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Les instruments en pierre a l'époque des métaux

Lorsque les découvertes relatives aux époques préhistoriques furent parfaitement étudiées, les archéologues de tous les pays se prononcèrent avec l’autorité d’une science éprouvée, reconnue, et affirmèrent l’existence des âges de la pierre. Les gisements les plus auihentiques servirent à caractériser les diverses époques ; les instruments isolés, disséminés, furent naturellement atlribués à leurs époques respectives sans égard pour les milieux dans lesquels ils avaient été rencontrés. Ils étaient restitués à l’industrie dont ils ressortissaient, comme on rend à la période romaine les médailles des Empereurs trouvées dans la monnaie courante des nations modernes. En effet, ces instruments dispersés partout ne réunissaient aucune des conditions nécessaires pour les rattacher à la civilisation avec laquelle ils se trouvaient en contact. Leur présence s’expliquait aisément par le concours de ces milliers de circonstances, qui avaient dû nécessairement se produire dans le cours des siècles.

L’industrie de la pierre imposée par la triomphante démonstration des faits, admise par les savants, chaque jour enrichie par de nouvelles découvertes, planait dans une région calme qui ne connaissait point de discussions sur les points essentiels. Les époques de la pierre partageaient le temps, comme les autres périodes archéologiques anciennement adoptées et reconnaissaient des limites déterminées, généralement admises. Effectivement, l’industrie lithique termine ses évolutions à l’apparition du bronze, et, les monuments de la transition, nous présentent un mélange où la pierre et le bronze sont associés et ne laissent plus à l’élément néolithique, qu’un rôle amoindri et sans importance. Alors, non-seulement le travail de la pierre ne fait plus de progrès, comme dans la période néolithique, mais il disparait sensiblement. L’industrie de la pierre est simplement alors une réminiscence et dès le premier âge du fer, dans les splendeurs de l’industrie gauloise, les centres habités, les sépultures si abondantes en produits contemporains, ignorent la pierre comme matière utilisée par le travail humain. Le métal est exclusivement employé. Les

instruments en silex sont souvent alors comme des témoins muets, inconscients; d’autre fois comme des objets de curiosité, le plus ordinairement ils assistent avec passivité aux développements des industries des temps historiques. Ils apparaissent comme les résultats fortuits de l’action capricieuse des forces multiples qui s’exercent dans leur voisinage.

Les âges de la pierre étaient séparés des autres époques par les faits, par les enseignements de la science archéologique puissamment fortifiée par le double concours de la géologie et de la paléontologie.

Cependant, dans ces derniers temps, en 1874, un archéologue avança; qu’à une époque relativement récente, c’est-à-dire à l’époque mérovingienne, au V® siècle, on devait connaître et pratiquer encore l’art de tailler le silex ^ L’industrie de la pierre aurait pénétré parmi les populations franques, sans laisser toutefois la moindre trace de ses pas sur la route qu’elle avait parcourue, pour arriver jusqu’à elles.

Voici à quelle occasion M. Millescamps insinua d’abord devant la société d’anthropologie de Paris, que la pratique de la taille du silex était encore usitée sur certains points de la Gaule, à l’époque mérovingienne.

M. Frédéric Moreau entreprit, en 1873, les fouilles si fécondes de Garanda ; il continua avec un rare succès ses persévérantes recherches dans la contrée voisine. Les travaux qui avaient primitivement pour objet des sépultures gauloises, romaines et franques, réunies dans un même champ, amenèrent au jour une quantité de silex ouvrés, de lames et d’éclats qui furent soigneusement recueillis. Le zélé explorateur ne préconisa aucune interprétation. Il s'abstint de tout jugement personnel. Il se bornait à conserver les fruits précieux de ses découvertes pour les études, en attendant que la science bien renseignée prononçât son verdict. Cependant, les intéressantes découvertes de Caranda attiraient l’attention des archéologues. M. Millescamps, dans la séance du 18 juin 1874, entretint la Société d’anthropologie de Paris, de la présence des silex dans les sépultures franques de Garanda. Le nombre des pierres travaillées était considérable. La quantité de silex paraît néanmoins avoir été exagérée dans la première mention. L’auteur se résuma ainsi dans le principe : « La seule conclu-

1. Millescamps. Le cimetière de Caranda. Bull, de la Soc. d’Anthrop. de Paris, 1874, p. 513.

A l’ EPOQUE DES MÉTAUX

« sion à tirer, est que ces silex ont été jetés ou, pour parler « plus exactement, semés intentionnellement dans les tom- « bes ‘. » Enfin, tout en paraissant réserver pour l’avenir les conclusions pratiques, l’auteur de la communication concluait que l’examen du contenu des tombes de Garanda, était de nature à faire descendre jusqu’aux mérovingiens, c’est-à-dire beaucoup plus bas qu’on ne l’admet généralement, l’époque de la coexistence de l’usagé des instruments de pierre avec ceux de bronze et de fer. Puis, pour préciser, deux points principaux furent signalés à rattention des archéologues. Le caractère votif des silex intentionnellement répandus dans les tombes. 2*^ La pratique de la taille du silex encore usitée sur certains points de la Gaule à l’époque mérovingienne. Cette seconde proposition n’était avancée que sous la garde de nombreuses réserves.

Dans une séance tenue le 4 février 1875, M. de Mortillet combattit les propositions émises précédemment. « Notre « collègue, M. Millescamps, dit-il, le premier qui vous a « signalé ce fait est disposé à en conclure qu’à l’époque fran- « que, qu’à l’époque mérovingienne on taillait encore le silex, « je ne suis pas du tout de son avis ^ » Cette assertion était motivée par des raisons qui conservent encore aujourd’hui toutes leurs forces démonstratives.

A peu près vers la même époque, le 10 février 1875, M. Quiclierat, interprète de M. Frédéric Moreau, présenta à la Société des Antiquaires de France des instruments en silex provenant de Garanda. J’assistais à la séance et je fis une observation dans le but d'établir que les découvertes de Garanda n’autorisaient nullement à nier l’existence de l’époque où l’homme se servait exclusivement de pierre. Les motifs de mon assertion ont été consignés dans le Bulletin de la Société des Antiquaires et n’ont point été repoussés.

Bientôt, le 4 mars 1875, M. Millescamps revint à la charge pour atténuer les objections présentées par M. de Mortillet ; sa conclusion identique à celle de sa précédente communication, a été conçue dans les termes suivants : « Aujourd’hui comme « alors, je pense que les silex taillés recueillis dans les cime- « tières mérovingiens autorisent à supposer que l’usage et la

1, Bull. Soc. d’anthrop. de Paris, 1874, p. 512.

2. Extrait des Bulletins de la Société d’anthropologie de Paris, séance du 4 février 1875.

« taille des instruments de pierre ont persisté en Gaule tout (( au moins pendant les premiers siècles qui ont suivi l’inva- « sion des Francs*. »

La question s’accentuait de plus en plus, en présence des difficultés. Le sujet ne manquait pas d’intérêt. Nous possédions de nombreux éléments de solution puisés dans les stations néolithiques que nous avions explorées et dans les nécropoles franques que nous avions découvertes ; il nous parut utile de présenter aux réunions des sociétés savantes de la Sorbonne un mémoire ayant pour titre : Les instruments en silex mélangés aux 'produits de V industrie franque. Le mémoire donna lieu à de sérieux débats et les opinions restèrent parta-, gées. Le partage était toutefois très-inégal. Les archéologues étrangers à l’étude des époques préhistoriques, accueillirent surtout avec une faveur particulière l’idée de prolonger la durée de l’industrie de la pierre, jusqu’à l’invasion des Francs.

Plus récemment, dans la séance de la Société d’anthropologie de Paris, tenue le 17 décembre 1879, M. Millescamps ramena la question au sujet de deux silex trouvés à Flermes (Oise) dans une sépulture mérovingienne. Ces deux silex lui parurent dignes d’être remarqués comme coopérant à la même démonstration que les vingt mille silex préconisés en 1874. Les conjectures dont ces silex furent le prétexte se résument principalement dans les lignes suivantes : « Aujourd’hui plus « que jamais nous pensons que les instruments en silex « étaient encore en usage à l’époque mérovingienne et que, se « servant de la pierre, les Francs savaient la tailler et fappro- (( prier à leurs besoins h » Malgré les atténuations qui suivaient, c’est là le dernier jugement formulé par M. Millescamps.

Des constatations nombreuses faites dans les hypogées de la pierre polie et dans les nécropoles franques ne permettent pas de partager l’opinion qui reconnaît l’existence et la pratique de l’industrie de la pierre à l’époque franque.

Nous avons saisi l’occasion présentée par le Congrès pour l’avancement des sciences tenu dernièrement à Reims, pour parler de X Existence indépendante et de la durée de Tindustrie néolithique proprement dite. Nos conclusions limitaient selon

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