‹ Les instrumens aratoires: collection complète de tous les instrumens dChapitre 4 sur 25 · XIJ · texte numérisé non relu

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première fois. On les trouve dans quelques monumeus grecs , et Caylus a publié une charrue à roue (i) , qu'il croit romaine ; elle est fort remarquable en ce qu'elle porte un contre, et c*esl la première fois que Tou voit figurer cette partie essentielle de la cbarrue. Comme on ne voit pas de contre dans les autres monumens romains , plusieurs savans en ont conclu qu^il n*était pas connu par ce peuple célèbre. Quant à moi, je ne partage pas leur opinion, et voici sur quoi je me fonde : Pline , en parlant de la cbarrue des chrétiens , dit que son contre, cult€r(2), avait la forme d'une bêche. Dans un autre passage, il s*explique plus clairement encore : « Il y a plusieurs genres de socs , ditil ; l'un , appelé contre , porte un tranchant qui , ouvrant la terre avant qu*elle soit déchirée , trace la limite que les sillons doivent suivre, tandis que le soc coupe la terre horizontalement (3). )) Il me semble que ce passage , appuyé de la figure d'une cbarrue romaine , publiée par Caylus , dans laquelle figure un coulre courbe fort long , placé fort en avant du soc , doit fournir des preuves suffisantes pour établir que cette partie de la charrue était connue par les Romains. Du reste, nous en avons dit assez sur cette matière peu

importante.

Dans cette esquisse rapide , nous avons montré comment les instrumens aratoires sont parvenus à un certain degré de perfection , que nos aïeux n'ont guère dépassé , du moins jusqu'au règne de Henri IV, car ce n'est guère que du règne de ce monarque que

(i) Recueil d'Antiquités, t. v , pi. 83 , n" 6.

(S) Les Latins appelaient le soc vomtr ou vomis et quelquefois rostrum lorsqu^il était âlongé.

(3) Vomeram plura gênera : culler vocatur, prosdensam, priusquam proscindalur, tcrram secans, futuris sulcis \estigia pracscribens, incisuris quas resupinus in arando modérât vonier.

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Ton peut dater les progrès (depuis devenus si rapides) de l'agriculture française. Quelques parties de TEurope sont absolument restées stationnaires , et en Espagne même , malgré la conquête des Maures , qui a sous quelques rapports tant influé sur la civilisation des vaincus , on retrouve encore la charrue chantée par Virgile, absolument -comme ce poète nous Ta décrite : depuis près de deux mille ans , on n'y a pas changé une cheville- Il y a plus , si j'avais voulu charger mon ouvrage de planches inutiles , j'aurais pu montrer des instrumens, de charrues entre autres, encore en usage dans plusieurs parties de l'Europe et dans l'Inde , qui sont bien loin d'avoir atteint le degré de perfection qu'avaient les instrumens aratoires de Rome et de la Grèce dans le temps de Pline.

Comme nous l'avons dit plus haut , ce n'est guère que sous le ministère de Sully que Ton commença à protéger l'agriculture d'une manière efficace, et ce n'est qu'à dater de là que les hommes puissans n'ont pas dédaigné de s'en occuper sérieusement.

Depuis Un siècle environ , elle a pris un nouvel essor qui semble encore redoubler dans le dix-neuvième siècle. Tous les hommes philantropiques tournent leurs vues de ce côté. Des savans du premier ordre ont consacré leurs veilles et leurs talens à perfectionner l'agriculture, à éclairer sa pratique, par une heureuse application des sciences naturelles et mathématiques.

Les hommes les plus éclairés et les plus influens , dans presque tous les départemens , se sont réunis en sociétés agronomiques , afin de se communiquer les lumières qu'ils recevaient d'autres provinces ou celles

qui étaient le fruit de leurs propres travaux^ et de les répandre sur tout le sol de la France. Les gourernemens qui se sont succédé ont aussi protégé plus ou moins Tagi^culture, et cependant ses progrès sont loin d^étre aussi rapides , aussi satisfaisans qu'on avait lieu de s*y attendre. Nous allons en expliquer une des principales causes :

Le premier objet a considérer, toutes les fois que Ton tente une amélioration en agriculture, c'est Féconomie de temps et de bras , unie à la perfection du travail. Or, ces conditions ne peuvent se trouver que dans le perfectionnement des instrumens et des machines aratoires.

C'est aussi là ce qui a le plus occupé le génie de nos grands cultivateurs et de nos mécaniciens les pi us habiles. Nous devons dire, pour leur rendre toute la justice qu ils méritent , qu'ils ont atteint la perfection dans quelques-uns de leurs instrumens , et qu'ils semblent bien près de l'atteindre dans beaucoup d'autres. 11 n'est pas une personne instruite qui puisse metti^e en doute l'énorme économie de bras, Timmense bénéfice qui en résulterait, si leurs inventions, aussi utiles qu'ingénieuses, étaiçnt répandues dans toute la France, si leurs machines nouvelles ou perfectionnées étaient d'un usage général.

Mais il s'en faut de beaucoup que nous en soyons là. Les découvertes les plus utiles restent souvent inconnues aux provinces éloignées , ayant peu de communications avec la capitale , surtout à celles qui ne possèdent pas de société d'agriculture , ou qui ont peu de grands propriétaires s'occupant eux-mêmes de l'exploitation de leurs domaines.

Une découverte de la plus haute utilité , un perfec-

tioitfiementd'mstrumens, ne peuvent acquérir quelque publicîtë que par la voie des journaux, ou par les mémoires de nos savans agronomes. Mais les descriptions qu'on y trouve sont toujours incomplètes et inutiles , quelque bien Eûtes qu elles soient, car en ne parlant qu à Tesprit on ne pai*viendra jamais à donner une idée assez précise d^une machine pour que le lecteur en puisse comprendre j;oute Futilité. Sur ce point important il sera obligé de s*en rapporter aveuglément au jugement d'un journaliste, ou d'un autre écrivain qui est ordinairement Tinventeur lui-même , et Ton ne sait que trop , par expérience , que ces jugemens sont toujours exagérés, et quelquefois entièrement faux.

Il existait un moyen unique de rendre ces découvertes éminemment utiles aux progrès de Vagriculture f c'était de les réunir en un faisceau , de les publier en masse , de joindre de bonnes gravures à des descriptions concises , bien rédigées , et surtout d'en faire un ouvrage spécial et complet , dont le prix fut à la portée de tous les propriétaires cultivateurs et permit à Touvrage de se répandre jusque dans le& bi* bliotbèques les plus modestes. Cette tâche était difficile , cependant j'ai eu le courage de l'entreprendre, et plusieurs années de recherches et de travaux m'ont mis en état de l'achever. Le public jugera de la manière dont j'ai atteint mon but.

J'ai moi-même dessiné et gravé , presque toujours d'après nature , plus de six cents instrumens aratoires , tous en usage ^ et dont beaucoup sont nouveaux ou perfectionnés. Une grande partie de mes modèles d'instrumens d'agriculture , et principalement de mes chwrucs , ont été choisis dans les ateliers de M. Caw-

BRAY, membre de Tacadémie agricole , manufacturière et commerciale , de Paris, et de plusieurs autres sociétés savantes. Cet habile mécanicien, dont la réputation est aussi grande que bien méritée , nonseulement a eu la complaisance de me choisir les modèles les plus parfaits, mais encore de m^aider de ses conseils et de ses lumières. Je puis en dire autant de MM. Arnheiter et Petit, membres de la société d*horticulture de Paris , mécaniciens de son Altesse Royale le duc d'Orléans , qui m'ont fourni la plus grande partie des instrumens nouveaux ou perfectionnés en usage pour l'horticulture. J'ajouterai que j'ai mis l'exactitude la plus scrupuleuse à rendre, dans des proportions calculées sur la même échelle, jusqu'aux plus petits détails de mes dessins.

Afin de ne pas trop retarder la publication de ce volume , je me suis quelquefois fait aider dans la gravure par M. Alfred Lecoq, jeune artiste plein de mérite , mais en le faisant toujours travailler avec moi et sous mes jeux. Je puis donc affirmer que toute l'exactitude de mes dessins a été transportée par lui ou par moi sur le cuivre des gravures , et que , par conséquent, mes planches sont d'une fidélité rigoureuse, chose fort rare dans ce genre d'ouvrage.

L'agriculture, en ce qui concerne la fabrication et le perfectionnement des instrumens oratoires, fait des pi'ogrès si rapides depuis quelques mois , que cet ouvrage, très-complet aujourd'hui , cesserait bientôt de l'être si je n'avais pris le parti de publier chaque année un ou deux supplémens , dans lesquels seront figurés et décrits tous les instrumens aratoires nouveaux, ou qui viendront à ma connaissance.

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