VII. Notices diverses
VIII. De l'interprétation. Réflexions d*un magistrat algérien.
Nul n'ignore que toute institution nouvelle, ou à l'état d'essai, est exposée à des fluctuations inévitables. On comprendra donc que, subissant la loi commune, la constitution, en Algérie, d'un corps permanent d'interprètes, dont l'utilité se révéla au lend^^ main de la conquête, ait passé également par les phases progressives du provisoire à la Qxité. Sans anticiper sur l'historique
«posé plus loin, nous devons, dés à présent, en classer succino »nent les périodes.
Qoelqaes individaaiités de mérite et d'une intégrité reconnue mnposaient, au début, la brigade dite des Interprètes^ formée, b Paris, pour les besoins de Texpédition d'Alger, comme on raTait fait jadis pour celle d'Egypte. Après la prise de possession le la capitale barbaresque, plusieurs de ces interprètes étaient investis d'importantes fonctions administratives. Quant aux ftotres, ils se voyaient bientôt obligés de déserter la carrière et 96 retourner en France, tant les mécontentait l'adjonction, dans leurs rangs, à titre d'auxiliaires, d'individus, avec lesquels ils tenaient essentiellement, avec raison, pourrait-on dire, à ne pas fttre confondus. Ils laissèrent donc le champ libre à ces derniers. Dès-lors, et pendant plusieurs années, les fonctions si délicates d'interprète furent remplies, sauf quelques honorables axceptions, par des gens du pays, aux(|uels, il faut bien le reconnaître, aujourd'hui que nous jugeons froidement les choses du passé, il n'était guère possible de se fler, et qui, du reste, n'étaient pas en état de pouvoir traduire, sans des altérations dangereuses, résultant d'ignorance ou d'autres motifs moins reiBédiables encore, sur lesquels il est inutile d'insister. Les vives eritiques, à leur adresse, de quelques écrivains, qui ont publié l'histoire de la conquête, sont pleinement justifiées. Ce fut, pour le corps, la phase de décadence. Le service était mal fait, en gé- ; néral ; des erreurs graves, commises dans les actes, dans les cor- Tespondances, les traités, les proclamations ; enfin, notre dignité même risquait journellement d'être compromise. On peut dire, tus exagération, que le manque d'interprètes réunissant les conditions voulues n'est pas sans avoir contribué, durant ces premières années, à paralyser le développement de notre influence et de notre autorité parmi les populations indigènes. En effet, quel que soit le génie, le talent et les bonnes inten-
lions d'an chef en pays étranger, récemment conquis» il a beiMi d^iaslrumenis d'administration, et le premier, pent-étre, c*iii nn secrétaire-interprète, sur lequel il puisse compter, n buta chef un homme à lui, intelligent, réfléchi, sûr, expérimeati^ animé du sentiment national, possédant également bien les den langues, un homme zélé, actif, habitué à traiter avec le penfii du pays, et pouvant parler, rendre compte et écrire eiaclennl et fidélemenu
En 1840, une réforme sérieuse, dans le mode de recmlefliatt et de composition du corps des interprètes, fut enfln recomm indispensable, par suite des nombreuses plaintes contre TigniH rance et Tinconduite de certains des agents, alors en fonction. . A cette occasion, le groupe restreint d'interprètes, réellemeit dignes de ce titre, qui avaient eu la longanimité de ne point diserter la carrière, comme ravalent fait tant de leurs anciens etmarades, étaient invités à e&poser catégoriquement leurs grieb. La notice, quUls se hâtèrent de présenter, révéla une sitoatioi tellement intolérable, que le ministre, informé, ordonna aussitôt la réunion d'une commission, chargée d'élaborer des propositions de réforme et de régénération.
Les travaux consciencieux et équitables de cette commissioa eurent Theureux résultat de purger d*abord Tinstitution de ton» les éléments inaptes et indignes, et, avantage non moins précieux, de poser à ceux maintenus dans leurs fonctions, les premiers jalons de la voie respectable de science et de moralité, suivie jusqu'à ce jour, qui fait que le corps des interprètes occupe maintenant une position honorable et honorée dans les rangs de Tarmée.
Il suffira de lire, dans les biographies, qui sont comme des pages inéditesde nos annales algériennes, les noms des interprètes blessés ou tués sur le champ de bataille, faits prisonniers, massacrés, accomplissant des missions périlleuses ; de ceux cités à Tordre du jour, en raison de leur valeureuse conduite en pré-
sence deTennerai, envoyés en parlementaires, ou marchant bra- ^vementy à la tête des goums, dans maintes expéditions^ pour com- IMrendre que leur rôle ait été depuis longtemps apprécié, comme il le mérite, par les illustres chefs qui se sont succédé dans le gouvernement de TAlgérie. Dans un autre ordre d*idées, on Terra que, modestes imitateurs de leurs atnés de la campagne d*Ëgypte, par leurs recherches, leurs études, leurs travaux scientifiques, ils ont contribué, pour une large part, à faire connaître FAIgérie et les contrées avoisinantes. Livre vivant des traditions, initié aux usages et aux mœurs du pays, Tinterprète laborieux est» mieux que personne, dans les états-majors, les conseils de guerre et les bureaux arabes, à même de rendre compte des causes qui ont amené tel ou tel événement. Beaucoup, eu effet, peuvent passer; mais lui, toute sa carrière s*écoulant en Algérie, sa nouvelle patrie, reste comme un jalon des époques, et, au besoin, peut indiquer la route parcourue jusqu'à lui, et aider ainsi son chef à tracer celle à suivre. Ce n'est donc pas seulement I comme traducteur que Tinlerprëte peut être considéré, mais aussi comme homme d'instruction et d'expérience.
Les organisations successives, dont il a été l'objet depuis 1830, soDt, du reste, une preuve démontrant l'importance que le gouvernement attache au perfectionnement de ce corps, en raison des services qu'il lui demande, et de ceux qu'il est en droit d'attendre de lui. Depuis longtemps, il renferme les intermédiaires nécessaires aux divers services de l'armée, et il sera encore, espérons-le, tel qu'il l'a déjà été, du reste, une pépinière oOrant des agents dévoués et capables^ pour être utilisés avec saccès, aussi bien dans l'administration algérienne, que dans les États Barbaresques , comme représentants de la France.