INDEMNITÉS MENSUELLES AUX INTERPRÈTES
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Le décret impériiil de 1854 conserve l'uniforme déterminé en 1845, sauf les modifications suivantes :
Pantalon en drap bleu céleste, avec bande bleu de roi :1e 40 mil. de largeur.
Képi en drap bleu céleste, bandeau en velours noir.
Grande tenue : Frac en drap bleu de roi, collet et parements avec broderies du grade sur velours noir.
Pelilc tenue : Tunique.
(1) La ration de Tuurragcs n'est allouée t |uc lorsqus les besoins Ju service sur ^DL-ral, Ira obligent à <?trc monlt*.
X Interprètes auxiliaires, i oj-drc du Gouverneur
En 1854, un corps d'interprètes fut organisé pour Tarmée d'Orient. Il comprenait :
1 Interprète principal, 4 Interprètes de l'* classe, 8 Interprètes de 2"* classe. .
Ces Interprètes, presque tous recrutés aux Ambassades et dans les Consulats d'Orient, jouissaient de la solde et des indemnités déterminées pour leurs collègues de l'armée d'Algérie. L'uniforme et les insignes de grade étaient les mêmes.
Le Décret d'organisation annonçait qu'ils seraient licenciés, lorque leur concours ne serait plus nécessaire ; mais on leur accordait une indemnité d'entrée en campape, faveur dont n'ont jamais joui les Interprètes de Tarmée d'Algérie.
A la même époque, il fut question d'accorder une indemnité de cheval, de 500 francs, aux interprètes qui, jusqu'alors, s'étaient montés à leurs frais. Le maréchal Randon, gouverneur général, fit connaître au Ministre qu'il ne pensait pas que cette indemnité, une fois payée, fut suffisante pour permettre d'exiger que les interprètes fussent aussi bien montés que le comportait l'activité da service auquel le plus grand nombre d'entre eux était astreint. « L'interprète n'aurait obtenu, ainsi, qu'im seul cheval dans toute sa carrière ; la perte de sa monture, par un des nombreux accidents auxquels les chevaux sont
exposés dans un service actifs le replacerait dans la position où il se trouvait avant. » Le Gouvernement général regardait donc comme préférable, dans l'intérêt des interprètes et dans celui du service, de leur accorder un cheval de la remonte, qui serait affecté à l'emploi et resterait la propriété de l'État .
L'organisation du corps des interprètes, de 1854, était déjà un grand pas de fait ; néanmoins le gouvernement de l'Algérie ne se lassait pas de signaler ce qui restait à faire pour améliorer encore la position des interprètes.
« En 1855, Bresnier disait dans une note : — On est leoreux de constater les améliorations notables qui font îspcrer de plus grands résultats pour l'avenir. Les jeunes ûterprètes européens, surtout, entrent dans une voie de Pavail et de progrès où l'on ne saurait trop les engager
continuer à marcher.
On a remarqué chez eux une bonne volonté, dont on oit profiter, et au développement de laquelle est atbiché avenir moral du corps.
L'âge de la plupart des sujets, l'instruction première la'ils ont reçue, l'éducation de famille, le louable senti- L^nt d'émulation, sont autant de chances favorables qu'il rt tout naturel d'utiliser. . . »
1859. — « L'isolement de la position des interprètes, au rïieu de l'armée, leur exclusion de toute assimilation et m tous les avantages accordés aux corps dits d'employés militaires, éloignent de cette carrière ceux qu'une ambi-
tion avouable guide vers une position, sinon plus brillante, du moins plus tranchée.
Jadis les exigences de la conquête et de l'occupation avaient obligé à recevoir, dans le corps, des sujets dont rinstruction n'était pas toujours à la hauteur de leur position . Ces anciens agents, qui ont rendu et rendent encore d'utiles services, ne peuvent être employés généralement qu'aux fonctions les plus modestes ; mais leur expérience pratique, précieuse en plus d'un cas, permet d'en tirer un excellent parti. Leurs longs services et leur dévouement, en des jours difficiles, sont des titres respectables à la juste et continuelle bienveillance de Tadministration .
L'accroissement constant de nos relations avec les Arabes, pour la politique, l'administration, la justice et la civilisation, exige de plus en plus l'emploi de sujets ayant une connaissance et une pratique à peu près aussi complète de l'arabe que du français. Une différence totale existe entre l'arabe et tous les idiomes européens, et rien, dans notre éducation classique, ne peut nous aider à apprendre cette langue. Elle ne peut donc être complètemenr acquise que par une étude spéciale et de longues relations. La routine seule n'en donne qu'une connaissance inexacte et bornée. C'est pourquoi je désirerais que l'enseignement de l'arabe soit efficacement développé, et l'étude largement encouragée. L'insuffisance des moyens d'étude et des stimulants actuels explique la rareté des sujets.
Beaucoup de personnes, en Algérie, après de légères études et un séjour quelque peu prolongé, sont parvenues
à parler et comprendre nn peu Parabe. Par ane appréciation souvent plus bienveillante qu'éclairée, elles passent pour le savoir parfaitement y d'après l'assertion de ceux qui ignorent cette langue, et s'en rapportent à l'assurance que l'on déploie devant eux .
S'il est juste de tenir compte d'une connaissance utile, quoique incomplète, il serait inexact et dangereux d'en exagérer l'applicabilité, et de croire, par exemple, que tous ceux qui s'entretiennent avec des Arabes, dans des relations banales ou pour des affaires simples et connues d'avance, sont aptes, par cela même, à traiter d'importantes questions, débattre de graves intérêts, et faire comprendre, en arabe, nos idées administratives et civilisatrices. On pense souvent, aussi, que toute personne, déchiffrant tant bien que mal quelques lettres d'une écriture qui lui est familière, peut lire indistinctement tout manuscrit arabe. C'est ainsi que, jugeant sur des apparences quelquefois plus que légères, on a, sans nul examen, fondé de nombreuses et brillantes réputations, et laissé croire que la connaissance et la pratique de T arabe sont complètes et presque générales chez les Français en Algérie .
On peut dire, avec vérité, qu'un assez grand nombre de
personnes, de toutes conditions, parlent arabe pour leurs
besoins familiers ou leurs relations ordinaires; mais on
compte encore, en Algérie, ceux qui peuvent appliquer
%ux affaires l'arabe aussi bien que le français.
En présence de ces faits, que l'expérience personnelle i démontrés, il est permis de reconnaître, pour le Tésent conune pour l'avenir, la nécessité rigoureuse ;*agents intermédiaires spéciaux.
Les interprètes particuliers de la politique, de la justice et de radministration, Texainen et la traduction des actes, des titres de propriété, etc . , ne peuvent être abandonnés à r insuffisance de la routine commune ; ils exigent et exigeront toujours des hommes connaissant et pratiquant assez bien l'arabe pour en faire l'instrument de toutes leurs facultés intellectuelles.
Le corps des interprètes militaires non-seulement doit renfermer les intermédiaires actuellement nécessaires aux besoins de Parmée, mais doit devenir aussi la pépinière où se développeront un bon nombre d'agents propres aux divers services judiciaires et civils. 11 a été jusqu'ici, et sera longtemps encore le seul centre et la seule école d'application de l'arabe à l'action du gouvernement en Algérie .
Les employés civils, qui ont obtenu la prime comme encouragement à des études réelles, mais non développées par l'expérience et par Ja pratique, ne peuvent, en général, rivaliser avec les interprètes militaires pour l'aptitude aux affaires indigènes.
Les interprètes militaires, quoique attachés exclusivement à l'armée, et partageant tous ses travaux et toutes ses fatigues, ont été, jusqu'à présent, regardés presque comme étrangers, et privés des avantages accordés aux divers employés militaires, officiers d'administration, médecins, etc. Il serait, ce me semble, de toute justice que, placés dans les mêmes conditions, ils fussent assindlés aux catégories précitées, et traités comme elles .
11 conviendra de signaler cet état anormal, qui détourne beaucoup de jeunes gens européens d'avenir d'entrer dans
le corps, n &at espérer que la bienveillance et Téquité du gouvernement le feront cesser, et que les interprètes de ramée ne seront pas moins favorablement traités que les antres corps militaires.
Le corps des interprètes, pour rendre tous les services que la politique et la civilisation en attendent, doit être exclusivement composé d'hommes spécialement et largement instruits, actifs, dignes et honorables sous tous les rapports.
C'est donc en élevant et honorant la position indispensable des interprètes, que Ton pourra l'empêcher de retomber, comme jadis, en des mains inhabiles, y attirer des sujets remplissant toutes les conditions désirables, et amener ainsi le corps au degré d'utilité politique, scientifique et moral qu'il doit atteindre.
Sous le patronage du Maréchal Randon, une Société historique algérienne était créée en 1856. C'est dans le sein du corps des Interprètes militaires qu'étaient recrutés la plupart des membres-fondateurs de cette compagnie savante. Tels étaient les Interprètes principaux de Slane et Schousboë, et leur jeune camarade Clerc, devenus les collaborateurs de Berbrugger et de Bresnier, dont les efforts tendaient à organiser, en Algérie, une institution analogue à celle de l'ancien Institut d'Egypte, pour recueillir et conserver tout ce qui se rapporte à l'histoire, h l'archéologie, à la langue du pays africain.
Le corps des Interprètes militaires fournit bientôt de
nombreux associés-correspondants à cette œuvre scientifique, et Berbrugger, qui en avait la présidence et la haute direction, écrivait un jour ce qui suit à propos du niveau intellectuel auquel étaient arrivés ses jeunes collaborateurs :
« 11 y a une très-grande différence entre Forientaliste, qui travaille à loisir dans un commode cabinet^ abrité du chaud et du froid, et l'interprète militaire, qui fait de la traduction orale ou écrite, sans livres, à cheval ou sous la tente, ou même sans tente, et exposé à toutes les rigueurs des saisons.
Rentrés à leur poste sédentaire (qui, pour beaucoup d'entre eux, est quelque localité éloignée des centres intellectuels, si rares encore en Algérie), quand les exigences du service quotidien leur laisseraient quelques loisirs pour l'étude, ils n'en pourraient guère profiter, en l'absence des moyens matériels d'acquérir cette instruction qu'on ne trouve que dans les livres.
Il est vrai qu'un grand avantage compense cet inconvénient ; car si l'interprète militaire, placé dans les circonstances que nous venons d'indiquer, peut difficilement perfectionner et accroître ses connaissances théoriques, il est à même de faire d'importantes études pratiques, qui seraient impossibles ailleurs.
La conséquence naturelle de ce qui précède parait être qu'il faut soumettre les interprètes de l'armé e à un roulement qui les fasse passer successivement d'une position à l'autre, afin que chacun ait, à son tour, l'occasion de cultiver,, sous leurs deux faces — pratique et théorie — les
connaissances spéciales requises dans leur difficile profession.
Cela est d'autant plus nécessaire^ qu'afin de les amener h un niveau intellectuel aussi élevé que possible, on leur demande, dans les examens, des connaissances, qui, à la rigueur, ne paraissent pas nécessaires à T exercice de leurs fonctions. U est donc juste qu'on les mette tous en position de pouvoir les acquérir. L'observation qui précède ne tend nullement à critiquer les exigences du programme imposé aux interprètes. Nous avons, plus que tout autre, des raisons d'applaudir à la sévérité des examens, en considérant l'amélioration qui en est résultée ; car nous lui devons d'avoir trouvé, dans l'honorable corps des interprètes de T armée, de nombreux et excellents collaborateurs pour la Revue Africaine ri). Et ce n'est pas le seul organe de publicité auquel profitent les labeurs et les lumières de ces jeunes gens, si bien placés, la plupart, pour étudier les faits africains aux sources originales et authentiques. »
La Sociélé Archéologique de Constantine comptait aussi lusieurs interprètes parmi ses membres .
Un décret du 24 juin 1858 ayant constitué un Ministère )écial pour l'Algérie et les Colonies, les interprètes miliires avaient été mis à la disposition de ce nouveau Mi-
(I) Journal des travaux de la Société historique algérienne.
nistère. Le paragraphe les concernant était conçu escj termes:
^ Les Interprètes dépendront du Ministère de rAl^n et des Colonies ; ils ont toujours eu un caractère ^nà civil que militaire, et leur recrutement ne peut être cçâ qnepar Tadministration centrale de T Algérie. »
CepeudaDt les Interprètes n'en continuaient pas wà il faire un service actif, et, en décembre 1859, le priiw Napoléon, appréciant les services rendus par ceux (t* tr'eux qui avaient pris part à l'expédition du Maroc, •: cordait une indemnité d'un mois de solde, à titre de rècitpense, aux Interprètes de tous grades.
Une indemnité analogue fut également donnée à cfla qui suivirent les expéditions de 1860 dans la KabySi Orientale.
Mais un nouveau décret du 12 août 1861, accueilli aT« la plus vive satisfaction par les interprètes qui tenaient il ne pas être séparés de l'armée, les replaça dans les attributions du Ministère de la guerre, qui bientôt soccui)aJi leur donner une nouvelle réorganisation .
DÉCRET IMPERIAL