Bulletin de la Société industrielle. N
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mécaniques, ni la puissance des moteurs, ni la qualité des matières premières, ni celle des produits définitifs. Je me disais que, un manufacturier intelligent devant naturellement donner à ses machines, comme allure normale, la vitesse qui fournissait le maximum d avantages dans chaque cas particulier^ il était impossible et qu'on changeât ce maximum de vitesse puisqu'il était reconnu le plus avantageux, et que la même vitesse pût donner autant de produits avec onze heures qu'avec douze heures de travail. Je pensais aussi qu*un ouvrier à ses pièces devait faire tous les efforts qui lui étaient possibles pour travailler avec ce maximum de vitesse, et que par conséquent il ne pourrait pas non plus, au moins d'une manière permanente, produire en onze heures autant que en douze. De là, je concluais que toute réduction sur les heures de travail devait nécessairement avoir pour conséquence une réduction parallèle dans la quantité ou dans la qualité des produits, pour toute manufacture bien ordonnée. »
On communiqua à M. Horner les registres de la fabrique, afin de lui démontrer que les produits annuels, loin d'avoir diminué, avaient augmenté, ainsi que les salaires des ouvriers payés à la tâche. Voici la moyenne annuelle des salaires dans les deux systèmes :
Pour la filature.
Avec 12 heures de travail 38 2/24
— 11 heures de travail 38 3/24
Pour le tissage :
Avec 12 heures de travail 10 1/24
— 1 1 heures jde travail' 10 3/24
Quant à la vitesse^ on avait seulement accru de 2 pour 100 celle delà filature; celle des tissages était restée la même ^
<c Les faits, poursuit M. Horner, se trouvaient ainsi contraires à ma théorie préconçue, théorie dont les chefs de rétablissement ne niaient pas la vraisemblance. Je leur demandai comment ils expliquaient leurs résultats. Leur explication me révéla que j*avais négligé une cause importante; c'est reffet que la vigilance et l'attention des ouvriers mêmes peut exercer sur la somme des produits. Les chefs interrogés expliquèrent ce fait par une assiduité plus grande des ouvriers^ travaillant à courte journée, par leur arrivée à la minute précise et par le soin de ne perdre aucun des moments que, dans la journée ordinaire de douze heures, ils dépensent souvent sans raison.
a Seize des ouvriers fileurs ou tisserands employés ainsi sont venus me visiter, ajoute M. Horner; ils ont confirmé les dépositions de leurs chefs; ils ont énuméré les nombreux avantages et le plaisir qu'ils trouvaient à un travail qui finissait une
l. Du reste il n'y aurait rien de plus juste que d'augmenter la vitesse dans le cas d'une réduction d'heures , puisque les ouvriers moins fatigués ont une plus grande force d'attention.
heure plus tôt chaque soir. Us m'ont entre autres choses cité ce fait : Quand ils travaillaient douze heures, vingt-sept d'entre eux seulement allaient à Técole du soir; depuis qu'on a réduit à onze heures le travail effectif, quatre-vingt-dix-*huit au lieu de vingt-sept suivent les cours de cette école. »
M. Borner rend compte d'une seconde expérience également heureuse, tentée par MM. Horrocks et Janson^ de Preston^Les ouvriers fileurs employés par ces manufacturiers lui ont dit : « Nous travaillons avec plus de courage. Nous avons sans cesse devant nous cette récompense, pour notre tâche accomplie, de partir plus tôt le soir. Un esprit actif et joyeux prévaut dans toutes nos filatures, depuis le plus jeune rattacheur, jusqu'au plus vieux ouvrier, et nous pouvons grandement nous aider les uns les autres. »
Ce système a prévalu en Angleterre. La durée ordinaire du travail est de onze heures pour les cinq premiers jours el de huit le sixième^ c'est-à-dire en moyenne de dix heures et demie par jour. On voit combien il a réussi, sans compter que M. Borner ne parle pas des malfaçons, dont le nombre a singulièrement diminué, grâce à l'attention plus soutenue des ouvriers, ce qui constitue un bénéfice réel pour l'ouvrier et pour le patron. II me semble manifeste que c'est en grande partie à l'usage des courtes journées qu'il faut attribuer ce silence, cette assiduité^ cette attention concentrée au travail qui a si fort frappé M. L. Reybaud, et qu'il oppose à la turbulence, au va et vient, à la dissipation de nos ouvriers pendant
le travail. Et encore faut-il bien considérer que^ à ce point de vue, il y a eu un notable progrès parmi nos ouvriers depuis la réduction à douze heures. Pour moi je suis convaincu que si nous suivions Texemple des Anglais^ nous en retirerions les mêmes avantages. Mais la routine est là. Cependant il se pourrait bien qu'elle finît par céder. J'ai vu en Alsace des hommes, vivant dans les manufactures, très au fait des habitudes et des nécessités du travail et des possibilités de réformes, qui vont jusqu a dire qu'un maximum de travail effectif de huit à neuf heures par jour serait la combinaison la plus avantageuse. Je n'ose pas assumer la responsabilité d'une pareille affirmation mais je' la tiens d'hommes compétents en ces matières. On sait du reste que chez les Américains, qui n*ont jamais passé pour un peuple d'utopistes, la question de la réduction du travail soit réduite à huit heures est à Tordre du jour. Le mouvement commencé par les ouvriers du Massachusetts se propage dans les autres Ëtats, et chaque jour nous arrivent les échos de nouveaux meetings où figurent et parlent les hommes les plus connus des États-Unis. Le programme a été formulé par Wendell Philips, le plus grand orateur de la république américaine, qui pendant trente ans^ a lutté avec tant de courage et de persévérance pour Tabolition de l'esclavage des noirs. Il consiste en ces seuls mots : huit heures pour le travail, huit heures pour le sommeil^ huit heures pour l'étude et la réflexion. — Pour qui connaît TAmcrique, il est cerlain que le succès est assuré à
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cette réforme dans un délai prochain. Et d'ailleurs n'est-elle pas la conséquence obligée du perfectiounement des machines ?
Je ne doute pas que cette question ne soit bientôt mise à Tordre du jour de la Société industrielle et qu'elle ne la résolve avec cet esprit d'humanité et de progrès dont elle a donné tant de témoignages.
L'étude des institutions mulhousiennes qui se rapportent à l'instruction populaire va nous en apporter de nouyelles preuves.