‹ Les intellectuels; pièce en trois actesChapitre 23 sur 92 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

range, je ne pourrai faire les choses grandement, — j'ai des fonds engagés un peu partout.

George.

Vous disiez une héritière?

Fabel.

Oui, plus tard, si tout continue à bien marcher, mais pour le moment il me sera impossible de toucher à mon capital. Si je rassemble une dizaine de mille francs ce sera beaucoup ; c'est d'ailleurs une jolie somme pour entrer en ménage. Dans mon temps on avait le trousseau et la batterie de cuisine.

George.

Nous en recauserons quand la décision sera prise, mais sérieusement, vous méprisez trop la littérature pour souhaiter que je m'écrie comme un jeune premier rôle : — Oh ! pas de questions d'argent ici ! Ne ternissons point nos sentiments si purs ! — C'est romantique, ridicule et pas pratique; or moi je suis un homme pratique, vous aussi Monsieur Fabel!

Fabel (inquiet).

Moi aussi oui, pratique, pratique.

5o LES INTELLECTUELS

George.

Donc ne considérons que les faits, rien que les faits. Si je vous demande Marthe, c'est pour la rendre heureuse; pour y arriver, il me faut les moyens.

FxVBEL.

Ta situation, tes espérances?

George.

Tout cela est bon, mais me marier avec elles comme seules ressources, ce serait compromettre mon avenir et celui de votre tille; franchement, malgré la douleur que j'éprouverais de devoir renoncer à mon rêve, je n'y tiens pas!

Fabel.

Mais enfin...

George.

N'en parlons plus [un silence; il regarde r heure). Comment, déjà onze heures, il est temps que je parte. (Faisant mine de s'en aller.) Mon cher monsieur Fabel, je crois qu'il serait préférable de reprendre notre conversation une autre fois. Quand nous serons dans un état d'esprit plus calme.

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