ACTE DEUXIEME
Marthe.
C'est très malheureux. Mais enfin c'est ainsi. On ne peut rien contre le destin et chacun porte sa souffrance.
Fabel.
Les uns ont de petites peines, les autres de grandes douleurs.
Marthe.
Ne te tourmente donc pas ainsi ; tu es venu avec nous à la campagne pour te reposer, pour reprendre des forces et du calme et voilà que la moindre chose t'agite. Je ne t'ai jamais connu si inquiet, si impressionnable.
Fabel.
Je me fais vieux, Marthe, et je pense souvent à lui. Trois mois sans nouvelles !
Marthe.
Bon! je t'attendais là. Rends-toi malade pour ton bon fils, qui ne se donne même pas la peine de s'informer de nous.
Fabel.
Où est-il, où peut-il être? Sa dernière lettre datait de l'Amérique. Il est peut-être malade et pauvre comme son ami Raph. Car c'était son ami, Marthe, son seul ami. Songe un peu s'il avait péri dans quelque naufrage.
Marthe.
Va! va ! la mauvaise herbe ne périt point.
Fabel.
Oh! Marthe, ne parle pas ainsi. Non, c'est mal. Si je n'étais pas certain que c'est pour me rassurer que tu dis cela, je t'en voudrais. C'est ton frère, il faut le retenir!
Marthe.
Il finira par être un martyr et moi un monstre sans cœur.
Fabel.
Non ! non ! Mais il y a des choses que tu ignores. Tu es jeune, tu n'as jamais souffert, on n'a jamais rien eu à te pardonner, voilà pourquoi le pardon te semble injuste.