acte premier ii
Robert.
Je me demande où tu vas chercher tout cela. Je te dis que ton ami George m'ennuie et rien d'autre.
Mon ami George ! Q ui te dit qu'il soit mon ami? Je le défends contre ton parti-pris. Tu ne le supportes pas parce qu'il a du talent.
Robert.
Ah ! non, c'est parce qu'il n'en a pas.
Marthe.
Parce qu'il n'en a pas ? C'est le seul d'entre vous tous qui ait quelque chance de réussir ; ses livres se vendent!
Robert.
Des brochures ! Auxquelles il fait souscrire de nombreux amis. En réalité, sa redingote de docteur ès-lettres cache une àme de commisvoyageur.
Marthe.
Oui, tu finiras, comme toujours, par prouver qu'il n'y a que deux êtres intéressants au monde pour le moment, deux génies ! M. Raph et toi :
Raph, un peintre dont on ne voit aucun tableau, toi un écrivain qui doit encore écrire! Les autres, ce sont des crétins, des bourgeois, parce qu'ils gagnent de l'argent et parce qu'ils ont du succès.
Robert.
Gagner de l'argent n'a jamais été une preuve de talent.
Marthe.
Ce n'est pas une preuve de bêtise non plus.
Oh ! non, bien sûr!
Marthe.
C'est en tout cas plus intelligent que de mourir de faim sous prétexte d'idéal (arec ironie), d'art pur.
Robert.
.le n'en sais rien. Connais-tu la belle Odetto?
Marthe.
Qu'est-ce que c'est la belle Odetto?
Robert.
C'est une Espagnole de Paris, une danseuse