‹ Les Institutions Politiques et Administratives du Pays de LanguedocChapitre 11 sur 293 · XVII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVII PRÉFACE

qu’elles ne suffiraient pas. Dans une certaine mesure il faut qu’en histoire on ajoute foi à l’auteur, non sur tel ou tel détail, sur tel point de fait isolé, mais quant aux conclusions qu’il Uüre de tout un ensemble de textes, qu'il a lus d’un bout à l’autre et longuement étudiés. La vérité historique est trop subtile, trop compliquée, pour que l’on puisse la prouver complètement. On ne parvient pas davantage à la saisir tout entière, encore moins à l’exprimer. Elle est faite de nuances infinies, dont les plus apparentes seules arrivent aux yeux du lecteur.

Toulouse, juillet 1895.

Les montagnes et les plateaux infertiles du Massif central s'étendent de la Charente au Rhône, d'Angoulême à Lyon, occupant environ les deux-tiers de la largeur du territoire. Cette contrée àpre et peu hospitalière forme une sorte d’obstacle au milieu de la France qu’elle partage en deux régions. Le Midi ne communique aisément avec le Nord que par les routes obliques qui contournent les flancs du Massif. L’une, la voie orientale, suit la fente où coule le Rhône, entre les talus des Cévennes et les derniers soulèvements des Alpes; L'autre, plus détournée, gagne le nord-ouest et s'engage dans l’isthme de terres basses, que traverse la Charente et que barre à demi le large et long estuaire de la Gironde.

Ainsi les deux parties qui composent notre pays sont à la fois séparées et unies : séparées au point d’avoir notablement différé entre elles de langues, de mœurs et de lois, assez unies pour qu’un grand corps politique, un État puissant établi dans l’une d’elles se soit bientôt étendu sur l'autre.

La nature les a faites distinctes et dissemblables. Du haut de quelque cime d'Auvergne, on pourrait suivre par la pensée, se déroulant à perte de vue dans la direction du nord, de vastes plaines, le Berry, puis l’Orléanais, PIle-de

France après la Beauce, et la Touraine, et la Champagne, et d’autres encore, toutes d'un seul tenant, étalées autour de Paris, leur centre et leur commune capitale. On embrasserait comme d’un coup d’œil la vieille France, celle où se parle la langue d’oil, où la royauté capétienne est née, a grandi, et où elle a puisé assez de force pour conquérir presque entièrement l’ancienne Gaule, — des deux régions la mieux dotée, la plus peuplée et la plus riche, celle qu’une évidente supériorité matérielle appelait à la prépondérance politique.

Tout autre au sud serait le spectacle : de hautes terres, la

plupart hérissées de montagnes, le Massif central s’avan-

çant à la rencontre des Alpes et des Pyrénées, de grands soulèvements voisins les uns des autres, resserrant entre eux les vallées, une seule plaine qui par la superficie soit comparable à celles du Nord, les landes de Gascogne, dont le sol sablonneux, marécageux, inculte est livré aux bruyères et aux pins. Loin de là, sur le versant de la Méditerranée, s’allonge des Pyrénées aux Alpes une belle bande de terre, amincie entre les Cévennes et les étangs du littoral, plus large aux deux extrémités, auprès de l’Aude et du Rhône. Les autres plaines ne sont que de simples élargissements des vallées fluviales : plaines éparses dont la fécondité ne compense point la petitesse. Beaucoup sont réduites aux sillons que les rivières tracent dans les plateaux. Entre elles peu de cohésion. Il a dans le Midi des villes importantes, et point de véritable capitale. Toulouse qui s'élève au milieu d’une dépression assez ample, entourée de coteaux bas et cultivables, qui commande en aval la vallée de la Garonne, en amont la lisière fertile des Pyrénées, à l’est le seuil aplani par lequel le versant de la Méditerranée entre en contact avec celui de l'Océan, Toulouse est devenue à plusieurs reprises le centre d’un État, mais sans jamais obtenir une entière prééminence. Bordeaux et Lyon, situées

aux confins de la Languedoil, devaient être aussi populeuses qu’elle. Parmi les ports qui bordent le golfe du Lion, quelques-uns ont exercé une influence plus décisive sur le développement des sociétés méridionales.

Par cette côte et par les deux voies naturelles qui du nord et de l’ouest y convergent, le Midi s'ouvre tout entier vers la Méditerranée. Il doit au monde méditerranéen sa civilisation première, si fortement empreinte, et pendant de longs siècles il en a tiré les idées et les denrées qu’il échangeait ensuite avec les pays du Nord. Au temps où l'Océan inexploré, infranchissable faisait obstacle au grand commerce, les gens de Narbonne, de Marseille et de Montpellier pouvaient trafiquer avec la côte africaine; ils se rendaient au Levant pour y chercher les produits des Indes. Plus près d'eux, les villes florissantes de Catalogne et d'Italie leur offraient un champ d'opérations lucratives et des exemples de liberté. L'Italie animée d’une vie politique ardente, douée d’une remarquable activité scientifique était au moyen âge un foyer de chaleur et de lumière. La principale puissance de la chrétienté, le Saint-Siège, y tenait la place des empereurs romains. Bref, le mouvement historique qui avait commencé plusieurs siècles avant notre ère ne s’arrêtait pas encore; la civilisation, sous ses diverses formes, continuait de venir du sud.

De rapports si étroits, tant de fois séculaires provient lespèce d'unité que le Midi possède. On y découvre certains traits, communs à toutes les parties, qui le distinguent du Nord de la France, des usages particuliers auxquels Pabri des montagnes a permis de naître, de prendre racine et Le survivre aux conquêtes.

Les habitants parlaient et en encore des idiomes de physionomie toute latine, apparentés à ceux d'Italie et d’Espagne, le provençal des Alpes à la Garonne, à lPouest du fleuve le gascon. La langue d’oil y confine le long des pentes

septentrionales des monts d'Auvergne et de Limousin, tandis que des deux côtés, en plaine, elle s’avance vers le sud d’une part au delà de Vienne et de l'Isère, de l’autre entre Dordogne et Dronne et jusqu’à la Gironde.

Ils ont conservé la loi romaine après que l’autorité impériale avait disparu. Ce droit s’est modifié sur place, ainsi que la langue, en raison des changements profonds qui, du vi® siècle au x11°, ont eu lieu dans la structure de la société ; mais il n’a point cessé d’être chez eux le droit commun, si qu’il subsistât obscurément, à l’état anonyme, dans les cou tumes locales, soit qu’il fût directement invoqué dans les actes et les procès. C’est également là que le droit de Justinien, importé de Bologne à Montpellier, puis à Toulouse, s’est tout d’abord introduit, implanté (xn°-xrre siècles). Nulle part on ne devait plus aisément l’admettre à suppléer aux lacunes de la législation coutumière, puis à la redresser. Les contrées où la loi romaine, ancienne ou nouvelle, a été le plus en vigueur se sont par la suite appelées pays de droit écrit, par opposition au droit coutumier que les pays du Nord suivaient de préférence. L’aire qu’elle occupait coïncide suffisamment avec celle du parler méridional 1.

Ces différences essentielles en supposent une foule d’autres. Mais le Midi ne présente point d'institutions ni de coutumes qui lui soient si particulières, ou qu’il ait si généralement adoptées qu’elles puissent servir à le caractériser d'ensemble. Ici le morcellement du sol à favorisé la division, les dissemblances. Un État vise naturellement à devenir homogène ; 1l se constitue selon des règles uniformes. Or le

1. Sauf à la frontière. Une partie de la Saintonge où la langue d’oc ne pénètre point, et des territoires tels que Lyonnais, Mâconnais et Bresse où elle se mélange au français étaient de droit écrit. Les Marches et l'Auvergne presque tout entière suivaient le droit coutumier, quoiqu’elles fussent de langue mixte ou purement provençale, Voir la carte de Klimrath, dans ses Travaux sur l’histoire du droit français, 1843, 2 vol. in-8°, et cf. le travail de Suchier, dans Græber, Gr De der romanischen Plilologie, t. I, pp. 598 et suiv.

Midi par lui-même n’a jamais formé d’État. Il n’a connu l’unité politique qu’imposée par les conquêtes qui venaient du dehors, d'Italie dans l’antiquité, de la France aux temps modernes.

A la fin de l’époque romaine, il se partage entre Wisigoths et Burgondes. Depuis le traité de Verdun les contrées que les Goths avaient occupées, unies au royaume oOCCIdental, passent dans la mouvance française; la Burgondie devient pays d’Empire. La frontière entre les deux lots n’était pas le cours du Rhône, mais la ligne, tracée sur la rive droite du fleuve, qui jadis, au 1v° siècle, avait séparé la Viennoise de la première Narbonnaïise et de l’Aquitaine.

La distinction est d'importance capitale : à l’ouest de la ligne indiquée, on reconnaissait au x1° siècle la suzeraineté du roi capétien, à l’est celle de l'Empereur.

Des deux côtés, grâce à l’affaiblissement de l’autorité publique, s’étaient multipliées les seigneuries. Dans la mouvance française deux fiefs ont continuellement grandi, absorbant les seigneuries voisines ou se les subordonnant par le lien vassalique. Au début du xrm° siècle, le vaste duché d'Aquitaine s’étendait de l’Océan aux frontières d'Auvergne ; on y pénétrait à dix lieues au sud de la Loire et l’on y pouvait cheminer jusqu'aux Pyrénées. Moins grand, mais plus compacte, entièrement méridional, le comté de Toulouse touchait au Rhône, à l’Adour, à la Dordogne et à la Méditerranée !. Les deux États se jalousaient, se combattaient, sans que l’un vint à bout de s’annexer l’autre. |

Le Midi féodal a vécu dans une complète indépendance à l'égard des pays du Nord. Le dernier acte des Carlovingiens qui s’y rapporte date de l’an 955, le premier diplôme capétien de 1134. Les rois de France, malgré leur titre de suze-

1. Histoire de Languedoc, édition Privat, t. XII, note xvV1II, Sur la géographie de la province de Languedoc au moyen âge, par Aug. Molinier, PP. 265 et suiv. — Longnon, Atlas historique de la France, pl. xIl.

rains, n’eurent jusqu'aux dernières années du règne de Louis VI aucune autorité dans ces parages. À leur cour on voyait parfois le duc d'Aquitaine, jamais le comte de Toulouse. Les Français connaissaient à peine ces peuples étrangers, de langue incompréhensible, dont ils jugeaient les mœurs efféminées, la foi douteuse, et dont la civilisation supérieure leur paraissait inspirée par lesprit du mal. Is ne les aimaient point et n’en étaient pas aimés.

Louis VII acquit le duché d’Aquitaine par son mariage avec Éléonore; il le perdit par un divorce. Aussitôt il eut pour adversaire le nouveau duc, Henri Plantagenet, second époux d’Éléonore, pour allié le comte de Toulouse dont il fit son beau-frère. Il fut conduit à entretenir avec ses vassaux du Midi des relations plus fréquentes qu'aucun de ses prédécesseurs, et prit sur eux une certaine autorité morale.

Dans les pays situés au sud de l'Auvergne et de la Dordogne il avait déjà assez de prestige pour que, spontanément, bon nombre d’évêques et d’abbés lui rendissent hommage!. Plus tard son fils reçut les serments de quelques barons laïques ?. Mais c'était principalement en Normandie, en Anjou, sur les bords de la Loire qu’ils avaient l’un et

1. Luchaire, Catalogue des Actes de Louis VII, 1885, in-4°. Sur 798 actes que renferme le Catalogue, 27 seulement sont relatifs au Midi, dont 5 à l’Aquitaine, 19 au comté de Toulouse, 3 à d’autres pays. Il n’y en a que deux (n°5 495, 613) qui traitent d’affaires purement laïques. En général, Louis VII renouvelle des concessions antérieures; mais parfois il y joint quelque nouveau privilège. (7. Z., &. V, pr. n° 610 ; ann. 1161 : ( Preterea concedimus, etc. » C£. n° 650.) Il lui arrive aussi de confirmer des pouvoirs qui ne reposaient sur aucune charte, par exemple le droit de haute justice que l’évêque de Mende avait en Gévaudan. La « Bulle d'or » accordée à l’évêque s'exprime comme il suit : « Longe est a memoria hominum mortalium nostri temporis quod aliquis episcopus Gaballitanorum ad curiam antecessorum nostrorum, rezum Francie, venerit et eorum subditionem cogunoverit sive fidelitatem eis fecerit ». (Zbid., n° 642; ann. 1161.)

2. Delisle, Cutaloque des Actes de Philippe- Auguste, 1856, in-8°, Sur 2236 actes, 21 montrent Philippe-Auguste intervenant dans le Midi : 4 se rapportent au duché d'Aquitaine, 8 au comté de Toulouse, 9 à d’autres pays. Le roi reçoit les hommages des sires de Tournon (1188), de Gourdon (1211), de Montlaur (1219), de l’évêque de Cahors (1211).

l'autre à combattre. Ils devaient avant tout briser dans leur voisinage la chaine continue des domaines dont les Plantagenets, rois d'Angleterre, enserraient le duché de France. Même après la conquête de la Normandie et du Poitou, après la victoire décisive de Bouvines, Philippe-Auguste refusait obstinément de s'engager dans la croisade que le pape dirigeait contre les Albigeois hérétiques. Mais le domaine de la couronne et la mouvance directe s’étendirent pendant son règne au delà des limites de la langue d’oil : des pays qui appartenaient à l’autre langue y furent incorporés, tels que PAuvergne et le Velay, les vicomtés de Limoges, de Ventadour et de Turenne, le comté de Périgord.

Le duché d'Aquitaine avait seul fourni la matière deces accroissements. Réduit à la région méridionale, il n’en sub- Sista pas moins deux siècles et davantage, à cause des ressources que ses possesseurs tiraient d'Angleterre. Au conitraire, le comté de Toulouse, privé de secours étrangers, perdit en très peu de temps lPindépendance.

La catastrophe soudaine à laquelle il succomba avait été déchaînée par l’Église. D’elle-même, la royauté n’y prit aucune part, se bornant à favoriser ou à surveiller les Montforts et leur armée. Quand elle parut dans le Midi, l’œuvre de destruction était accomplie. Après une guerre atroce, l’hérésie était à peu près vaincue et toute cohésion politique avait disparu. Jamais les diverses parties de l’État toulousain n'avaient été attachées entre elles autrement que par un faible lien féodal et par une civilisation commune. Il s’y trouvait les éléments d’une nationalité, mais non tous ceux qui font une patrie. Il avait fallu des années de violences pour que les croisés soulevassent contre eux l’espèce de résistance nationale qui finit par avoir raison de leur petit nombre. Louis VIII n’en rencontra pour ainsi dire aucune.

Montfort et ses soldats étaient des aventuriers, venus en exterminateurs, en conquérants. [IS avaient massacré ou

chassé les propriétaires du sol afin de prendre leurs domaines. Le roi de France était un suzerain puissant dont les comtes de Toulouse, ainsi que leurs sujets, avaient constamment imploré appui. Les conditions du traité de Meaux, qu'il conclut en 1229 avec Raimond le Jeune, parurent aux contemporains d’une rigueur excessive. Elles étaient dures en effet pour le malheureux comte, par qui le roi se faisait céder la partie du comté comprise entre le Rhône, l’Ariège et le coude du Tarn, tandis que pour l'avenir il assurait à la maison de France l'héritage de tout le reste ; plus dures encore pour certains vassaux, tels que le vicomte de Béziers et autres, qui furent entièrement dépouillés de leurs biens. Mais le traité contenait aussi des mesures réparatrices. Il y avait peu de barons, de chevaliers, de bourgeois des villes auxquels 1l n’apportàt quelque soulagement. La plupart des confiscations accomplies depuis l’arrivée des croisés furent annulées, peu à peu dans les États du roi, tout d’un coup dans ceux que gardait Raimond VII. Là même où la restitution était et resta toujours incomplète, la tranquillité put renaître !.

Les révoltes de 1240 et de 1242 ont été principalement l'œuvre personnelle des victimes du traité de Meaux, de Trencavel et de Raimond VII. L’une et l’autre étaient partielles. La seconde ne fut qu’une échauffourée?.

Vers 1247, après la soumission de Trencavel, l’apaisement se fait. Par équité naturelle et par intérêt bien entendu saint Louis s'efforce de réparer les abus que ses officiers ont Commis aux premiers temps de la conquête. En 1249, le frère du roi, Alfonse de Poitiers, entre en possession des titres et des États de son beau-père, Raimond VII. Les deux

1. ZT. L.,t. VIIT, pr. n° 271. Texte du traité de Meaux. — Cf. t. XII, note XVIII, p. 278.

2. Jbid., t. VII, note LVIIt, Sur l'expédition de Trencavel et le siège de Carcassonne en 1240, par Aug. Molinier, t. VI, pp. 736 et suiv,

parties de l’ancien comté, soumises à des princes de même maison, sont administrées selon des règles à peu près semblables!,

Philippe le Hardi, héritier d’Alfonse, les a réunies de nouveau l’une à l’autre en 1271. Cette succession, préparée de longue main, était un fait accepté autant que prévu par les peuples du Midi. Quoiqu’elle eût une spoliation pour origine, elle était conforme aux règles féodales. L’annexion du comté de Toulouse fut consommée sans difficulté, sans secousse, sans aucune protestation qui décelàät quelque rancune de la part des sujets contre leur nouveau maitre. L’autorité royale, sur le champ reconnue de tous, ne s’établit pas chez eux moins solidement qu’en France.

Ces acquisitions ont changé la face du royaume. Autrefois il ne comptait guère que des pays de langue d’oil. Les pays méridionaux y furent désormais en nombre suffisant pour former une masse compacte et considérable, pour rivaliser en quelque mesure avec ceux du Nord d'importance économique et politique.

Le groupe tout entier s’est de bonne heure appelé Languedoc. Ce mot date de la croisade, de l’époque où les hommes du Nord et du Midi, se rencontrant les armes à la main, ne trouvaient, pour se distinguer les uns des autres, de signe général que la langue qu’ils employaient?. Il à longtemps été d'usage vulgaire avant de figurer (vers 1290) dans les documents émanés du roi. Il avait alors le sens le plus vague. L'idée qu’il éveillait ne s’est précisée qu’à la longue, on verra plus loin comment et dans quelles circonstances. Pendant la première moitié du x1v° siècle, la chan-

1. Zbid., t. VII, note LIX, Êtude sur l'administration de Louis IX et d’ Alfonse de Poitiers, par Aug. Molinier, — Boutaric, Saint Louis et Alfonse de Poitiers, 1870, in-8o.

2. Arch. de Toulouse, AA 1, n° 94: juin-septembre 1220. Déclaration de Raimond VI et de son fils contre les « homines nostre ydiome, videlicet de hac lingua nostra », qui ont suivi le parti d'Amaury de Montfort.

cellerie royale Pappliqua de façon générale aux domaines royaux où se parlait l’idiome d’oc, mais en particulier à la plus importante fraction de ces domaines, au comté de Toulouse'. La région de langue d’oc, parles Occilane, fit pendant à la Languedoil.

Elle était à l’est nettement limitée. Les comtes de Toulouse avaient eux-mêmes porté jusqu’au Rhône leur territoire et l'avaient constamment accru sur la rive droite du fleuve. Les rois y joignirent le domaine qu’ils possédaient déjà dans le Velay, le Gévaudan et celui qu'ils se procurèrent au début du xiv° siècle dans le Vivarais, détaché par Philippe le Bel de la mouvance impériale. Le Rhône servit de limite à la sénéchaussée royale de Beaucaire depuis son embouchure occidentale jusqu’à Limony, c’est-à-dire à huit lieues en aval de Lyon?.

A la vérité le royaume, comme autrefois le comté de Toulouse, ne tarda pas à passer l’eau. Le comté de Valentinois entra dans sa mouvance, le Dauphiné de Viennois dans son domaine direct (1316, 1349). Mais ce groupe domamial, beaucoup moindre que l’autre, ne s'agrandit point ensuite;

1. 27. L.,t. X, note Vi, Sur l'origine du nom de Languedoc, par dom Vaissete ; t. XII, note XVIII, p. 131. — Paul Meyer, La langue romane du midi de la France et ses différents noms, dans les Annales du Midi, 1889, p. 1.

2. Il convient d'indiquer brièvement comment l’ancienne Lotharingie ou terre d’Empire a reculé derrière le Rhône. Entre 928 et 943 l’un des héritiers de Bozon a porté l’Uzège dans la mouvance de France. Vers 1037 le comte de Toulouse était possesseur du territoire d’Argence, dépendance du diocèse d’Arles, où se trouvait Beaucaire. En 1226 le roi de France entrait en pariage avec l’abbé de Saint-André-lès- Avignon, et la partie occidentale du diocèse d'Avignon passait au royaume, Philippe III, héritier des comtes de Toulouse, a cédé au pape en 1274 le Venaissin, renonçant ainsi aux domaines que les comtes avaient acquis à l’est du fleuve. En 1306 Philippe le Bel établit sa suzeraineté sur l’évêché de Viviers. Mais le Vivarais, en tant que circonscription administrative, a dépassé les limites du diocèse ecclésiastique. Il a englobé une partie du diocèse de Valence (Tournon, Privas, Saint-Andéol, etc.)., une partie du diocèse de Vienne (Annonay), l’une et l’autre à l’ouest du Rhône. La première avait été acquise par le comte de Toulouse en 1239. La seconde entra dans la mouvance française soit avec le Lyonnais (1310), soit avec le Dauphiné (1349), car le seigneur d’Annonay était arrière-vassal de l’évêque de Lyon et vassal du comte dauphin.

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il resta plus de cent trente ans stationnaire, presque isolé parmi des pays d'Empire. Le Dauphiné, cédé sous chaque règne à l'héritier présomptif de la couronne, souvent administré par lui, traité en État distinct, ne se confondit nullement avec les contrées de langue d’oc dont le Rhône le séparait.

Vers l’ouest et le nord-ouest les conditions étaient bien différentes. Ici le roi de France avait pour voisin le duc de Guyenne, dont il continua de recevoir l'hommage jusqu’au traité de Brétigny ; mais ce vassal était roi d'Angleterre et son plus redoutable ennemi. Entre eux la guerre éclata fréquemment ; la ligne de frontière ne cessa de se déplacer : ainsi le long de la Garonne. En 1259 elle passait en aval d'Agen et de Marmande, en 1328 par Langon. En 1360 elle remonta très loin, au confluent du Tarn, pour descendre de nouveau sous Charles V au-delà d'Agen, etc.

Entre Guyenne et comté de Toulouse, de l'Auvergne aux Pyrénées, il y avait de grandes seigneuries, une douzaine environ, parmi lesquelles les comtés de Périgord, d’Armagnac et de Foix tenaient le premier rang. Avant la croisade, elles relevaient de l’un ou de l’autre État; ensuite elles oscillèrent entre les deux selon les chances de la guerre, passant d’une mouvance à l’autre, inclinant où bon leur semblait, d'ordinaire vers le roi de France dont elles avaient davantage à craindre ou à espérer.

Les comtes de Foix, vicomtes de Béarn, les comtes d’Armagnac, maîtres de la plus grande partie du Rouergue, sont devenus très puissants au xiv° siècle. La guerre de Cent ans les a mis en mesure de vendre leur concours. Jusqu'au milieu du siècle suivant, 1ls s’intitulent « comtes par la grâce de Dieu »; la Justice royale n’a pas toujours libre accès sur leurs terres; l'impôt royal n’y pénètre point. Les sujets des deux comtes s’assemblent en États particuliers et ne se rendent pas à ceux de Languedoc.

Ces principautés féodales, placées à la frontière, ont jou d’une indépendance que ne connaissaient point les autres seigneuries, enclavées dans la terre du roi. Quoique appartenant à la « région de langue d’oc », elles n’ont point vécu tout-à-fait de la même vie. Elles restent à demi étrangères au développement de ses institutions, à son histoire intérieure. Elles sont séparées du faisceau politique, qu’à la

faveur de la domination royale celle-ci a formé.

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