‹ Les Institutions Politiques et Administratives du Pays de LanguedocChapitre 42 sur 293 · PR SONORE MOURIR ER · texte numérisé non relu

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rencontre pas des traces de l’autorité seigneuriale. Le bayle les choisit avec les consuls, ou les institue sur leur présentation. Sur les bâtons de leurs sergents les armes du seigneur sont peintes. Les deux puissances qui se disputaient la commune se sont écartées l’une de l’autre, sans se séparer tout-à-fait.

Sous cette réserve, les consuls s'occupent des mille détails de la vie publique ou privée. Is fixent le prix du pain, du vin, des denrées. En temps de disette, ils interdisent l’exportation du blé, en font la recherche, forcent les gens selon le cas à vendre celui qu’ils possèdent, ou déterminent la quantité qu'ils en pourront acheter, à proportion de leurs besoins. Ils règlent le taux des loyers, des salaires. Ils font des lois somptuaires d’une rigueur et d’une minutie incroyables : les fiançailles, les baptêmes, les enterrements sont soumis à leur censure. Tel ou tel mode de culture est proscrit ou favorisé : à Castelsarrazin, défense de fumer les vignes!. Ces prescriptions, cette étroite surveillance, exercée sur tous les actes des hommes, paraissent très naturelles aux membres de la communauté. Ils sont pliés à l’obéissance. Les consuls les gouvernent comme faisaient les seigneurs, à peu près selon les mêmes règles; car l’état social, économique et politique auquel ces règles correspondent n’a changé que très lentement.

En un sens, l’autorité des consuls a pénétré plus avant que celle du seigneur dans la communauté. Celui-ci ne se mêlait guère des affaires intérieures des corporations. Au contraire, ces associations autonomes et souvent redoutables ont été soumises à l'influence des consuls : à la longue, il

est vrai, après beaucoup d'efforts, grâce peut-être à cette

1. Cout. de 1303, dans les HMém. de l’ Acad. des sciences, ete., de Toulouse, 1851, p. 269. — La plupart des coutumes contiennent, en plus ou moins grand nombre, des dispositions similaires. — Mouynès, Zuvent., Ann. de la sér. AA, n° 73, 78, 79, 82, 89, etc. ;

circonstance qu'elles étaient peu ou prou représentées parmi eux et dans leur conseil. A Toulouse, en 1238, c’était de préférence au comte que les ouvriers en cuirs adressaient leurs réclamations!. A Narbonne, en 1254, les pareurs et les tisserands, au cours d’une querelle, prirent spontanément les consuls pour arbitres. Mais au xiv° siècle les deux corporations et toutes celles de Narbonne leur sont subordonnées, et les chefs des métiers leur jurent obéissance2. Il en est de même à Marmande, Laguiole (Rouergue), Castelnaudary, Figeac, Graulhet, le Puy, Sommières, Limoux, Montpellier, Uzès, etc. Partout les consuls font des statuts sur les métiers3, tranchent les différends, surveillent la fabrication#. Ils nomment les chefs des métiers, comme à Uzès, au Puy, à Castelnaudaryÿ, ou les instituent, comme à Limoux, d’après la liste que les artisans leur présentent6.

Les corporations n’ont jamais perdu entièrement l’indépendance. Groupés et disciplinés par elles, les gens de métier ont été un perpétuel sujet d'inquiétude pour le gouvernement consulaire. Si les consuls soulevaient parfois des émeutes à leur profit, ils craignaient fort le menu peuple. Les coalitions d’artisans, les conjurations, les confréries illicites ont été prohibées par eux aussi sévèrement que par

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