‹ Les institutions ouvrières de Mulhouse et des environsChapitre 9 sur 28 · JJ · texte numérisé non relu

JJ

r* PARtlB. — LUTTE CONTRE LA MISÈRE. 93

Du 1*' novembre 1863 au !« novembre 1864, il est né :

fZ"': 4^ i -SSdontiSiUégiUmes.

Sont morts dans cette année :

fS^[ 10 ! *^ ^^^^ ^^^ ^^^^ ^^ illégitimes.

Morts dans le 1* mois après la naissance 5

Le nombre des femmes employées dans l'usine était de H 50. Or il ne faut pas perdre de vue que la mor* talité des enfants est généralement à Mulhouse de 33 et même de 35 à 36 pour 1 00 dans la première année qui suit la naissance, et qu'elle s'élète à 38 et 40 pour 100 pour les enfants nés de femmes employées dans les manufactures. Le résultat obtenu dans la maison DoUfus Mieg et Gie est donc bien remarquable, puisque la mortalité n'y est que de 24 et 28 pour 1 00 au lieu de 38 et 40 pour 100. La dépense annuelle a été de 8000 francs. Cette somme^ toute considérable qu elle soit, est bien peu de choses quand on songe

au nombre d'enrants dont elle assure Texistence, et qu'on y ajoute cette autre considération, que la plu* part de ceux qui lui doivent d'échapper à la mort se trouvent, grâce à elle, dans des conditions de santé qui assurent à la société des travailleurs robustes.

Aussi une association est-elle en ce moment à Mulhouse en voie de formation pour faire dans un certain nombre d'établissements ce qui a été si bien commencé par M. Jean Dollfus. Chaque fabricant qui entre dans cette association s'enga^^e à verser pour chacune de ses ouvrières, de 18 à 45 ans^ 15 cent, par quinzaine^ à condition que chaque ouvrière consentira à une retenue de la même somme. On aura ainsi pour chacune 7 fr. 50 c, somme jugée suffisante pour les dépenses de médecins et de sages-femmes et pour la comptabilité de l'association.

Les femmes^ de celte manière, recevront leur salaire entier sans avoir à sortir die chez elles. On peut don£ espérer qu'elles reprendront l'habitude de Tallaitement, trop souvent remplacé par la coutume meurtrière du petit pot^ et en tout cas que l'enfant, mieux soigné pendant ces deux premiers mois, sera plus en état de supporter dans la suite les dangers que lui feront courir les préjugés hygiéniques des gens à la garde desquels il sera remis, quand sa mère devra le quitter chaque jour.

Du reste on commence à s'occuper de combattre ces préjugés qui sont funestes à tant d'enfants. M. Jean Dollfus fait rédiger en ce moment les préceptes les plus élémentaires et les plus esseatiels de

rbjgiène, surtout appliquée aux premiers soins de Tenfance, et il s'efiPorcera de les répandre le plus pos* sible parmi les femmes. Les plus intelligentes et les plus instruites des sages-femmes de la ville lui ont promis leur concours.

Au sujet des filles-mères^ les traitements difTèrent. A Mulhouse, M. Jean Dollfus applique la même règle à toutes les femmes de ses ateliers. Il considère avant tout la santé de lenfant, qui ne peut être responsable de la faute de sa mère et qui a tout aussi besoin de se& soins et de son lait que Tenfant le plus légitime « Quelques personnes accusent cette impartialité, et la considèrent comme un encouragement à la débauche qui échappe ainsi à Tune de ses conséquences naturelles. Cela serait admissible si cette conséquence retombait uniquement sur les vrais coupables; mais ces rigoureux défenseurs de la justice oublient que la première, et Ton pourrait presque dire, dans la plupart des cas, la seule victime de la morale outragée est ce pauvre enfant qui n'a pas demandé à naître^ mais qui^ une fois né, demande à vivre, et qui^ s'il pouvait parler, aurait bien quelque droit de se plaindre de ce zèle de vertu farouche qui le condamme presque infailliblement à mourir * .

1. D^ailleurs nous faisons toujours la môme erreur de raisonne ment. Nous ne cessons d^accuser l'imprévoyance des malheureux, et nous avons raison, car c'est là le vice capital ; mais en même temps nous semblons supposer que tous leurs actes reposent sur des calculs. La fille qui s'abandonne par passion ou par liberlinage, en tout cas par un entraînement quelconque, ne calcule pas les conséquences de sa faute, et ne s'inquiète guère en ce moment

A Guebwiller, dans la manufacture de MM. Bourcart, la fille-mère reçoit, pour ses premières couches, le même secours (Jue la femme mariée. Si elle a un second enfont, on la secourt encore; mais après les six semaines expirées, il faut ou qu'elle soit épousée par le père de son enfant, ou qu'elle quitte U fabrique. On a espéré que la crainte d'être renvoyée eflraierait quelques filles, ou que le séducteur ému de la situation dans laquelle ce renvoi placerait l'en faut et la mère, se déciderait à régulariser leur position par un mariage. Cette combinaison part d'un bon sentiment^ mais j'ai entendu dire qu'elle a besoin d'être justifiée par l'expérience, car il ne «paraît pas impossible que quelques filles spéculent^ pour se faire épouser, sur la rigueur même du règlement et sur la pitié probable de leur amant. Ce qui prouve simplement que, avec

de sayoir si elle recevra ou non son salaire pendant ses couches. L'en priver ne changerait donc rien à la situation présente, pas plus que Pivrogne ne renonce à boire par la crainte de la misère ou des maladies qui peuvent en résulter; ces calculs et ce souci de Tavenir supposent un développement intellectuel et des habitudes d^esprit qui manquent en général à l'ouvrier des fabriques. D'ailleurs, je crois qu'on peut poser en principe général, malgré les apparences contraires, que les pénalités sont presque absolument impuissantes contre la passion, aveugle et imprévoyante de nature. Le développement intellectuel ou l'excitation de passions contraires sont les seuls remèdes efficaces. En outre, il ne faut pas oublier que les filles-mères qui ont à soigner ou à nourrir leur enfant, jusqu'à l'âge où il peut lui-môme gagner sa vie, ont par là même une charge beaucoup plus lourde que si l'enfant n'avait pas vécu. L'avantage d'êire mise à môme de conserver son enfant ne peut donc jamais être considéré par elle comme une spéculation fructueuse, et par conséquent c'est une singulière erreur d'accuser le secours donné dans ce cas d'être une prime assurée au vice.

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les meilleures intentions du monde» il est bien difficile d'échapper à toutes les objections.

MM. Bourcart, pour encourager et faciliter les mariages, donnent une dot de cent francs à toute ouvrière qui veut se marier après avoir travaillé cinq ans dans leur établissement.

La situatit)n des filles-mères est plus intéressante à Mulhouse que partout ailleurs, à cause de certaines circonstances locales qui rendent presque impossible le mariage à un assez grand nombre d'ouvriers. Dans quelques cantoûs suisses et dans plusieurs parties de r Allemagne, T homme ne peut épouser une femme étrangère à la localité sans acheter pour elle le droit de bourgeoisie ou sans perdre lui-même ce droit. Il résulte de cette vieille et ridicule coutume qu'un grand nombre des ouvriers allemands ou suisses de Mulhouse se trouvent^ pour s'y marier, dans Tobligation de payer une somme qui dépasse presque tonjours leurs moyens, et en tout cas de faire des démarches qui les embarrassent beaucoup. Souvent même ils sont exploités par des espèces d^agents d'affaires qui^ sous prétexte de leur faire obtenir l%iutorisation nécessaire, leur soutirent tout leur argent, sans rien leur donner autre chose que des belles paroles. Il s'est formé depuis trois ans une société • d'hommes dévoués qui aident par leurs conseils, par leur argent, par leur activité, les ouvriers désireux de se marier. La Société de Saint-François Régis concourt au même but, et des résultats sérieux ont été obtenus par ces deux associations.

Pour préserver des dangers de Tisolement les filles séparées de. leur famille ou sans parents, M. Emile Kœchlin a imaginé de louer dans Ja Cité deux maisons, pour en faire des hôtels garnis, uniquement réservés à leur usage^ où, moyennant 1 francs par quinzaine, elles devaient être logées, nourries, blanchies. Une famille honnête est chargée de veiller sur elles et sur tous leurs besoins. C'est donc pour elles un abri et une protection pendant les quelques jours qui leur sont nécessaires pour chercher une occupation. On pouvait d'ailleurs espérer que, par sa position même, ladirec* trice de la maison pourrait devenir un centre d'informations et une intermédiaire naturelle entre ses pensionnaires et les personnes qui auraient besoin de leurs services.

11 semblait donc que cet établissement aurait pu rendre de grands services aux jeunes ouvrières comme asile et comme bureau de placement. Mais la discipline, quoique très-douce, que rendait nécessaire la pensée morale qui lui avait donné naissance^ a suffi, pendant longtemps, pour en écarter toutes celles en vue de qui on Tavait élevé. Cependant Tinstitution commence à être mieux connue et appéciée^ et Ton a l'espoir qu'elle pourrra bientôt rendre les services qu'on en attend.

M. Jean Dollfus a mieux réussi avec VAuberye des pauvres. Le voyageur indigent y trouve à souper et à coucher gratuitement pour une nuit, et le lendemain matin, on lui donne la soupe avant son départ, un morceau de pain et 20 centimes. Le malheureux qui

vient à Mulhouse chercher du travail est donc sûr de trouver d'abord un bon repas et un bon lit pour réparer ses forces^ avant d'aller d'atelier en atelier à la recherche d'une occupation. Souvent même il reçoit a lauberge les indications dont il a besoin pour se placer immédiatement.

L'auberge contient une chambre spéciale pour les femmes et une infirmerie pour les malades. Il arrive souvent qu'on donne aux plus nécessiteux une chemise ou une paire de souliers. Il est extrêmement rare qu'il s'y produise des désordres *. Cela ne ressemble

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