ACTE PREMIER 6ï
Olga.
Tu ris, tu ris, tu as l'air de rire! Oserais-tu soutenir qu'il soit possible de peindre une symphonie de couleurs, sans connaître son solfège à fond ?
Raph.
Je n'ai jamais songé à peindre avec mes oreilles.
Robert.
Cette idée-là ne pourrait venir qu'à un âne.
Raph.
Puis, je n'aime pas cette confusion des genres. Quand je peins, j'essaye de faire de la peinture et c'est tout.
James.
Mais tu écris cependant.
Raph.
Oui, mais je fais de cela deux choses bien distinctes, je te l'assure.
Celui dont l'esprit n'est pas excessivement
cultiré ne sera toujours qu'un ouvrier, jamais un artiste.
Raph.
N'appelles-tu pas un esprit cultivé, un esprit façonné d'après la dernière théorie admise? Un esprit bourré d'opinions et de citations à la mode dans le médiocre milieu des cénacles, des cabarets, où se créent les revues d'art, mesquines et éphémères !
Robert.
Un esprit dernier salon !
Raph.
Puis, en quoi le titre d'artiste est-il préférable à l'autre? Celui d'artiste me répugne, surtout depuis qu'il semble être devenu propre à je ne sais quelle race d'imitateurs, de charlatans et de saltimbanques.
Robe HT.
Bravo! voilà que tu t'emballes à ton tour. Mais tu as raison, les peintres du moyen âge s'appelaient eux-mêmes des artisans.