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CHAPITRE PREMIER

CONDITIOM DES OUVRIERS A MULHOUSE DEPUIS U RÉUNION A LA FRANCE JUSQU'EN 1836.

Mulhouse, lors de sa réunion à la France, était dans une situation déplorable. Il lui restait sans doute les habitudes d'activité et d'initiative qu'elle devait à sa longue indépendance^ mais la ville était ruinée par le blocus que l'administration française aTait fait subir à son industrie pour la forcer à capituler^ et il fallait que cette ruine fût bien complète pour que les Mulhousiens eussent renoncé à défendre leur liberté. Leur misère était telle^ qu^ils avaient été forcés de partager entre tous les citoyens les propriétés communales, ce qui avait produit pour chacun un misérable secours de deux cent cinquante francs. La population qui, grâce à l'industrie du coton^ s'était rapidement élevée, dans les années précédentes, de cinq mille habitants à sept mille six cent soixante-dix, était tombée subitement^ par l'ef-

fet du blocus, à six mille cinq cents. Un grand nombre de manufactures avaient été obligées de fermer leurs ateliers, faute de débouchés pour leurs produits. Si cette situation s'était prolongée, il est bien probable que l'industrie de Mulhouse eût été ruinée à jamais, et^ comme d'ailleurs sa situation géographique ne lui assure aucun de ces avantages naturels qui semblent déterminer forcément la vocation industrielle de certaines contrées, il eût parfaitement pu se faire qu'elle redevînt, comme pendant tout le moyen âge, une petite ville spécialement peuplée d'agriculteurs et de vignerons. 11 eût même été possible qu'elle retombât au-dessous de ce qu'elle avait été alors; car, cessant d'y être appelée par les besoins de l'industrie, et, d'un autre côté^ n'étant plus forcée de chercher derrière des murailles un refuge contre les périls de toutes sortes qui, au moyen âge, avaient fait refluer les habitants des campagnes dans les villes, la population^ redevenue agricole, se serait probablement répandue dans les environs.

En devenant française, Mulhouse échappa à ce danger.

.Une cause qui contribua beaucoup à la reprise et. pour ainsi dire à la résurrection de l'industrie mulhousienne, c'est que^ dans sa nouvelle patrie, elle trouva le travail libre de toute entrave. La nuit du 4 août 1 789 avait affranchi le travail en même temps que les personnes et la terre. La réglementation tracassière de ladministration royale aggravée par Colbert et vainement attaquée par Tur«

got^ venait d*ètre emportée d*un coup par la Révolution. Les Mulhousiens se trouvaient donc livrés à leur propre initiative. Dès lors il était certain que, s'il ne fallait que de la persévérance et de l'énergie pour relever les manufactures, les manufactures seraient relevées.

C'est ce qui arriva en effet. En quelques années, Mulhouse reprit son mouvement d'ascension. Ses bourgeois, privés par l'annexion de leurs fonctions et de leurs pouvoirs municipaux, transportèrent pour la plupart leur activité dans un domaine nouveau^ celui de l'industrie manufacturière. Ce concours d'hommes intelligents et laborieux plaça bien vite la fabrique de Mulhouse à la tète de l'industrie française. Sous le Consulat et l'Empire, malgré sa situation sur la frontière, malgré les guerres perpétuelles qui désolèrent l'Europe pendant quinze ans, elle soutint énergiquement la concurrence de la Normandie et de la Flandre. Mais ce fut surtout quand, après 1815, la paix eut rouvert au commerce toutes les voies, que Mulhouse prit vraiment son essor. A partir de ce moment, on put prévoir l'avenir qui l'attendait. Je ne la suivrai pas dans le développement de son industrie, puisque l'objet que je me propose est tout dlITérent. Ce que j'en ai dit suffit pour faire comprendre que les fabricants de Mulhouse sont des gens qui s'entendent en affaires, et que, par conséquent, en les imitant dans ce qu'ils ont fait pour leurs ouvriers, on n'a pas à craindre de se laisser duper par des utopies.

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 mesure que la prospérité industrielle s'accroissait et que se multipliait le nombre des manufactures^ on vit bientôt se produire là comme ailleurs un phénomène bien singulier à première vue et qui, de tout temps, a fourni des arguments aux ennemis du progrès industriel. Ce phénomène, c'était la multiplication de la misère parmi les ouvriers, pendant que les fabricants s'enrichissaient. Ces progressions en sens contraires, qui n'étaient pas particulières à Mulhouse, épouvantèrent un grand nombre de gens* On commença à se demander avec effroi si Feffei nécessaire de la prospérité industrielle devait être d'aggraver les souffrances de la classe ouvrière. Les esprits chagrins ne manquèrent pas de conclure que l'humanité est fatalement condamnée à la misère sans pouvoir jamais^ par tous ses efforts, produire autre chose que des déplacements et des compensations. C'est ainsi, disaient-ils, que dans l'agriculture, les années de grande abondance, heureuses au point de vue du bien-être général, sont ruineuses pour les agriculteurs, et que les vignerons redoutent de voir leurs caves trop remplies'.

1. Ce fait est vrai pour tous les pays où Texportation est entravée ou gênée. Il est évident que dans les années où les produits agricoles dépassent les besoins, les agriculteurs seront écrasés par les frais de main-d'œuvre et par les dépenses accessoires de transport et d'emmagasinage, pendant que leurs produits se trouveront avilis, surtout dans les pays où, comme en France, Tagriculture est livrée à la triple tyrannie de l'ignorance, du fisc et du recrutement militaire. Mais cette allégation devient fausse si le commerce est libre. Tout pays favorisé par une abondance excep-

Ce préjugé est devenu pour bien des gens une sorte de vérité absolue, d*axionie incontestable. Partout on entend répéter que le paupérisme est une conséquence nécessaire des développements de Tindustrie et des agglomérations d'ouvriers, qu'elle pro- / voque sur certains points pour les livrer à la merci de la concurrence et des crises commerciales. On a bien souvent répondu que le paupérisme a existé de ' tout temps, dans toutes les sociétés où a existé la richesse, et que s'il ne se retrouve pas dans les pays chauds où la vie matérielle est si peu exigeante, ni dans les contrées sauvages où personne ne possède guère que son arc et ses flèches, et où il ne peut pas y avoir de pauvres parce qu'il n'y a pas de riches, nulle part, malgré le caractère moderne de son nom, * il n'a sévi plus cruellement qu'à Rome, où Ton ne peut cependant pas l'attribuer à l'industrie. On a répondu encore, et avec grande raison, que si le paupérisme nous frappe plus dans les temps modernes, c'est que nous nous inquiétons plus des pauvres que Ton ne le faisait dans le passé, où chacun ignorait ce qui se faisait à quelques pas de lui, tandis qu'aujourd'hui, grâce à la multiplicité de nos moyens d'information, il ne se produit rien dans un coin du

lionnelle 'doit trouver toujours à écouler ses produits à des prix ré m une F) te urs dans les contrées où les récoltes ont été au-dessous des besoins, à moins que le mauvais état des voies de communication ou que l'exagération des impôts et de la main d^œuvre lui interdise d'entrer en concurrence avec les produits étrangers. Quand toutes ces causes sont réunies, comme chee nous, il n'y a pas à s'étonner des souffrances de Tagriculture.

monde que nous n*en soyons informés aussitôt. Les moindres misères sont étalées à tous les yeux, et ces spectacles sans cesse répétés finissent par remplir notre mémoire de tristes souvenirs et notre imagination d'appréhensions lugubres. D*ailleurs^ il ne faut pas oublier que nos misères modernes sont loin de ces horribles calamités qui^ périodiquement^ fauchaient les populations. Habitués à trouver presque partout autour de nous un certain bien-être, une sorte de luxe relatif, nous ne pouvons voir sans pitié des situations qu'auraient enviées bien des artisans du moyen âge ; les ouvriers eux-mêmes ont heureusement perdu cette inerte résignation qu'entretenait rhabitude d'une affreuse misère.

Je crois que toutes ces réfutations sont excellentes, mais il suffit d'avoir été une fois dans une ville de fabrique pour en trouver une autre, infiniment plus forte. Si le nombre des pauvres augmente partout où prospère l'industrie, c'est tout simplement par la même raison qu'il y a plus de mouches là où il y a du sucre que partout ailleurs. Ce n'est pas le sucre qui produit les mouches, mais il les attire. De même, quand une manufacture s'ouvre sur un point quelconque, tous les malheureux des environs, qui manquent d'occupation, tous ceux qui ne savent comment vivre s'empressent d'accourir pour prendre part aux salaires dont la source va s'ouvrir. Que maintenant l'accumulation de la population fasse augmenter sur ce point le prix des loyers, des denrées nécessaires à la vie, cela est probable ; mais cela encore ne peut se

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faire que par une augmentation de bénéfices pour ceux qui louent les maisons et qui vendent des objets de consommation; si les ouvriers de la fabrique sont malheureux, ce n'est donc pas l'industrie qui a fait leur malheur. Loin de là, en appelant ainsi dans les centres où elle règne tous les malheureux qui^ jusqu alors, végétaient dans l'isolement des campagnes^ elle attire sur eux Tattenlion publique, elle se fait la dénonciatrice d'un mal réel que sans elle on aurait ignoré, elle le circonscrit dans des limites qui permettent de l'étudier, de le combattre et peu à peu de le vaincre, si Ton y met de la persévérance, comme on &it à Mulhouse. Pour prendre une comparaison qui fasse nettement comprendre ma pensée, l'industrie, en attirant les malheureux sur certains points déterminés, rend à la société le même service que la médecine rend aux malades^ quand elle s'applique à accumuler et à circonscrire sur certaines parties du corps les humeurs dont la présence dans la masse du sang trouble et dérange le jeu naturel des organes.

Ce préjugé si général, qui fait du paupérisme une conséquence de l'industrie^ repose donc, comme près* que tous les préjugés^ sur un fait mal observé et mal compris. C'est ainsi que les peuples anciens croyaient que le bruit des cymbales et des trompettes réveillait le soleil et la lune, parce qu'ils avaient observé que dans les éclipses, ces astres ne manquaient jamais de répondre aux appels qu'ils leur adressaient à l'aide de ces instruments.

A ce point de vue spécial, Mulhouse est dans une situation plus difficile que les autres centres indus* triels. Quand la fabrication du coton s^établit àRouen, elle attira à elle les malheureux des campagnes environnantes. Mais, grâce au caractère sédentaire de ces populations, sa sphère d attraction ne s'étendit pas bien loin, et la fabrique de Rouen ne fut pas exposée à des envabissements continuels. Mulhouse, située à Textrême frontière de la France, sur les confins de TAUemagne et de la Suisse, a tous les inconvénients des pays de frontière, dont le principal est de servir d'asile^ non pas seulement aux malheureux chassés de leur pays par la misère , mais aussi à un grand nombre de ceux qui émigrent pour des raisons moins dignes de compassion, et qui trouvent dans ce déplacement l'avantage de mettre le Rhin entre eux et la j ustice de leur patrie. D'ailleurs, dans ces calculs, il faut tenir grand compte du génie nomade des popu- ' lations allemandes et suisses^ qui ne craignent pas les distances, quand elles voient au bout du voyage l'espoir de trouver à gagner leur vie. Il en résulte que cette affluence maintient les salaires à un taux relativement inférieur à celui des autres centres industriels, en même temps qu'elle élève celui des loyers et des denrées alimentaires ^ Aussi un grand nombre d'entre eux, après un séjour plus ou moins prolongé à Mul' bouse^ finissent-ils par se répandre dans les villes de

1. Kn 1835, cette population nomade ne s'élevait pas à moins de 13000 personnes sur une population totale de 28 000. La proportion n'était pas moins forte dans les villages voisins.

Tintérieur où la main-d'œuvre est mieux payée. Quelques-uns vont jusqu'en Espagne. Ces départs conti* nuels forment des vides que comblent sans cesse de nouvelles émigrations suisses ou allemandes. Ce perpétuel renouvellement de population nécessiteuse est un des grands fléaux de Mulhouse, et Ton conçoit quelle énergie et quelle persévérance il faut aux fabricants de cette ville pour lutter contre cette hydre sans cesse renaissante, et pour ne pas se lasser de verser leurs libéralités dans ce tonneau des Danaïdes.

Aussi, en '1835, lorsque le docteur Yillermé fut chargé par T Académie des sciences morales et poli- • tiques de faire une enquête sur la situation des ouvriers employés dans les manufactures de coton, fut-il frappé de la misère qui régnait à Mulhouse. Un grand nombre d'ouvriers, cinq mille quatre cents sur un chiffre total de dix-sept mille, étaient contraints, par la cherté des loyers, de se loger dans les villages voisins. Quelques-uns habitaient à deux lieues et et même à deux lieues et quart de la manufacture où ils travaillaient. Or la journée de travail était alors de treize et quatorze heures. A Mulhouse, à Dornach, elle commençait à cinq heures du matin pour ne finir qu'à huit heures du soir, hiver comme été. Qu'on juge de la fatigue des malheureux qui devaient^ chaque jour et par tous les temps , faire trois ou quatre lieues, dans la boue, dans la neige, pour venir à la manufacture et pour s'en retourner chez eux ! a Ces ouvriers^ dit M. Yillermé, sont les moins^bien rétri-

bués. Ils se composent principalement de pauvres familles chargées d'enfants en bas âge et venues de tous côtés s'établir en Alsace, pour y louer leur bras aux manufacturiers. Il faut les voir arriver chaque matin en ville et en partir chaque soir. Il y a parmi eux une multitude de femmes pâles, maigres, marchant pieds nus au milieu de la boue et qui, faute de parapluies, portent renversé sur la tête, lorsqu'il pleut ou qu*il neige^ leur tablier ou leur jupon de dessus, pour se préserver la figure et le cou, et un nombre encore plus considérable de jeunes enfants non moins sales, non moins hâves , couverts de haillons , tout gras de Thuile des métiers tombée sur eux pendant qu'ils travaillent. Ces derniers, mieux préservés de la pluie par l'imperméabilité de leurs vêtements, n'ont pas même au bras^ comme les femmes dont on vient de parler, un panier où sont les provisions de la journée; mais ils portent à la main ou cachent sous leur veste, ou comme ils le peuvent, le morceau de pain qui doit les nourrir jusqu'à Theure de leur rentrée à la maison.

(c Ainsi à la fatigue d'une journée démesurément longue, puisqu'elle est au moins de quinze heures, vient se joindre pour ces malheureux celle de ces allées et venues si fréquentes, si pénibles. Il en résulte que le soir ils arrivent chez eux accablés par le besoin de dormir et que le lendemain ils en sortent avant d'être complètement reposés, pour se trouver à l'atelier à Theure de l'ouverture.

« On conçoit que pour éviter de parcourir deux

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fois chaque jour un chemin aussi long, ils s'entassent, si Ton peut parler ainsi^ dans des chambres oit pièces petites^ malsaines, mais situées à proximité de leur travail. J*ai tu à Mulhouse, à Dornach et dans des maisons voisines, de ces misérables logements, où deux familles couchaient chacune dans un coin, sur de la paille jetée sur le carreau et retenue par deux planches. Des lambeaux de couverture e{ souvent une espèce de matelas de plume d'un» saleté dégoûtante, voilà tout ce qui recouvrait cette paille.

a Du reste un mauvais et unique grabat pour toute la famille, un petit poèle qui sert à la cuisine comme au chaufiagCy une caisse ou grande boîte en guise d^armoire, une table , deux ou trois chaises, un banc, quelques poteries, composent communément tout le mobilier qui garnit la chambre des ouvriers employés dans les filatures et les tissages de la même ville.

ff Cette chambre^ que je suppose à feu et de dix à douze pieds en tous sens, coûte ordinairement, à chaque ménage qui veut en avoir une entière, dans Mulhouse ou à proximité de Mulhouse, de six à huit francs et même neuf francs par mois , que Ton exige en deux termes, c'est-à-dire de quinze en quinze jours, aux époques où les locataires reçoivent leur paye; c'est depuis soixante-douze jusqu'à quatrevingt-seize, et quelquefois cent huit francs par an. Un prix aussi exorbitant tente les spéculateurs; aussi font-ils bâtir chaque année de nouvelles mai-

sons pour les ouvriers de la fabrique, et ces maisons sont à peine élevées que la misère les remplit d'habitants.

a Et cette misère dans laquelle 'vivent les derniers ouvriers de Tindustrie du coton» dans le département du Haut-Rhin , est si profonde qu'elle produit ce triste résultat^ que tandis que, dans les familles de fabricants^ négociants, drapiers, directeurs d'usines, la moitié des enfants atteint la vingt-neuvième année, I cette même moitié cesse d'exister avant deux ans ac- / complis dans les familles de tisserands et d'ouvriers des filatures de coton. Quel manque de soins, quel abandon de la .part des parents, quelles privations, quelles souffrances cela ne fait-il pas supposer pour ces derniers? »

Les plus malheureux étaient ceux qui venaient du dehors, chassés de leurs villages par la misère. «.Étrangers aux manufactures, ajoute M. Yillermé, ils ne peuvent y être chargés d'abord que des travaux les plus faciles, par conséquent les moins rétribués. Bientôt les chagrins, l'insuffisance de la nourriture, la continuité de toutes -les privations, Tinsalubrité de leur nouveau métier, la durée trop longue de la journée de travail altèrent leur santé; leur teint se flétrit, ils maigrissent et perdent leurs forces. Ce état de souffrance, de dépérissement des ouvriers dans les filatures de coton de l'Alsace s'observe surtout chez les enfants. »

Il faut bien remarquer, en effet, que les enfants, quel que fût leur âge, et beaucoup n'avaient pas

sept ans, étaient astreints au même régime que les autres ouvriers. II. leur fallait donc rester debout chaque jour pendant treize ou quatorze heures dans une pièce fermée^ presque sans changer de place et d'attitude. « Ce n'est plus là un travail j une tâche, dit M. Villermé, c'est une torture; et on l'inflige à des enfants de six à huit ans, mal nourris, mal vètns, obligés de parcourir, dès quatre heures du matin (et quelquefois avant) la longue distance qui les sépare de leurs ateliers, et qu'achèvent d'épuiser le soir le retour de ces mêmes ateliers. Comment ces infortunés, qui peuvent à peine prendre quelques instants de repos, résisteraient-ils à tant de misère et de fatigue? C'est ce long supplice de tous les jours qui ruine principalement leur santé dans les filatures de coton, et plus encore à Mulhouse et à Thann qu'ailleurs^ à cause des conditions dans lesquelles ils vivent (1). »

Aussi la vie moyenne pour les fileurs ne dépas«sait-elle pas dix-sept ou dix-huit ans, à une époque où pour les autres habitants de Mulhouse elle était de plus du double.

1. La mortalité était effrayante parmi les enfants, et par cela même la population immigrante augmentait toujours, renouvelant sans cesse les misères, et frappant de stérilité tous les efforts de la charité privée pour les combattre. C'est ce qui rendit nécessaire rintervention de la loi pour régler le travail des enfants. Mais pour ceux que ces fatigues excessives et sans cesse renouvelées n'emportaient pas dès l'enfance , on conçoit quel avenir de maladies, de souffrance et de besoin leur imposait la ruine précoce de leur santé, et quels enfants devaient naître de pareils parents.

Quant aux salaires, voici ce qu'ils étaient à la même époque, d après Tenquête de M, Yillermé.

l"" DANS LES FILATURES DE COTON.

A. MULHOUSE IT k DORNACH.

Par jour.

Par an (300 jours).

Fileurs et fileuses proprement dits

(travaillant à la pièce ou à la tâche) .

Rattacheurs (enfants des deux sexes).

Bobineurs (id.)

600 à 900 150 à 300 105 à 180 kbO à 525

Débourreurs

Dévideuses, femmes à la journée, et soigneuses de cardes

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