tiers, etc.). Ils rentrent à rétablissement à l'heure des repaSy et reçoivent tous les soirs des leçons di* verses avant de se retirer dans leurs dortoirs. Les frais de celte École sont couverts par des souscriptions volontaires, consenties par des citoyens de tous les cultes.
A toutes ces institutiojis, il faut ajouter des sociétés de chant choral, assez nombreuses à Mulhouse, qui offrent aux jeunes ouvriers d'utiles distractions et développent en eux le goût des arts. Enfin des sociétés de gymnastique, de création récente, leur fournissent l'occasion de développer leurs muscles au grand air, de s y fortifier, d'acquérir de la souplesse et de l'agilité, en même temps que de passer agréablement leurs heures de repos. Ces sociétés chorales et de gymnastique réunies, ont fondé le cercle de l'Union pour resserrer les liens des membres des deux sociétés. C'est en réalité un Casino, composé aujourd'hui de 200 membres environ; mais il diffère des autres en ce que l'on y fait tous les quinze jours de très-bonne musique instrumentale et vocale (chœurs et solis), et tous les quinze jours des conférences littéraires.
La Société industrielle élabore en ce moment le plan d'une école de commerce dont la création lui a été proposée par deux négociants, MM. Jules et Jacques Siegfred. Ces deux jeunes gens ont joint à leur proposition un don de 100 000 francs, comme premier fonds applicable à cette institution. Cela, joint aux
prix proposés chaque année par laSociété industrielle, donne une idée de ce que Ton sait faire à Mulhouse pour encourager toutes les améliorations. Le jour où l'on possédera dans chaque ville de France un noyau d'hommes disposés à s'imposer des sacrifices semblables pour la réalisation des idées qu'ils croient bonnes, l'exemple de Mulhouse cessera bientôt d'être isolé en France.
Dans l'état actuel, je doute quon trouve nulle part ailleurs, au moins en France, un ensemble plus complet d'institutions destinées à répandre Tinstruction dans le peuple et d'en élever le niveau intellectuel. Cependant, au milieu de tout cela, on ne peut manquer d'avoir remarqué une lacune considérable. On n'a presque rien fait pour les femmes.
Sauf les écoles primaires, quelques ouvroirs, quelques écoles du dimanche et l'établissement de la Cénobie, la moitié de la population ouvrière se trouve abandonnée à elle-même , sans secours vraiment efficaces contre l'ignorance et la dépravation qui en est la suite. Pendant qu'on prodigue aux hommes tous les moyens de s'élever, de s'améliorer, de se développer, de s'armeî contre la misère et contre les vices, les femmes restent en partie déshéritées, et ne participent que dans une faible mesure à ce mouvement civilisateur qui se fait partout autour d'elles. M. J. J. Bourcart est, à ma connaissance, le seul qui ait essayé quelque chose de plus.
Ce n'est pas cependant qu'on les ait oubliées. Leur sort est au contraire une des plus vives préoccupa-
lions (les bienfaiteurs de la population ouvrière de Mulhouse^ et s'ils n ont pas encore fait pour elles tout ce qu'ils voudraient, c'est qu'ils n'ont pas encore trouvé le moyen de rendre pour elles leurs bienfaits sans danger. 11 y a là en effet une difficulté considérable.
Dans les villes de manufactures, les femmes et les filles passent, comme les hommes, toute leur journée à l'atelier. Elles n'en reviennent que le soir avec leurs parents, leurs frères ou leur mari. On n'a donc, pour les instruire y que la soirée. Mais comment inviter les jeunes femmes à courir le soir dans les rues obscures pour se rendre aux cours ou pour en revenir? Les occasions de chutes et de débauches sont déjà bien assez nombreuses dans les villes manufacturières, grâce au mélange incessant et parfois nécessaire des hommes et des femmes, sans qu'on vienne encore offrir à la corruption des facilités nouvelles. La place d'une fille, le soir, est à côté de sa mère, sous l'œil de sa famille.
Il faut bien reconnaître que celte objection ne manque pas d'importance. Cependant je ne la croîs pas aussi considérable qu'on la fait. Je remarque que c'est précisément cette crainte continuelle d'exposer les jeunes filles au danger qui fait qu'elles restent toutes, riches et pauvres, sans avoir rien qui ressemble à une éducation morale. A force de vouloir les préserver du mal et de leur déguiser tout ce qui pourrait blesser leur pureté; on les laisse exposées aux enseignements des femmes de chambre, des ca-
marades plus avancées et aux séductions du premier gandin venu.
Dans les villes de fabrique, pour les filles qui travaillent dans les ateliers, cette crainte me paraît encore plus exagérée. La plupart ne sont réellement protégées que par elles-mêmes, et toutes celles qui doivent mal tourner, comme on dit, y trouvent deâ facilités de toutes sortes. Ce n'est pas d'aller à un cours où elles pourraient être accompagnées, et où elles le seraient probablement quand elles appartiendraient à des familles vraiment préoccupées de les protéger, qui augmenterait sérieusement le danger. Il suffirait que les heures où commencent et finissent les cours fussent bien connues des familles, et que les absences, constatées par un appel nominal, fussent régulièrement et sans retard portées à la connaissance des parents, pour que les désordres ne fussent guère possibles. D'ailleurs le danger n'existerait guère que pour les filles isolées; ce serait aux parents de ne les y laisser aller que par groupes, ce qui serait facile, vu que la plupart des familles ouvrières habitent dans les mêmes quartiers et qu'elles se connaissent toutes entre elles. En somme, il y aurait pour les familles mille moyens d'éviter le danger. La vérité est que tout le monde sait combien peu de précautions les familles des ouvriers, la plupart du moins, prennent pour protéger les filles contre les séductions, et que Ton craint de se rendre responsable de cette négligence par une apparence de complicité. On ne songe pas qu'il y a là une contradic-
tien. Puisque les families ne surveillent pas leurs filles, ce n'est rien ajouter à. leurs dangers que de leur faire passer aux cours des soirées qu'elles vont pour la plupart passer à droite ou à gauche, chez des amies. Mais par l'instruction que vous leur donnerez, surtout si vous sortez un peu de ce cadre niaisement timide où Ton enferme d'ordinaire toute l'éducation d'une jeune fille, vous leur inspirerez peu à peu le sentiment qui manque le plus à la jeune fille des manufactures, le respect de soi-même; en occupant 8on esprit de choses utiles et intéressantes, vous la préserverez peu à peu du plus grand danger que courent les femmes, le vide intellectuel, l'ennui raorah Les conversations des jeunes filles entre elles cesseront d'être, comme elles le sont quand elles sont intimes, d^ perpétuelles et indirectes excitations à la débauche. Au lieu de causer de chiffons, de parure, d'amourettes, elles pourront parler de ce qu'elles auront lu ou entendu, réfléchir, discuter, et ce régime les mettra à l'abri des dangers au devant desquels courent aujourd'hui la plupart des filles qui travaillent aux fabriques et où périssent même si facilement dan» les autres classes les vertus élevées en serre chaude dès qu'on cesse d'avoir les yeux sur elles.
L'Amérique, en ceci comme en beaucoup d'autres choses, nous donne un exemple que nous devrions bien tâcher d'imiter. Là les jeunes filles ne sont pas cloîtrées comme chez nous; on ne les enveloppe pas, comme chez nous , d'un rempart de précautions extérieures, qui bien souvent ne préserve rien, parce
II* PARTIE. — LUTTE OONTllE L'IGNORANCE. 383
que derrière ces remparts on a oublié de mettre une garnison, mais on s'applique de bonne heure à leur donner le sentiment de leur propre responsabilité.
Elles savent se défendre et se protéger elles -mêmes, et quoiqu'elles jouissent d'une liberté absolue, il est extrêmement rare qu'elles en abusent. Aussi en ré- 8ulte-t-il que les hommes y ont pour les femmes un respect que nous ne connaissons guère, et que l'on ne se fait pas chez eux un jeu et un honneur de séduire de mallieureusesjeunes filles qui restent: seules chargées d'expier la faute commune. Cela ne s'appelle pas en Amérique des conquêtes et des triomphes; ce sont des forfaits et des hontes, et celui qui s'en rend coupable est au ban de la société. Quand en serons-nous là? Quand la femme se respectera elle-même, quand la vertu des jeunes filles n'aura plus besoin d'être préservée par une surveillance inquiète de tous les instants, c'est-à-dire quand elle aura appris à s'intéresser aux choses de l'intelligence.
On en trouve un exemple bien remarquable dans la ville manufacturière de Lowell, aux État-Unis, dont j'emprunte le tableau diU\ Ré flexions ^'àe M. Ch. Thierry- Mieg, sur V amélioration morale des classes ouvrières. « La population de Lowell est aujourd'hui de 40 000 âmes. Sur cette population, on compte environ i 5 000 ouvriers, dont 5 000 hommes et 1 000 jeunes filles. Douze compagnies industrielles y font valoir un capital d'environ quatre-vingt millions de francs, employés à la filature, au tissage, à l'impression des étoffes et à la construction des machines. Chaque
manufacture est pour ainsi dire isolée des autres et comprend, outre les ateliers, des bâtiments servant de logement aux ouvriers de rétablissement. Les jeunes filles sont reçues par compagnies de 24 dans des logis distincts, sous là direction d'une femme respectable, généralement une veuve, qui tient le ménage et fait observer la discipline de la maison. Chacune d'elles a sa chambre à part, et toutes se ivunissent quand elles veulent, au salon, où elles trouvent des livres de lecture et une petite bibliothèque. On eiige d'elles une conduite parfaitement régulière et l'assiduité au service religieux de l'une des 30 églises de différentes sectes qui se partagent la ville. Une ouvrière dont la moralité serait suspecte ne trouverait accès ni dans les pensions dont je viens de parler, ni même dans les ateliers.
« Il est naturel que dans de pareilles conditions, le tra>^l des manufactures soit honoré. Aussi les jeunes ouvrières de Lowell appartiennent-elles généralement à de respectables familles de fermiers ou de propriétaires peu aisés des différents États de 1 Union. Elles quittent le toit paternel pendant quatre ou cinq ans, tantôt pour venir au secours de leurs parents, tantôt pour amasser une dot qui servira à les établir. Elles gagnent 20 à 25 fmncs par semaine, et, en quatre ans, elles j>euvent épargner jusqu'à deux ou trois mille francs. Comme elles oni reçu dam la maison palenwlle une certaine éducaiion^ elles conservent pendant leur séjour à Lowell le goût de la lecture et des choses sérieuses. Elles souscrivent à des biblio-
ir PARTIE. — LUTTE CONTRE L'IGNORANCE. 385
thèques circulantes, assistent à des cours, se réunissent en clubs ou cercles littéraires et exercent à la fois leur imagination et leur jugement. Quelquefois elles s'associent pour prendre des leçons d'un professeur de langues étrangères ou de musique, et se cotisent pour louer un piano. Quelques-unes même rédigent et publient, sous le titre de Lotoell offerings (offrandes de Lowell), un recueil périodique où elles exposent, sous forme de nouvelles et dans un langage aussi simple que correct, les impressions de la vie industrielle.
ce Ce que je viens de dire de la conduite régulière et des habitudes intellectuelles des jeunes ouvrières de Lowell s'applique, jusqu'à un certain point, sauf les différences tenant aux circonstances extérieures, à tous les ouvriers de cette ville manufacturière modèle. Partout des goûts relevés, la culture de l'esprit, du zèle pour l'étude et pouf les arts ; pour tous, des cours publics , des bibliothèques, des réunions musicales, et, à côté de cela, de la moralité, de l'économie, de la prévoyance, une sage discipline; enfin des soins hygiéniques et par suite une santé robuste, peu de maladies, une longévité plus grande qu'ailleurs. »
M. Ch. Thierry-Mieg explique le caractère de la population ouvrière de Lowell par la situation isolée de la ville et par l'avantage qu'elle a eu de pouvoir créer son industrie tout d'une pièce et d'y introduire de prime abord et dans de grandes proportions les mesures préservatrices essayées isolément dan s les vieilles
villes de l'Europe. Il est certain que c'est là un avantage, car en France tous les efforts qu'on fait pour moraliser l'industrie sont nécessairement paralysés en partie par les habitudes contraires depuis longtemps établies. Cependant il ne faut pas l'exagéret. La véritable raison, c'est que, partout en Amérique, on s'otcupe avec un soin tout particulier de l'éducation et de l'instruction des jeunes filles; c'est que dès le premier âge, on les habitue à réfléchir, à observer. Quand elles entrent dans les manufactures, cette habitude est prise, et il n'y a plus qu'à continuer.
En France, nous sacrifions toujours la réalité à l'apparence. Quelques établissements importants, surtout dans l'industrie de la soie, ont essayé de lutter contre la dépravation des jeunes ouvrières et de les mettre à l'abri des séductions. Qu'a-t-on fait? On les a tout simplement enfermées dans de grands couvents industriels, où elles sont préservées de toute atteinte par de hautes murailles , et par une surveillance rigoureuse. On leur appliuqe le vieux système de l'Orient, la claustration qui peut bien enlever les occasions du mal, mais qui en redouble les tentations. Et dans ces prisons où elles sont enfermées, que fait-on pour développer leur intelligence, pour élever et fortifier leur esprit, pour leur apprendre à se garder elles-mêmes par haine et par horreur du vice? Rien ou presque rien. Ne suffit-il pas que les corps soient intacts? J'avoue que je ne vois là rien qui me paraisse digne d'estime ou d'encouragement. Je crois aux excellentes intentions des fondateurs de ces établis-
ir PARTIE. — LUTTE CONTRE L'IGNORANCE. 387
sements, mais je suis également convaincu qu'ils se sont trompés dans le choix des moyens. La moralité consiste bien moins dans les actes que dans les intentions. Elle ne peut résulter que du développement de l'intelligence, du sentiment de la responsabilité personnelle, du respect de soi-même. La claustration, ne pouvant elle-même édifier aucun de ces appuis intérieurs , n'est pas un moyen de moralisation, tout au contraire, à moins qu'on n'y joigne une instruction solide et véritable.
C'est par là qu'il faut commencer, coûte que coûte, si nous n'aimons mieux nous résignera un qui-vive perpétuel. La femme n'est pas plus dénuée que l'homme du sens moral, mais il faut que l'éducation le développe. Donnons-lui donc l'éducation qui lui manque, en prenant pour commencer toutes les précautions accessoires possibles, mais sans nous laisser intimider par des dangers souvent plus apparents que réels, et qui d'ailleurs ne sont que bien peu considérables auprès du mal profond qu'entretiennent dans l'état moral des femmes ces scrupules exagérés.
On m'écrit de Mulhouse, que l'on fait depuis quelque temps des efforts pour combler cette lacune. M. Ch. Thierry-Mieg a proposé à la Société industrielle la création d'une école de dessin pour les filles, et M. Ch. DoUfus-Galine celle d'une école de gravure. Ces propositions ont été accueillies avec empressement, et j'apprends que les deux écoles viennent de s'ouvrir. On ne peut qu'applaudir à ces bonnes inspirations. Un des meilleurs moyens d'ins-
3M l aCTll LII ONS OCVRIÈRES DE MULHOUSE.
pîrer aoi filles le respect d'elles-mèiRes , c'est, ^^ ^ effet, de leor offrir les moyens de gagner leur vie sa^-^ recourir à la débauche. Mais cela ne suffit pas ; il f;^ ta / j joindre un enseignement qui développe leur int^|^ ligence. La moralité publique ne fera de progrès se* rieux que quand les femmes en pourront prendre leur part. '
Voilà ce qu'ont pu faire quelques hommes de bonne volonté, sans autre secours que leur ferme résolution de ne pas laisser la misère dévorer sous leurs yeux leurs malheureux ouvriers, placés dans les conditions exceptionnelles de privations et de souffrances ; voilà ce qu'on pourrait faire, ce qu'on devrait faire partout, et ce que certainement on aurait fait, si toute la France avait les mêmes traditions que Mulhouse. Mulhouse, cité libre, république indépendante, a gardé de sa situation passée des habitudes d'initiative et de persévérance que Tabus persistant de la réglementation officielle a fini par abolir, presque jusque dans leur principe, chez les descendants des hommes qui, au douzième et au treizième siècle, étaient parvenus, eux aussi, à fonder pour un moment en France la liberté communale.
Le problème qu'avaient à résoudre les bienfaiteurs de Mulhouse peut être considéré à deux points de vue
:i9C nfsrmrnoTO <:MrmifiRHs de mulhoush.
diffêrentd : ils avaient à prévenir la misèm future et à combattre la misère pr^entik Et e est précisément parce qu ils Tantainsi envisagée sous ses deux aspects, que leur œuvre se trouve préservée de la stérilité, qui trop souvent a frappé les tentatives da même genre. Presque partout où Ton a voulu engager la lutte contre la misère^ on s'est surtout appliqué à alléger les souffrances du présent, sans comprendre que ce n'est en somme que la moindre partie du problème. On peut bien, en s'y prenant de cette manière, soulager les souffrances les plus poignantes; on peut, en travaillant à faire disparaître quelques-unes des eakonilés qui pèsent sur la population ouvrière^ ouvrir une issue aoi âmes qui ont gardé quelque ressort, et que récrasemeot de la misère n'a pas eompléteDieDl brisées. Celles-là se relèvent par leur énergie naturelle, quand elles ne sentent plus sur. leur tète le poids qui les opprimait. Mais à côté de celte misère qui ne provient pas d'habitudes vicieuses ou qui du moins n'a pas encore eu le temps de rendre incorrigible» le» vices qu'elle produit, à côté de ceux t)m ne s'abandonnent que faute d*un espoir suffisant qui les relève et les soutienne, et qu'un peu d'aide suffit pour sauver à jamais, combien y en a-t-il qui ne voient dans l'assistance qu'une prime accordée à la fainéantise, qui spéculent sur la charité et qui se font de la pitié même qu'ils inspirent une raison pour s'en rendre de plus en plus indignes I C'est là misère véritable, la misère incurable, celle que isent naturellement et que perpétuent fatale-
ment les vices, et pour celle-là, il est bien évident qu'il n'y a pas de remède possible, tant qu'on n'at* teindra pas les vices mêmes qui en sont la source. Tout ce qu'on donne à l'ivrogne ou au joueur s'en va naturellement au cabaret ou au tripot.
Mais comment atteindre et guérir ces vices? Presque partout on a échoué, et l'on se lasse de servir des rentes à la débauche. L'assistance directe ne sera jamais qu'un palliatif insuffisant et presque toujours funeste^ quand elle agit seule. Elle ne fait qu'alimenter la misère, sans presque jamais la prévenir ni la guérir. Pour la rendre efficace, il faut, comme à Mulhouse^ y ajouter les stimulants moraux, il faut faire naître ou exciter, par d'ingénieux artifices de combinaison, le goût de l'épargne, l'amour du chez soi, de la famille, de la propriété, développer tous les bons instincts, introduire peu à peu l'habitude des distractions intellectuelles, et donner à tous la facilité de satisfaire ces besoins nouveaux ; mais le plus sûr encore, pour couper court à la misère et l'empêcher de se perpétuer, c'est de s'emparer de Tenfance, de la jeunesse, avant qu'elles soient infectées des vices qui déciment la population ouvrière, c'est de combattre en elles, par Tinstruction qui leur ouvre l'avenir, par le goût des vertus sociales, les influences de l'hérédité et de l'exemple. II est plus prudent et plus utile d'empêchçr les vices de naître, que de s'user ensuite à combattre les effets incessants d'une cause que l'on ne peut plus guère atteindre.
C'est ce qu'on fait à Mulhouse^ et cet efTort^ se portant à la fois sur tous les éléments de la population, ne peut manquer de produire son effet, il est déjà visible maintenant, et les hommes qui ont connu Mulhouse il y a trente ans constatent que le résultat obtenu est des plus sérieux. On peut dire que la partie la plus difficile de la tâche est maintenant achevée, car c'est surtout dans les œuvres de cette nature que les commencements sont importants. 11 faut savoir vaincre les défiances, triompher des préjugés, ménager les susceptibilités, découvrir les biais les plus propres à s'ajuster aux préventions, aux habitudes de la population. Maintenant. tout cela est fait à Mulhouse. Les réformateurs ont parmi les ouvriers eux-mêmes un grand nombre d'alliés qui, par leurs exemples et leurs conseils, achèveront de gagner tous les autres. L'attention de tous est éveillée et ils commencent à comprendre que leurs bienfaiteurs n'ont en vue aucun intérêt égoïste. Le développement de plus en plus rapide des bibliothèques communales et des cours populaires rendra la tâche désormais plus facile, et Pon peut déjà prévoir le moment où le patronage pourra se restreindre peu à peu pour laisser la place à l'initiative propre des ouvriers.
Un des meilleurs moyens de hâter ce moment, ce serait l'extension dans les manufactures d'une forme d'association que nous trouvons établie en France dès avant la révolution de. Février, et qui a pour résultat d'établir une sorte de solidarité entre les
intérêts du patron et ceux de l'ouvrier. C'est le système des primes, tel que je l'ai vu établi dans plusieurs centres manufacturiers, particulièrement à Thann et à Guebwiller. C'est une véritable participation des ouvriers aux bénéfices. Ce système a l'avantage d'intéresser l'ouvrier à la prospérité de la maison où il travaille^ de soutenir son attention et ses efforts, et, comme nous l'avons vu, il se prête facilement à d'ingénieuses combinaisons qui ont pour résultat d'habituer les ouvriers à l'épargne, sans qu'ils aient rien à retrancher de leurs salaires quotidiens. Il a de plus un très-grand avantage pour le * patron, c'est qu'il le dispense d'élever les salaires sans que personne songe à se plaindre. Le salaire est par sa nature une chose qui se prête mal aux variations de la production industrielle. L'ouvrier réglant tout naturellement sa vie et sa dépense d'après ce qu'il reçoit régulièrement^, ne peut sans souffrance réelle s'accommoder d'une paye irrégulière. Il s'habituerait vite à considérer le taux supérieur comme le chiffre normal du salaire, et toute diminution comme une atteinte à ses droits. Au contraire, la prime n'entrant pas dans le calcul des dépenses quotidiennes, puisqu'elle n'est déterminée qu'à la fin de chaque année, reste par là même pour Touvrier une sorte de boni presque inespéré. Il en résulte qu'il peut sans se priver la laisser s'accumuler entre les mains du patron, ou la placer à sa guise, de manière à se faire peu à peu un capital propre.
Cette forme élémentaire de l'association ne pro-
duira jamais tous les effets de rassociatlon coopérative; mais aussi n'en a -t elle ni les difficultés ni les dangers. Son principal avantage pour les patrons comme pour les ouvriers est de ne pouvoir jamais entraîner de perte, puisque la répartition ne se fait que sur les bénéfices. Un certain nombre de patrons ont commencé à en appliquer le principe, et il est probable qu'elle prendra un plus grand accroissement, quand on en aura reconnu l'utilité.
Mais là ne peut pas être le dernier terme du progrès. Dès maintenant on peut prévoir quelque chose de plus. L'exemple de l'Angleterre et de l'Allemagne nous montre ce qui nous reste à faire. C'est de là qu'il faut maintenant nous inspirer, c'est de cfe côté qu'il faut tourner les regards de nos ouvriers. Quand ils connaîtront les succès qui ont répondu aux efforts de leurs confrères d'outre-Manche et d'outre- Rhin, ils comprendront que eux aussi peuvent réussir.
C'est ce qu*ont fait les ouvriers de Guebwiller, ceux de Thann et de Sainte-Marie-aux-Mines, c'est ce que feront prochainement ceux de Mulhouse. Partout s'élaborent des projets d'associations coopératives de consommation et de crédit, et si l'on ne peut guère encore parler à nos ouvriers de fonder des associations manufacturières, le succès des expériences de cette nature, tentées en Angleterre, prouve suffisamment qu'il n'y a pas de raison absolue pour que la chose demeure à tout jamais impossible.
En Angleterre, la plus ancienne association coopérative date de 1844. Elle avait été fondée par une
trentaine de pauvres ouvriers tisserands de Rochdale, qui étaient parvenus à grand'peine à réunir en une année une sônime de 700 francs. En 1864, le nombre des associations était monté à 800 ; elles comptaient 200 000 membres^ et leur capital était de 27 millions de francs.
En Allemagne, le progrès est encore plus rapide. La première association coopérative a été fondée à la fin de 1 850 par M. Schulze-Delitzsch , dont le nom sera désormais inséparable du souvenir de cette bienfaisante institution, comme en Angleterre celui des pionniers de Rochdale. En 1859, il y avait 200 associations de crédit; en 1861, 400, et en 1862, 511. En 1864, le chiffre monte à 700. Les renseignements les plus récents portent à 1200 le nombre des associations coopératives de toutes natures existant en Allemagne; et ce qu'il y a de plus remarquable dans ce chiffre, ce n'est pas le chiffre lui-même, c'est la rapidité avec laquelle il s'accroît. Il n'y avait que 850 associations à la fin de 1863; c'est donc une augmentation de 350 dans l'espace d'une seule année.
Le rapport de M. Schulze-Delitzsch pour 1862 donne Ténumération nominative de 51 1 sociétés de crédit. Sur ce nombre, 243 avaient envoyé à l'agence centrale leurs comptes des opérations de l'année 1862. Ces 243 banques comptaient 69 202 sociétaires; les bonis des sociétaires s'élevaient à 4498 290 francs, et leurs versements volontaires ou dépôts à 10 313315 francs. Xe fonds de réserve était de 498350 francs, et le capital emprunté, de
12 903875 francs. Les fonds dont elles disposaient s'élevaient donc à 27 715 480 francs. Les avances faites aux sociétaires atteignaient le chiffre de 88 778 480 francs, et elles avaient rapporté en intérêts et provisions 1 772 490 francs. De leur côté les banques avaient payé 1 031 970 francs en intérêts pour le capital emprunté et les dépôts, 402 300 francs en frais d'administration, et réalisé un bénéfice net de 404 800 francs.
Voilà ce qu'avaient fait, en 1862, 243 banques d'avances*. Que l'on calcule d'après cela ce que doivent avoir produit les 900 banques qui existaient en
1. Dans son rapport de 1864, M. Schultze-Delitsch cite par leur nom 890 associations de crédit, dont (i55 avaient envoyé leur état de situation. Ces 455 sociétés avaient avancé 180 millions 553 107 fr. à leurs 1.35 013 membres. Voici un petit tableau que j'emprunte au journal V Association (25 mars 1866) et qui me parait des plus instructifs. Il contient en raccourci toute l'histoire du mouvement coopératif en Allemagne.
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