‹ Les institutions ouvrières de Mulhouse et des environsChapitre 1 sur 28 · LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET CT · texte numérisé non relu

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Les questions sociales sont en permanence à l'or-

\j) dre du jour depuis 1848. Comme le disait dernière-

^ ment M. Gladstone, le dix-neuvième siècle sera ap-

^ pelé le siècle des ouvriers. Cependant il faut bien

'^>J s'entendre. Il est de mode dans une certaine presse,

>^ parfaitement sincère la plupart du temps, mais quçl-

v> que peu utopique, d'élever l'ouvrier sur une sorte

de piédestal, comme s'il devait désormais dominer

toute la civilisation. Je crois, pour mon compte, qu'il

^ a droit d y prendre place et que les autres classes

N,^* doivent, et par esprit de justice et par un calcul

d'intérêt bien entendu, la lui faire le plus large pos*

.']^ sible, mais je ne pense pas qu'il faille le traiter en

^^ dominateur et en maître. Le peuple a ses flatteurs,

^. comme toutes les puissances. Les uns célèbrent ses

^ vertus, même celles qui lui manquent le plus; les

,;^ autres vont jusqu'à lui prêter je ne sais quel in-

^ stinct de divination, qui ne tendrait à rien moins qu'à

le faire considérer comme infaillible sur toutes les questions sociales.

Ces erreurs,, comme toutes les erreurs, sont pleines de dangers. Le nombre n'a que trop de pente à se prendre pour le droit. Cette tendance, naturellement favorisée par l'établissement du suffrage universel, a plutôt besoin d'être modérée que d'être surexcitée. Ce qui fait illusion à plusieurs^ c'est qu'ils ne connaissent que l'élite de la population ouvrière de quelques grandes villes. 11 est parfaitement certain qu'il y a parmi les ouvriers de Paris un assez grand nombre d*hommes intelligents et avides d'instruction^ qui, à force de réfléchir sur la situation présente de la classe à laquelle ils appartiennent, sont parvenus à se faire une idée à peu près exacte de ses droits et de ses ressources. Mais c'est une grave erreur que de juger de tous par quelques-uns.

Les véritables amis du peuple sont ceux qui, loin de le considérer comme le modèle de toutes vertus et la source de toute lumière, déplorent les vices et l'ignorance qui résultent presque fatalement de la condition qui lui est faite dans la société. Si la supériorité morale et intellectuelle pouvait être une conséquence naturelle de la misère^ n'y aurait-il paa quelque contradiction à réclamer avec tant d'énergie contre une situation qui produirait de si beaux résultats? Non, il faut bien le reconnaître, la misère engendre plus de vices que de vertus^ et c'est surtout pour cela qu'il faut la combattre. C'est par elle que l'ouvrier est exposé à mille tentations auxquelles i!

échapperait sans peine si son eiistence était moins rude et moins tourmentée^ si surtout il lui était possible d'acquérir sur les choses essentielles les lumières qui lui manquent.

C'est là, au fond^ la question capitale. Il faut instruire les ouvriers, pour qu'ils trouvent ou comprennent peu à peu les moyens d'améliorer par euxmêmes leur condition. Sauf un petit nombre d'intelligents, beaucoup plus rares qu'on ne se le figure, la foule est restée fidèle à plus d'une des chimères de 1848. Elle ne met plus, comme alors, son espoir dans tel ou tel système, et c'est l'abandon où tombent progressivement les utopies de cette époque qui fait illusion à bien des gens, et qui nous vaut ces affirmations tant répétées, que le peuple a renoncé à ses erreurs économiques. Oui, il ne croit plus guère au saint-simonisme, au phalanstère, à l'Icarie, mais il croit encore trop à la toute-puissance réformatrice de l'État. Il croit que tout dépend de celui qui gouverne, et instinctivement ses visées restent tournées vers la possession du pouvoir. Tout en reconnaissant qu'on a fait pour lui quelques tentatives, il est mécontent cependant, parce que l'Empire n'a pas rempli le programme que, dans sa pensée, il lui avait imposé, parce que la condition du travail n'a pas changé dans ses traits essentiels; parce que le capital reste dominant et que la concurrence n'a pas été réfrénée. Il se sent d'autant plus malheureux qu'il avait conçu des espérances plus chimériques. Sous l'influence persistante de ces causes morales, qu'on

ne s'occupe pas assez de combattre par un enseignement sérieux des principes essentiels de Téconomie sociale, un jour viendra où les ouvriers s*apercevront que le suffrage universel est une arme commode pour mettre la main sur le pouvoir qu'ils convoitent. Déjà, aux élections dernières^ une tentative de ce genre a eu lieu. Si elle a échoué^ il n'en faut rien conclure pour l'avenir. En nommant des hommes que lui recommandaient les souvenirs de 1848^ les ouvriers de Paris ne s'écartaient guère du programme qui est au fond de leurs aspirations^ car pour eux '1848 signiGe uniquement réforme sociale.

Je m'en réjouirais peu, si le triomphe de la population ouvrière devait profiter à la liberté, mais après les coalitions de 1865, il n'est plus permis de se faire illusion. Les ouvriers, maîtres de la Chambre, commenceraient très-probablement par attaquer la liberté de l'industrie et du commerce, dont ils voient les inconvénients bien plus qu'ils n'en comprennent les avantages. Il y a là un danger qu'il serait puéril de dissimuler.

Mais il dépend de nous de l'écarter.

Que^ au lieu de rendre les enseignements de l'économie sociale inaccessibles aux ouvriers par les restrictions jalouses et irréfléchies de la loi^ qui ne les permet que dans des conditions de publicité évidemment destinées à les soustraire à la population des ateliers, le Gouvernement affranchisse les publications de ce genre de tous les frais de timbre et de cautionnement qui en élèvent forcément le prix au-

dessus de la portée des petites bourses, qu'il laisse imprimer des petits journaux^ qui, entre deux faits divers, puissent insérer des articles d'économie so- 1 ciale courts et instructifs et répandre ainsi un enseignement élémentaire qui manque partout; qu'il crée dans tous les centres industriels des cours d'économie, et en quelques années disparaîtront la plupart des chimères qui troublent tant de cervelles. Mais la condition essentielle du succès, c'est qu'on ne prétende pas réglementer les discussions de cette nature. Les publications officielles n'auraient sur les ) ouvriers aucune influence. Ils 'se défient de toutes les prédications, et il est trop naïf de croire qu'ils se laisseront convertir à la voix des hommes qu'ils considèrent comme portés par leurs intérêts et leur situation à être les ennemis naturels du progrès et de ses développements. Il faut que la discussion soit sincère et entièrement libre. Qu'on laisse se produire toutes les théories. En se montrant à la lumière^ les erreurs provoqueront la discussion, et elles perdront par là ce prestige secret qu'elles doivent à leur mystère même et à cette sorte de persécution qui les condamne au silence. Il faut leur ôter la puissance que, aux yeux de l'ouvrier, elles empruntent à la terreur qu'elles semblent inspirer. Ce silence qu'on leur impose fait la plus grande partie de leur force. Elles ne peuvent paraître au grand jour, où l'on pourrait du moins les combattre, mais elles se propagent de proche en proche dans les ateliers, et, si l'on écou- • tait ces conversations, on serait souvent bien surpris

de l'incroyable ignorance que déploient en ces matières des hommes d'ailleurs intelligents. Les meneurs ne manquent pas de leur faire entendre que si l'on ne veut pas que ces doctrines puissent s'exposer et s'expliquer au public, c'est que l'on sait bien qu'on ne pourrait pas les réfuter^ et cet argument suffit pour convaincre les ignorants. C'est ainsi que la compression amène toujours des résultats contraires à ceux qu'elle poursuit, et que les gouvernements, toujours entourés de gens qui flattent leur sécurité en leur présentant toutes choses sous le jour le plus rassurant, se trouvent un jour ou l'autre surpris par des explosions inattendues, que la simple liberté de parler auraient rendues impossibles.

Que, à côté de ces mesures que notre constitution politique nous force d'attendre du seul Gouvernement, les particuliers ne se lassent pas de travailler par tous les moyens à répandre parmi les ouvriers l'instruction et le bien-être, qu'ils encouragent et favo^ risent parmi eux toutes les institutions de prévoyance et de coopération, qui, outre l'avantage de les déshabituer d'en appeler sans cesse à l'État en leur apprenant qu'ils peuvent eux-mêmes améliorer leur sort, ont celui de les initier à la gestion des affaires , aux considérations d'ordre et de règle, de les habituer à calculer, à épargner pour l'avenir, et, en leur créant à eux-mêmes des capitaux, de leur faire comprendre l'importance et la légitimité du capital. Toute association qui se forme entre ouvriers les enrégimente nécessairement dans le parti de l'ordre, car

aucune association^ de quelque nature qu'elle soit, ne peut prospérer sans capital, sans intérêt commun, et surtout sans une règle qui détermine ce qui revient à chacun, sans des statuts, sans une autorité qui veille à ce que nul ne puisse empiéter sur les droits des autres. Or, ce respect du droite de la propriété, de la liberté de chacun, qu'est-ce que tout cela, si ce n*est précisément Tordre?

Outre les questions de bien-être et d'amélioration dans les conditions matérielles de l'existence^ l'ouvrier, comme tout homme, a besoin d'activité intellectuelle; il a son orgueil^ sa vanité^ si l'on veut, et son ambition. Beaucoup qui, sous le régime de la compression et du silence, sont entraînés, faute de savoir qu'en faire, à mettre ces forces morales au service du désordre ou du vice^ donneront les meilleurs exemples^ s'ils peuvent trouver ailleurs la satisfaction de leurs désirs légitimes. Que chacun puisse, par son activité et son zèle, obtenir la considération de ses associés; qu'il lui soit possible de devenir président, trésorier, membre d'un comité quelconque de l'association dont il fera partie en méritant les suffrages de ses égaux, et plus d'un qui eût passé sa vie dans des machinations souterraines contre un état de choses qui comprimait ses meilleures qualités, ne songera qu a se montrer digne des distinctions qui seront le prix des services rendus à la société.

Si l'ouvrier voyait autour de lui les riches un peu plus préoccupés d'améliorer son sort et de le faire participer dans la mesure du possible à la prospériti^

que les développements de Tindustrie onl créée pour d'autres classes; si dans des institutions d'assistance, nombreuses et ingénieusement combinées pour lui épargner les humiliations qui accompagnent Taumône, il voyait la preuve d'un intérêt sérieux pour les classes souffrantes; si surtout des institutions de prévoyance^ sagement organisée?, et vigoureusement soutenues par ceux que le sort a mieux partagés lui donnaient le moyen de se soustraire pour le présent aux accidents imprévus , et pour l'avenir aux misères que la vieillesse amène forcément avec elle ; si de plus il trouvait dans l'organisation de ces associations remploi de son activité intellectuelle, et de quoi satisfaire cet amour des distinctions qui se retrouve plus ou moins dans toutes les âmes ; si des écoles^ des cours publics, des lectures, des bibliothèques lui permettaient de remplacer peu à peu son ignorance par un ensemble satisfaisant de connaissances essentielles, et ses préjugés trop communs sur les questions sociales par un certain nombre^de principes féconds et moralisants; si à toutes ces satisfactions, se joignait celle de l'instinct le plus vif et le plus puissant de la nature humaine, celui de la propriété, et qu'il devînt possible à tous d'acquérir dans un avenir plus ou moins rapproché un capital, et de se faire propriétaires, n'est-il pas certain que,^n peu de temps, l'ouvrier renoncerait à des erreurs funestes, à des récriminations désormais sans objet, à des agitations stériles, dont le premier il porte la peine, et qu'il deviendrait bientôt un membre actif, dévoué et utile de

cette société qu'il maudit trop souvent, parce qu'il en supporte les charges sans en partager les bienfaits?

Eh 1 sans doute, me dira-t-on, rien n'est plus commode que des suppositions^ et s'il était possible de guérir le monde avec des utopies, il y a longtemps que cela serait fait.

Non, ce ne sont pas des suppositions ; tout cela est possible etexécutable, et la meilleure preuve que c'est faisable^ c'est que c'est fait et que ces utopies sont des réalités. Il y a un coin de la France où quelques hommes de bonne volonté et de grand cœur^ ont su^ à force de bon sens et de persévérance réaliser dans les faits ce qui passe presque partout ailleurs pour n'exister que dans le pays des chimères. Ce coin de la France, c'est Mulhouse. Et qu^on ne dise pas que, sans doute, cette ville était privilégiée, et que sa condition particulière ne prouve rien pour les autres. Le privilège unique de Mulhouse, c'est d'être condaronéeau renouvellement incessant de la misère, grâce à sa situation sur les frontières de l'Allemagne et de la Suisse, qui en fait une sorte de lieu de refuge pour les déclassés de ces deux pays, et qui l'expose à un flot sans cesse renaissant de malheureux sans travail et sans pain, qui y viennent des quatre vents chercher les moyens d'existence qui leur ont fait défaut dans leur pays.

Je me trompe. Mulhouse a un autre privilège. C'est de compter parmi ses fabricants plus d'hommes qu'ailleurs résolument décidés à entreprendre la lutte contre la misère, et à la poursuivre sans relâche, au

milieu d'obfitacles, qui eussent certainement découragé tous les autres, puisque ces autres, dans des conditions matérielles plus favorables et plus faciles n'ont pas su prendre la même initiative ni montrer la même constance. Voilà Texemple qu'il ne faut pas se lasser de mettre sous les yeux de tous : des riches, pour leur montrer ce qu'ils peuvent faire, s'ils le veulent^ pour les auxiliaires de leur richesse; des pauvres, pour leur apprendre qu'il ne faut pas désespérer de l'avenir, puisque leurs confrères de Mulhouse, plus malheureux dans le principe que la plupart des autres, sont parvenus à conjurer la fatalité qui semblait devoir les enchaîner à la misère. Ils ont su vaincre leurs propres défiances ; ils ne se sont pas entêtés à chercher des pièges cachés dans le bien qu'on voulait leur faire; ils ont pris leur part de Tœuvre commune; ils sont si bien entrés dans la voie que leur ouvraient leurs bienfaiteurs, que maintenant ils y marchent d'eux-mêmes, et que si, demain, la main qui les soutient venait à se retirer, leurs progrès pourraient être ralentis, mais non pas arrêtés.

Ce que j'entreprends, ce n'est donc pas la démonstration spéculative d'une théorie ; ce n'est pas davantage une prédication, comme on a tant essayé de nos jours et auparavant, c'est la simple exposition d'un fait, c'est la mise en lumière d'un exemple donné par des chefs d'industrie aux chefs d'industrie, par des ouvriers aux ouvriers.

Je sais bien qu'on ne manquera pas de me dire que après tout il s'agit dans tout ceci de patronage, et que

PHÉFÂGË. ] 1

Touvrier ne veut plus être patronné. Il est devenu majeur, depuid rétablissement du suffrage universel, et il repousse toute proposition humiliante. Il est vrai, mais il ne faut rien exagérer. L'élite des ouvriers de Paris met un juste orgueil à agir par elle-même, et elle repousse avec fierté toute intervention, qui diminuerait son rôle dans Tœuvre de son affranchissement. Mais d'abord croit- on que la population ouvrière puisse être partout jugée d'après celle que nous voyons s*agiter autour des problèmes de l'avenir? Les malheureux ouvriers des manufactures ne ressemblent guère pour la plupart à ces hommes actifs^ résolus et éclairés avec lesquels on se plaît à les confondre. Qu'on laisse agir seuls tous ceux qui sont capables de se tirer d'affaire sans secours étrangers^ qu'on ne leur offre pas une aide qui blesserait leurs susceptibilités, je le veux bien, et je me réjouis de trouver parmi les ouvriers cette détermination bien arrêtée de travailler par eux-mêmes à l'amélioration de leur propre sort. C'est l'avant-garde de Tarmée des travailleurs, ce sont les pionniers qui s'en vont hardiment sonder les problèmes, à Texemple de ces honnêtes pionniers de Rochdale dont l'exemple révolutionnera l'Angleterre. Mais il ne faut pas croire qu'ils existent seuls; il ne faut pas oublier qu'il y a derrière, et souvent bien loin derrière eux une multitude infinie de misérables qui n'ont ni les lumières ni l'énergie nécessaires pour se tirer eux«mèmes du gouffre de misères où ils sont tombés, soit par des circonstances fatales, soit même par leur propre faute.

Que Ton prodigue les encouragements^ les applaudissements à ceux qui marchent en tête, mais de grâce, un peu de pitié et d'aide pour ceux qui ne peuvent que se traîner, et dont beaucoup tomberaient cerlainement sur laroute, si Ton cessaitde les soutenir! Pendant que les uns atteignent le but, il faut préparer les autres à y marcher après eux. Si le mouvement devait se borner à ceux qui sont dès maintenant capables d'y arriver par eux-mêmes, le progrès serait en somme peu considérable, et la classe ouvrière n'aurait pas grand chose à espérer de l'avenir. Il s'agit donc ici, non d'offrir des secours à ceux qui n'en veulent pas et qui n'en ont pas besoin, mais à ceux, qui, faute d'en trouver, n'essayent plus même de lutter. contre la misère et l'abrutissement qui lesr envahissent et les écrasent. Voilà ceux qu'il s'agit maintenant de relever, de remettre sur leurs pieds, pour qu'ils puissent à leur tour entrer dans la voie ouverte. Pour ceux-là, qu*on ne parlé pas trop d'initiative personnelle, il y a longtemps que les souffrances et les vices l'ont tuée, et si l'on attend qu'ils agissent par eux-mêmes, il serait plus court d'attendre que la misère ait achevé de les dévorer.

Pour ceux-là, il n'y a qu'un moyen de les sauver, de leur rendre la dignité, la volonté, c*est de les prendre par la main, et de les guider à leur insu vers le but qu'ils ignorent pour la plupart; c'est de les amener insensiblement au point de pouvoir se passer d'appui ; il faut que les chefs s'entendent pour leur créer mille tentations de bien faire, qu'ils stimulent

tout ce qui reste en eux de bons instincts^ qu'ils les 80'licitent par tous les mobiles à travailler à leur propre bien-être et à leur amélioration morale. Mais on doit bien comprendre qu'il ne s*agit pas ici de ce patronage brutal qui humilie Thomme sous Taumône, qui en fait un mendiant, et achève do briser en lui tous les ressorts de la vie morale. Ce patronage là, espérons-le, a fait son temps. Celui dont je parle et qu'on pratique à Mulhouse est tout difTérent. Là, par un esprit vraiment libéral, tout est tourné vers le développement moral et intellectuel de l'ouvrier. On ne se contente pas de veiller à 4a satisfaction de ses besoins physiques; on s'applique surtout à créer en lui l'homme moral, à fortifier les ressorts, à développer tous les instincts^ tous les sentiments qui relèvent l'homme à ses propres yeux, et qui peuvent ranimer l'initiative et Télan, abolis par de trop longues souffrances. Tout y est combiné en vue de stimuler en lui les préoccupations d'avenir, le goût de l'épargne, l'amour du chez soi, les affections de famille, Thabitude des distractions intellectuelles et des occupations moralisantes, afin de lutter, par la conspiration de toutes les puissances morales, contre les entraînements de Timprévoyance, de laiJébauche, de la paresse, de l'ivrognerie. Sans négliger les hommes, c'est surtout sur les enfants et sur les jeunes gens qu'on s'efforce d'agir, afin de préparer à l'avenir des générations plus énergiques et plus éclairées, capables enfin d'agir par elles-mêmes, et d'arriver par leur propre initiative au but qu'on tient constamment sous leurs yeux. Le

patronage, tel qu'on l'exerce à Mulhouse, loin de perf pétuer la misèrei en soudoyant la mendicité^ n'a d'aut tre but que de se rendre lui-même inutilei en diminuant sans cesse le nombre de ceux qui ont besoin d'aide^ et en substituant progressivement aux appuis extérieurs l'action de cette force intérieure et personnelle, qui seule peut faire de l'homme un être vraiment moral et capable de se soutenir et de se guider lui-même.

C'est pour mettre cet exemple sous les yeux des chefs d'industrie et de tous les amis sincères de la popula* tion souffrante que j'ai entrepris d'écrire ce livre. On y trouvera, je crois, à peu près tous les renseignements nécessaires sur ce qui a été fait à Mulhouse. Pour éviter autant que possible les chances d'erreur, je suis allé moi-même examiner les choses dont je voulais entretenir le public, j'ai consulté les hommes les plus compétents sur ces matières, j'ai interrogé les fondateurs des institutions dont je voulais tracer le tableau. Quelques-uns même ont bien voulu revoir mon manuscrit et m'iudiquer les inexactitudes à corriger, les lacunes à remplir. Je les prie donc de vouloir bien recevoir ici mes remercîments. Grâce à leur secours bienveillant, je puis dire q^p ce livre leur appartient plus qu'à moi, et, en présentant au public l'histoire des institutions ouvrières de Mulhouse, je n'ai pas à craindre qu'on puisse m'accuser d'illusion et d'utopie.

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