MEN
Ge terme et celui de communilas, qui a le même sens, ont été employés en Provence dès le xr° siècle!. De l’autre côté du Rhône on ne les rencontre qu’au xu°, et seulement dans déux seigneuries ?, Mais si le mot est rare, la chose ne l’est pas. En 1035 les habitants du bourg et de la cité d'Albi agissént en commun, sur linitiative, il est vrai, du vicomte et de l’évêque, La ville de Toulouse n’est pas une seule fois qualifiée de communauté au x1r° siècle : pourtant, vers 1115, les prud'hommes du bourg et de la cité rachètent des droits de portage, et tout le peuple assiste à Pactet, On peut s’assurer que, dans le même siècle, vingt-neuf seigneuries sont réellement des communautés; car on y voit les prud’hommes soutenir en corps leurs intérêts et recevoir des privilèges. Ce chiffre n’est limité que par le nombre des documents.
Le mot de communauté ne suppose point une organisation spéciale qui serait réservée aux habitants de la seigneurie, à Pexclusion du seigneur. [1 n’y avait non plus rien de semblabie, aux x1° et x1v° siècles, dans beaucoup de villes et de terres, qui s’appelaient pourtant communautés5, La communauté se confond avec la seigneurie. Elle a pour organe le conseil des prud'hommes délibérant avec le seigneur ou son représentant.
1. Léon Clos, Recherches sur le régime municipal dans le midi de la France au moyen-âge, dans les Mém. présentés par divers savants à l’Acad. des inscript. et belles-lettres, t. III, 2° sér., p. 285.
2. Cout. de Saint-Antonin, de 1144 : « communitatem », — Charte d'Agen, de 1189, dans Tholin et Magen, Arch. municip. d'Agen. Chartes, 1876, in-40, n° 1 : « universitas vestra », Les deux mots sont constamment employés l’un pour l’autre. En Gascogne, Bigorre on dit « veziau » (vicinitas), et le mot se trouve dans ja charte de Bagnères-de-Bigorre de 1171, art, 5 (Bullet, de la Soc, Ramond, 1882, 4e trim.),
BU, LD, CU, pr, n°205,
4, Arch, de Toulouse, AA 1, n° 14.
5. Ainsi Genolhac en 1228 (Bullet. de la Soc. d’Alais, 1880, p. 187), La Grasse en 1287 (Mabul, Cartul. de Carcassonne, t, II, p. 461), Cuxac en 1329 (Mouynès, Invent., t. I, sér., AA, p. 404), etc.
Entre l’autorité du seigneur et celle des prud’hommes, un départ va se produire. Au xr° siècle apparaissent les capitouls et les consuls : sur vingt-neuf communautés, dix-sept en sont pourvues!. Voilà les agents de la scission future. Mais le caractère primitif de la communauté ne s’effacera qu’à la longue, et ce sont principalement des textes postérieurs à cette époque qui nous aident à le retrouver.
1. Voici la liste de ces communautés par ordre chronologique. Les noms de celles qui sûrement ont eu au xIIe siècle des capitouls ou des consuls sont en italique : Albi (1035 et 1188), Toulouse (vers 1115), Vimes (vers 1124), Moissac (vers 1125), Béziers (1131), Montech et Castelsarrazin (1134), Ambialet (1136), Montpellier (1141), Montauban et Verlhac-Tescou (1144), Saint- Antonin (vers 1144). Narbonne (1148), Puylaurens (1150), Auvillar (x11e siècle), Castres (1160), Bagnères-de-Bigorre (1171), Saint-Pons (1173), Villemur (1178), Limoux (1178 et 1192), Marmande (1182), Millau (1187), Agen (1189), l’Isle-Jourdain (vers 1190), Curcassonne (1192), Mende (1194), Rodez (bourg), Tarascon (pays de Foix) et Casteljaloux (2° moitié du xII° siècle),