Bull, de la Soc. d’antlirop. de Paris, 1875, p
2. Millescamps. Silex taillés et emmanchés de l’époque mérovingienne. 1880, p. 7.
A l'Époque des métaux
les plus solides preuves Tâge de la pierre par l’industrie du bronze. Nos propositions ont été applaudies. Néanmoins, il nous a paru nécessaire de porter la question devant notre Congrès international, car jusqu’à ce jour, elle n’a pas eu de retentissement devant ces grandes assises de l’archéologie préhistorique. Nous avons besoin d’une décision puissamment autorisée. La marche des études est entravée, par les assertions insuffisamment établies par les partisans de la prolongation de l’industrie néolithique dans les temps modernes. Les conséquences logiques de l’existence des âges de la pierre sont atténuées ou suspendues, la vulgarisation des connaissances préhistoriques est sérieusement empêchée et certainement ajournée. En un mot, le résultat scientifique n’est pas atteint parmi les masses. Il s’agit donc de conserver par l’influence d’une science solide et loyale, le terrain laborieusement conquis et d’arrêter un mouvement rétrograde peu autorisé.
Les silex travaillés, retaillés, ont été trouvés dans quelques nécropoles franques du même groupe, à Garanda, à Sablonnière, à Sainte-Restitute, etc..., autant de localités situées dans le même rayon. La moyenne des silex, est huit par sépulture. Leur présence est un fait patent qui n’admet pas de discussion. Mais ces silex, mélangés à des instruments en fer, ont-ils une origine franque comme les tombes qui les renfermaient dans leur périmètre ?
Dans le nombre des silex retaillés de Garanda, il en est qui proviennent d’une allée-couverte oii ils accompagnaient des ossements humains. Les objets funéraires étaient exclusivement en silex. Il est évident qu’ils appartiennent à l’industrie ^ néolithique. Une autre catégorie considérable contient un nombre très-grand de silex d’un travail grossier. Les altérations du silex, les marques d’oxyde de fer, les cryptogames adhérents à leurs surfaces révèlent un long stationnement sur la terre. Ges objets qui, du reste, ne sauraient constituer une industrie ressemblent aux instruments des âges de la pierre qui ont été longtemps exposés à l’influence du temps sur la surface du sol. Il n’y a point de raison pour les considérer comme fabriqués à l’époque franque ; mais il faut admettre qu’ils ont été ramassés alors. Ges lames imparfaites, brisées, ces éclats grossièrement ébauchés sont évidemment les restes abandonnés dans un atelier de l’âge de la pierre. L’admission d’un atelier devient une nécessité lorsqu’on examine la multitude des éclats, des objets imparfaits, des nucléus et des per-
cuteurs. Les ateliers reconnus ne se caractérisent pas autrement.
Une troisième catégorie se compose d’objets en silex soigneusement travaillés. En les comparant avec l’outillage néolithique, la ressemblance est très-frappante. Nous donnons ici le dessin d’une flèche du dolmen de Garanda en parallèle avec une flèche provenant du cimetière franc de Sablonnière. On remarque les mêmes formes, l’aspect est identique. Personne n’a songé à contester l’origine préhistorique du dolmen de Garanda. Les flèches du cimetière franc sont l’œuvre du peuple qui a construit l’allée-couverte. Gomment supposer qu’une industrie pratiquée par un peuple complètement étranger aux tribus néolithiques, aurait pu réussir des formes si ressemblantes et adopter des instruments tellement disparates dans son industrie propre ? Ge n’est pas seulement à Garanda que les flèches trouvées dans les sépultures franques affectent une grande ressemblance avec les mêmes instruments remontant à l’époque de la pierre polie. Dans une nécropole franque située à Oyes, nous avons visité deux mille tombes et nous y avons trouvé une seule flèche dont le type est le même que celui de l’atelier de la Vieille-Andecy, situé environ à quatre kilomètres. Ge ne sont pas seulement les flèches provenant des tombes mérovingiennes, qui offrent des traits de ressemblance avec les mêmes projectiles rencontrés dans les stations néolithiques. Nous avons un grattoir discoïdaj. trouvé à Oyes (Marne) dans une tombe franque ; il présente la plus grande similitude avec un instrument de même nom trouvé dans l’atelier de la Vieille-Andecy. Ges instruments, pourvus de nombreuses retailles, dépendent certainement de la même industrie.
Gomment expliquer la présence des instruments en pierre dans les tombes franques? Pour les objets grossiers, pour les ébauches et les instruments brisés, il n’y a là qu’un pur accident. Dès les premiers moments de la découverte de Garanda, M. l’abbé Bourgeois, dans un entretien particulier, me déclara que la présence des silex était accidentelle, et il ajoutait avec ce calme éclairé qui le distinguait : Je connais certaines localités dans les environs de Pont-Levoy où il serait impossible d’ouvrir une fosse et de la refermer sans enfouir un nombre plus considérable encore de silex. M. l’abbé Bourgeois avant que la question ait atteint l’importance qu’elle revêt aujourd’hui, n’hésitait pas à considérer les silex dont il est question, comme de provenance néolithique. Plusieurs d’entre vous ont
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visité l’atelier de Spiennes, lors du Congrès de Bruxelles en 1872. La jonchée de silex plus ou moins travaillés qu’ils ont foulés aux pieds, permettait-elle de pratiquer la moindre excavation sans J précipiter une quantité énorme de ces silex ? La présence de ces pierres est donc accidentelle. On ne voit pas du reste pourquoi on aurait déposé des objets ébauchés, informes, dans une tombe. Souvent les silex portent des traces d’oxyde de fer qui proviennent du passage des instruments aratoires. Les taches ferrugineuses, attribuables au contact des objets en fer, des tombes sont faciles à distinguer, elles s’étendent et ne laissent pas les marques d’érosion dues à un frottement énergique. La disposition des silex dans les tombes aurait été plus méthodique si elle avait été intentionnelle. I^e désordre des objets en silex s’explique mal avec les positions régulières, fixes, habituelles aux objets francs. Pourquoi ces dispositions disparates ? Peut-on les attribuer à la même main? En examinant une tombe franque à Férebrianges (Marne), nous avons remarqué un grattoir, sis entre le squelette et le niveau du sol, mais sans rapport avec le corps. Il était là accidentellement, car le sol dans la contrée recèle des instruments néolithiques. Les silex qui avaient un emploi à l’époque franque occupaient une place en contact avec le corps. Témoin le briquet dont nous donnons deux spécimens provenant de la nécropole franque d’Oyes. Le briquet n’était cependant même pas un écho fidèle de l’industrie de la pierre. Au contraire les silex sont, pour nous servir de l’expression même des partisans de l’industrie de la pierre à l’époque franque, jetés ou pour parler plus exactement semés intentionnellement dans les tombes b Ce désordre sera difficilement admis comme un résultat prévu et intentionnel. Nous l’avons déjà insinué, il n’y avait pas de raisons pour déposer des objets incomplets, à peine ébauchés.
Hâtons-nous maintenant de parler de la catégorie des objets soigneusement retaillés qui provoquent l’attention par la perfection du travail. Ces instruments en pierre ont été probablement déposés volontairement et on peut leur reconnaître un caractère votif. Les remarques qui ont été faites par tous les archéologues dans les contrées où les âges de la pierre ont été trouvés, établissent que les silex ouvrés ont été l’objet d’une grande attention et de croyances superstitieuses. Les Francs partageaient ces idées et attribuaient ainsi à ces pierres mys-