‹ Les intellectuels; pièce en trois actesChapitre 80 sur 92 · ACTE TROISIÈME l · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME l

Puis il a beaucoup travaillé pendant ton absence ! Le succès est venu d'abord; à présent, c'est presque la gloire. Surtout depuis son dernier livre.

Robert {songeant).

Tu as raison, je n'ai pas le caractère assez parfait pour ainsi juger les autres. C'est drôle ! On s'améliore bien un peu, mais au fond on reste toujours le même farceur.

Fabel.

Tu n'es pas un farceur, mais vivre à nous quatre en paix, quel rêve ! Tu sais, moi entre vous tous ; George, Marthe et toi ! Tu ferais de la littérature autant que tu veux.

Robert.

Bon ! Voilà que tu me permets de la littérature à présent.

Fabel.

De la littérature ou n'importe quoi. Je veux dire tout ce qui te plaira.

Que la vie est drôle et un peu puérile peut être. Me voici de nouveau assis sur ce divan où

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j'ai tant rêvé autrefois. Presque rien n'a changé; les mêmes affiches ornent les murs, le rayon habituel caresse ce buste; la bibliothèque, les pupitres ont l'air de ne pas avoir été bougés une fois. Les choses sont toujours ce qu'elles étaient et nous, nous sommes déjà méconnaissables ! Ah ! mon père, où est le temps où je te résistais? J'étais, — du moins je croyais être, — une force alors. Quelqu'un qui ne passerait pas inaperçu à travers la foule des humains ; quelqu'un qui ferait des œuvres, et surtout des actions prodigieuses ! Qu'ai-je fait? Des gestes, de petits gestes? J'ai vécu! J'ai lutté, j'ai vu un peu, j'ai aimé, et c'est tout.

Fabel.

C'est quelque chose.

Robert.

Sur ce divan j'ai rêvé d'aller à la conquête du monde ; me voici de retour, le divan est toujours le même et moi je suis usé et je n'ai rien conquis...

Fabel.

Usé! Tu commences à vivre, tu n'as pas trente ans.

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