ACTE DEUXIÈME
peindre quand même, j'ai recherché un autre coin. Dieu du ciel! Ils sont bondés les bois! Bondés de peintres abrités sous leurs parasols. Ils ressemblent à des champignons énormes éclos d'une façon insolite et soudaine sur le dos de la nature! Et ils brossent, ils brossent! Il y a des dames aussi, de vieilles miss, laides à faire de l'Alpinisme, et des jeunes tilles mal coiffées comme moi. Je commence à avoir nettement l'impression que ce sont ceux qui ignorent toute peinture qui sont les êtres extraordinaires.
Fabel.
Bon ! si Robert t'entendait, il aurait du plaisir.
Robert, n'y a-t-il toujours pas de nouvelles de lui? {Sur un geste négatif de Fabel.) Non ! En voilà encore un qui n'était bon qu'à contrarier son monde! Mais enfin revenons âmes malheurs. Savez- vous ce qui m'est arrivé de plus ennuyant? C'est qu'à la fin je me suis installée à mon tour devant un coin de la bruvère.
Fabel Et tu as brossé?
Olga.
Pas longtemps ! Je me suis tout de suite arrêtée. La bruyère est immense par là, bien que cela ne fasse que quelques taches de couleur : du gris très fin, du vert sombre avec çà et là une touche d'un mauve ardent. C'est ce que l'on voit! Mais ce que l'on devine : la majesté de la solitude, de l'espace, l'àme de ce paysage, comment la faire sentir, la faire transpirer! Je me suis soudain aperçue de mon impuissance, de l'inutilité de mon effort, de la puérilité de mon attirail compliqué de paysagiste, mon chevalet perfectionné, ma boîte de couleurs remplie de matières fines et sans danger ! Me voilà bien dégoûtée de la peinture.
Fabel.
Et tu crois que c'est ton bas qui t'a fait cela?
Olga.
Certainement! Et il y en aura encore; ce n'est pas fini. Je suis comme une bête qui sent l'approche de l'orage. Quelque chose va me tomber dessus, je le sais, je le sens ! Déjà le pistolet de ce bandit qu'on nomme la guigne, est braqué sur nous.