‹ Les intellectuels; pièce en trois actesChapitre 3 sur 92 · ACTE PREMIER l · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER l

étoile, dont on voit le portrait partout... En carte postale, comme réclame de parfumerie, au fond des boîtes à cigarettes. C'est une femme très intelligente, car elle a du succès et elle gagne beaucoup d'argent. Enormément même! tant, qu'elle porte des diamants jusqu'aux jarretières !

Marthe.

Je me demande. . ?

Robert.

Une femme, autrement intelligente que celles qui sacrifient leur jeunesse, leur beauté, toute leur vie, pour soigner un mari et élever des enfants... {Imitant le ton de M.\RTHE.) Sous prétexte d'idéal, de vie pure et honnête.

Va-t'en tenir des discours semblables là où tu passes tes nuits. Moi, je n'ai pas besoin de les entendre.

Robert.

Mais, ma très chère sœur, c'est l'équivalent de ce que tu me disais tantôt. L'artiste et la femme ont chacun de la beauté à vendre ou à donner. Ce n'est pas une question de morale ! Mais toute une tradition de goût, de délicatesse,

de fierté et même de pudeur! La pudeur féminine, tu l'aimes, parce que tu la comprends; la nôtre, tu la méprises, parce que tu ne la comprends pas, ou parce que tu ne veux pas la com.prendre.

Marthe.

Je méprise! Qu'est-ce que je méprise?

Robert.

Mais oui ! Tu méprises l'obscurité de ce bon Raph. par exemple, comme une cocotte méprise l'abandon d'une vieille fille. Les artistes ratés sont peut-être à la gloire ce que les vieilles filles sont à l'amour!

(Marthe se dirige vers un des pupitres en haussant les épaules.)

Marthe.

Si tu .crois que je vais perdre mon temps à réfuter tes paradoxes ! J'ai des occupations plus importantes.

{Elle s'assied se disposant à écrire, feuillette les registres, les correspondances, etc.)

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