‹ Les interprètes de l'armée a'Afrique (archives du corps)Chapitre 5 sur 73 · EN FRANGE ET EN EUROPE · texte numérisé non relu

EN FRANGE ET EN EUROPE

Les interprètes, intermédiaires indispensables entre nar

tions et peuplades de races différentes, ont existé dès la

pins haute antiquité. Les Somains, nous apprend saint

Augustin, en avaient, pour communiquer avec les au-

tochthones Numides et Mauritaniens. Sous les Arabes et

les Berbères, après la conquête musulmane, il y en eut

aussi. Au XI^ siècle, les princes indigènes Hammadites,

souverains de la Ealâa et de Bougie, entretenaient une

correspondance suivie avec le pape Grégoire VII. Jusqu'au

XIII* siècle de notre ère, subsistèrent plusieurs évèchés,

entr'autres ceux de Carthage et d'Hippone, et les prêtres

devenaient les interprètes naturels entre les musulmans

et les chrétiens d'origine européenne ou berbère.

Le christianisme n'était pas éteint dans les tribus et dans plusieurs villes, telles que Maroc, Bougie, Constantine, Bône, Tunis. A la Ealâa des Béni Hammad, près la moderne Mesila, il y avait encore, en 1114, une église

dédiée à la Vierge Marie . Les hommes du Livre (la Bible), les juifs et les chrétiens, ces derniers surtout, pour lesquels les musulmans eurent toujours moins de répulsion, n'eurent qu'à se soumettre à Timpôt. A ces conditions, ils gardèrent leurs biens ; leur culte et leur commerce furent longtemps tolérés . Ce n'est qu'exceptionnellement, et à la suite de luttes violentes, que la force fut employée par les musulmans, pour les contraindre à abandonner leur croyance ou à s'expatrier.

La bonne entente, existant entre les princes indigènes et le Saint-Siège, donnait une entière sécurité aux sujets chrétiens, résidant en Afrique. Il y eut même, pendant longtemps, et jusqu'au XlIP siècle, des chrétiens, servant dans les armées des princes africains des régions du Maroc, de l'Algérie et de la Tunisie. Des facilités leur étaient données pour la libre pratique de leur culte, au milieu des troupes et des populations musulmanes.

L'Église et les gouvernements chrétiens en permettaient le recrutement en Europe (0. Enfin, les principales cités du littoral de l'Espagne, de la France, et des républiques d'Italie, qui entretenaient des comptoirs commerciaux sur la cote d'Afrique, avaient leurs interprètes. Lors des différentes croisades en Terre- Sainte, en Egypte ou à Tunis, il est certain que les chrétiens eurent également besoin d'interprètes, pour communiquer avec les musulmans.

Dans rhistoire des Orientalistes de l'Europe, œuvre remarquable de M. Gustave Dugat, nous trouvons, au su-

(1) De Mas- Latrie, Traités de paix et de commerce.

jet de rétnde dee langues orientales^ certains renseignements précieux qui méritent d'être reproduits textuellement :

« n y a, dans l'histoire des évolutions de l'esprit humain, des époques d'origine, de soudure, souvent trèsdifficiles à préciser, et qui ne sont pas sans analogie avec les phases des créations matérielles, avec la naissance de ces êtres appelés précurseurs en géologie : c'est l'instant oii s'opère, par l'effort de quelques hommes inconnus, obscurs, sortes de sentinelles perdues de la science, la transmission des idées d'un peuple à un autre, et où se produit l'éclosion d'une connaissance nouvelle. Je veux parler de ces pauvres juifs et maures, convertis au christianisme, qui firent les premières traductions de Uvres orientaux.

Ce fut par leur intermédiaire que la philosophie arabe, en pénétrant chez les Latins, de 1130 à 1150, attar qua de firont les études théologiques, qui dominaient en Europe avant le XII« siècle. La propagation des notions aristotéliques, dues aux relations des chrétiens avec les Arabes d'Espagne et de Sicile, fut le signal d'une révolution dans les études. La transmission des sciences aux Européens, par les Arabes, substituait les recherches rationnelles aux croyances de l'Église orthodoxe. Les théologiens, pour soutenir la lutte, furent obligés, comme leurs adversaires, de se faire orientalistes.

On désignait alors, sous ce nom, ceux qui s'occupaient de l'étude des langues sémitiques, ainsi nommées, comme ayant été parlées par la race du fils aîné de Noë, Sem.

L'hébreu et Tarabe en forment les deux principales branches.

Les traductions de l'arabe en latin, commencent à devenir sérieuses, à partir du célèbre et fécond Grérard de Crémone, né en 1114.

Le dominicain Albert le Grand, né en Souabe, en 1193, qui vint expliquer Aristote à Paris, habillé à la manière arabe, quand il écrivit sur la philosophie rationnelle, avait entre les mains les traités ou les commentaires d' Al- Farabi, d'Avicenne et d'El-Gazali.

Le moine anglais Michel Scot était à Tolède, en 1217 ; c'est là où il acquit, sans doute, la connaissance de la langue arabe et qu'il fit ses traductions.

Le franciscain Roger Bacon, et, après lui, le dominicain Raymond Lulle, appelaient, au XIIP siècle, l'attention de leurs contemporains sur Timportance des études orientales pour la philosophie et pour les sciences.

La papauté, de son côté, se préoccupait surtout de propager la civilisation chrétienne en Orient, et nous savons, par les recherches récentes de M. Charles Jourdain, qu'elle faisait entretenir à Paris, au XIII^ siècle, vingt clercs, originaires d'Orient, pour les initier à nos connaissances, dans les écoles de l'Université, et pour répandre en Asie les semences du christianisme. Cette fondation résulte des bulles d'Innocent IV, du l*** juillet 1248; de celle d'Alexandre IV, du 22 avril 1258, et de celle d'Honorius IV, du 23 janvier 1285 0). Il s'agissait alors

(1) Ou trouvera le texte de ces bulles dans le travail de M. Charles Jourdain. (V. p 5 et 6 du tirage à part.)

de faire instruire des Orientaux dans nos connaissances ; mais il n'était pas encore question d'introduire l'enseignement des langues orientales en Europe.

On commença à étudier ces langues^ après le concile général devienne, tenu en 1311 et en 1312, sous le pontificat de Clément V, qui avait ordonné, dans la vue d'établir les bonnes études en Europe, qu'on instituât à Rome, à Paris, à Bologne, à Oxford et à Salamanque, des professeurs pour y enseigner l'hébreu, l'arabe et le chaldéen . Les professeurs devaient être entretenus, à Rome, par le pape, à Paris, par le roi, et, dans les autres villes, par les

monastères et les chapitres Victor Leclerc, dans

ÏHistoire littéraire de la France, donne les détails suivants sur l'état des études orientales au XIV* siècle :

« Celle des constitutions de Clément V, qui touche le plus à l'histoire des lettres, et une des plus sages dispositions d'une assemblée, où l'on renonçait d'autant moins aux croisades, que la prise de Rhodes semblait promettre de nouvelles victoires, est le décret sur l'enseignement des langues orientales. Déjà le célèbre abbé de Cluny, Pierre le Vénérable, avait fait mettre en latin le Coran, pour le réfuter. Les frères-prêcheurs, que leur règle obligeait à une telle étude, comptent, dans leurs rangs, des traducteurs latins et même français des textes arabes. 11 y avait eu, chez les fi'ères-mineurs, un promoteur célèbre de ce genre de connaissances, Roger Bacon. Le pape Honorius IV, dans les premiers temps de Philippe-le-Bel, voulut établir une chaire d'arabe à Paris. En 1307, l'avocat anonyme de Bordeaux, qui veut aider, par ses conseils.

le roi d* Angleterre à reconquérir la Terre-Sainte, propose à Clément V d'envoyer en Orient des élèves et des laïques, instruits de la langue du pays . On peut s'étonner que le vénitien Marin Sanudo, qui avait fait cinq voyages dans ces contrées, et qui, vers le temps même de rassemblée de Vienne, fit présenter au pape et au roi le mémorable ouvrage, où il trace le plan d'une nouvelle croisade, n'y insiste pas sur l'étude et la pratique des langues de TAâe, comme sur un des meilleurs moyens d'assurer, dans le pays conquis, l'établissement et le commerce de la France. Parmi les commissaires pontificaux, chargés^ en 1321, de l'examen de son livre, se trouvèrent un dominicûn, vicaire apostolique en Arménie, et un franciscain, que ses confrères de la Perse envoyaient à la cour d'Avignon. Ceux-là devaient savoir, quoiqu'ils n'en disent rien dans leur censure, combien la connaissance des langues importait au succès de la prédication chrétienne. »

Telle devait être aussi la pensée de Raymond Lulle, qui avait visité, en missionnaire, les nations musulmanes (i).

François P** commença à exécuter, en France, cet ancien projet d'établir des professeurs pour l'enseignement des langues orientales. En 1530, il fonda le Collège de France, et établit des chaires de grec et d'hébreu. Ce fut sous ce roi qu'on vit paraître, à Paris, une espèce de grammaire des langues orientales, ouvrage du célèbre Guillaume Postel, qui peut être appelé le premier des orientalistes finançais .

La vie de Postel est toute d'abnégation au profit de la

(1) Raymond Lulle fut lapidé, à Bougie, en 1314, par la population de cette ville, qu'il voulait convertir au christianisme.

science ; dans ses voyages en Afrique et en Asie^ où il avût appris la langue arabe^ les dépenses qu'il fit^ tant pour ses pérégrinations, que pour Tachât de manuscrits et de livres, Pavaient appauvri. Il sollicita vainement des secours pour imprimer son ouvrage ; et il ne les trouva que dans son énergie et son économie. Il n'en parvint pas moins à faire graver des caractères orientaux, dont pluâeurs étaient auparavant inconnus en France et même en Europe. Cet ouvrage, qui renferme les alphabets de la plupart des langues orientales, contient, pour Tarabe, une grammaire entière. On ne sait vraiment pas comment il parvint à faire graver tous ces caractères orientaux, et Ton admire un savant de cette époque, en le voyant parvenir seul à de tels résultats.

£n 1587, Henri III fonda une chaire d'arabe au Collège de France.

Quand les croisades, qui avaient donné aux papes ridée d'établir, en Europe, Tétude des langues orientales, eurent avorté devant le fimatisme musulman, les missionnaires n'en continuèrent pas moins leur œuvre de propagande religieuse. Sous Louis XIII, Timprimerie en langues orientales lut portée au plus haut degré de perfection, et surpassa, par la beauté et T élégance des caractères, toutes les imprimeries de l'Europe, même celle de Rome, où l'on imprimait Tarabe avec le plus grand succès.

Louis XIV, en 1691, fit mettre à l'imprimerie royale les poinçons et les matrices des caractères orientaux qui provenaient de la succession de M.de Brèves, ambassadeur de France à Constantinople. Il envoya en Orient des savants, des missionnaires instruits, pour rassembler des manuscrits.

On doit à Louis XIV rétablissement des premiers interprètes fi*ançais dans le Levant^ pour les affaires poM- * ques et le commerce. Auparavant on n'employait que des gens du pays . Petés de la Croix, mort en 1695, fut le premier de ces interprètes. Mais Tinstitution des interprètes du roi remonte plus haut ; car, sous Louis Xm, Joseph Baptiste du Val, mort en 1634, était déjà l'un dea interprètes royaux.

Un arrêt du Conseil du Roi, du 18 novembre 1669, disposa que six jeunes garçons, nés fiançais, seraient envoyés au couvent des capucins de Constantînople et de Smyrne, où ils seraient instruits dans la connaissance des langues orientales pour servir de drogmans dans les Échelles du Levant et en Barbarie. Far arrêt du 7 juin 1718, on fixa à 12 le nombre des élèves entretenus à Constantînople. Leur pension était payée par la chambre de commerce de Marseille (*) . D'un autre côté, l'Etat entretenait,à ses frais, au collège des jésuites de Paris, depuis 1700, vingt-deux jeunes orientaux, la plupart Arméniens, destinés à remplir la double mission d'interprètes pour les relations diplomatiques et de missionnaires pour la propagation du catholicisme.

Les conséquences funestes de V emploi d'étrangers dans la négociation des intérêts du pays, nécessita bientôt une nouvelle organisation de V École (2).

(1) Voir Correspondance sous Louis XI V CColbert) . —Archives de Marseille, IIP vol. p. 495.

(2) Les mômes conséquences funestes se sont produites en Algérie, ainsi qu'on le verra plus loin.

Une ordonnance du 29 juillet 1721 remplaça les Arméniens par dix jeunes gens^ fils de parents français, qui devaient^ après avoir étudiera Paris^les éléments des langues arabe et turque, aller se perfectionner au couvent de Constantinople • L^Ecole de Paris^ annexée au Collège Lonis-le-Grand^ fut placée dans les attributions du département des affaires étrangères et sous la surveillance du premier secrétaire-interprète du roi, qui y fut, avec les deux autres interprètes pour les langues orientales, chargé de renseignement des trois langues arabe, turque et persane. Les sujets admis dans cette école, désignés dans l'origine par le titre d'Elèves de la chambre du m, le furent ensuite par celui de Jeunes de Langue, expression formée d'un idiotisme turc, traduit mot à mot en français, où elle ne présente en réalité aucun 8ens.

Par une ordonnance du 3 mars 1781, il fut réglé que les fils, petits fils et neveux de drogmans auraient la préférence pour les places de Jeunes de Langue .

Supprimée à la Révolution, PÉcole fut rétablie par le Directoire. Sentant l'utilité que pourrait avoir l'enseignement de ces langues, considéré sous le rapport des relations politiques et commerciales, il fonda, dans ce but, et sans vouloir établir une rivalité aux leçons du Collège de France, l'École spéciale des Langues Orientales vivantes. Le décret de cette création fut rendu le 2 avril 1797. 11 portait que les professeurs feraient connaître à leurs élèves les rapports politiques et commerciaux de la France avec les nations dont ils enseignaient les langues ; qu'ils auraient ^ composer, en français, les grammaires de ces lan-

- lègues; qu'ils seraient tenus de fidre un cours de deu heures^ quatre fois par décade .

Nous voici arrivé à une époque de gros kbeivs dam Torientalisme^ en France. Au commencement du XQ*. siècle; tous les philologues accouraient de T AUemagiiey éê ritalie^ de la Suède^et jusque du fond delà Finlande^poiir entendre Silvestre de Sacy^ Tillustre maître de TEeoIedt Paris. Jamais école ne brilla d'un aussi vif édat Ceit d'elle que sont sortis la plupart des savants professems qui ont illustré et illustrent encore leur pays dans b science orientale :

Les Fleischer, les Freytag, C . Weil, Eosegarten^ Flu- i gel, Vullers, etc., en Allemagne; Millier, à Munidi; Torenberg à Upsal; Peyron à Turin; Humbert à Genève; de Gajangos à Madrid^ etc .

L'empereur de Russie demandait à cette école desélèves, qui allèrent créer^à Saint-Pétersbourg^le premier institut oriental .

Sous Napoléon P% des encouragements efficaces forent donnés à l'orientalisme . Ce fut sous son règne que S. de Sacj composa les ouvrages qui eurent tant de retentisse^ ment : il fonda en Europe l'étude scientifique de la langue arabe. La science orientale devient alors positive, critique. Quel spectacle que la féconde activité de tous ces grands orientalistes du XIX* siècle, qui s'appelaient CbampoUion, Cbezy, Abel Rémusat, Kloproth, Saint-Martin, Quataremère, Eugène Burnouf, A. Jaubert, brillants capitaines d'une phalange que commandait Silvestre de Sacj.

La langue arabe, sur laquelle S. de Sacy nous a laissé

radmirables ouvrages^ qui ont servi à établir cette étude nr une base scientifique^ a particulièrement éveillé Patmtion des travailleurs en France^ et une série de livres mportants sont sortis de la plume de MM. Beinaud^ Causon de Perceval, de Slane^ F. Fresnel, le D' Perron, Kanminki^ Sédillot, Langlois, Gustave Dugat, Renan, de Frèmery, G. de Lagrange, Rousseau, Belin, Bresnier, le ly Sanguinetti, de Nullj, Clierbonneau et autres.

Certes, la société doit de la reconnaissance à ces orientalistes, qui sacrifient leur existence pour reconquérir quelque portion du terrain usurpé par T ignorance et par les ravages du temps, et qui, dans Tordre des fiiits pratiques, se trouvant mêlés dans les ambassades^ les consulats, les administrations, les missions, aux affaires de relations internationales avec TOrient, ont rendu et rendent encore tant de services à la politique et au commerce. Parmi eux ne convient-il pas de citer MM. Schefer, Lapierre et Kasimirski, actuellement secrétaires-interprètes, pour les langues orientales, au ministère des affaires étrangères.

On lit dans V Histoire des langues sémitiques de Renan [p. 365) : « La langue arabe est, sans contredit, Fidiome qui a envahi la plus grande étendue de pays. Deux autres langues seulement, le grec et le latin, partagent avec elle rhonneur d'être devenues langues universelles, je veux dire organes d'une pensée religieuse ou politique, supérieure aux diversités de races. Mais l'étendue des conquêtes du latin et du grec n'approche pas de celles de l'arabe. »

Le latin a été parlé de la Campanie aux Iles Britan-

liiquefl ; du Rhin à T Atlas ; — le grec, de la Sicile Tigre, de la mer Noire à TAbyssinie.

Qu^est-ce que cela^ comparé à Tempire immense de langue arabe, embrassant TËspagne, TAfrique ji PÉquateur, l'Asie méridionale jusqu'à Java, la Rasâe ji qu'à Eazau ? Et n'est-ce pas à bon droit qu'Erpenh» appliqué à cette dernière langue la prophétie que Rome al pu réaliser :

Ultra Garamantas et Indos,

Proférât imperium ?

Nous, qui habitons l'Afrique, nous ne voyons pas un profond étonnement les populations qui nous entoo-j rent, aussi foncièrement arabisées que les villes de la Meo-j que et Médine. Il semble que nous vivions près du berceau de rislamisme, tant il y a peu de différence entre les deux états de civilisation. On dirait même qu'il y a plus de ferveur dans la dévotion des Africains . C'est que li race arabe avait trouvé, en Afrique, un sol merveilleusement disposé pour la recevoir, tandis qu'en Asie, elle ne pouvait dépasser les limites de la Syrie et de l'Irak. Elle s'est répandue comme par une sorte d'infiltration verî l'Ouest, sur toutes les côtes barbaresques, dans le Sahara, le Soudan, jusqu'à l'Océan Atlantique et la Guinée; et ven le Sud jusqu'à la Cafrerie .

La pureté avec laquelle la langue, la religion et le mœurs des descendants de Mahomet se sont conservée dans ces contrées lointaines, est un fait bien remarquable et la meilleure preuve que le Désert est la vraie patrie d^ l'Arabe. De nos jours encore, grâce au millier de livrei

mes à Boulak^ à Beyrout et à Tunis^ Tislamisine fait )ides progrès dans la partie orientale de TAfrique^ i peut dire que Tapostolat parmi les races noires lui .turellement dévolu.

découvertes récentes de notre savant professeur onneau^ u'ont-elles pas démontré qu'il existe à Tom- 3U une université musulmane^ dont le programme tiqué sur celui de l'université du Caire. Quajoute- ; de plus^ si ce n'est qu'à Ouargla^ j'ai rencontré des lons^ arrivés la veille des bords du lac Tchad^ où ils it été enlevés, trop jeunes encore pour comprendre il mot d'arabe, et qui, cependant, récitaient déjà, en langue, et avec une pureté parfaite, les prières nées aux populations nègres du centre de TAfrique s missionnaires musulmans.

Français comprennent maintenant combien il leur De de ne pas ignorer un idiome aussi répandu, qui eloppe chaque jour davantage, et qui est la langue ine des indigènes en Algérie. Malgré leur indiflféît leur dédain pour les langues étrangères, ils étules uns, l'arabe usuel, les autres, l'arabe écrit. Les se sont multipliés sur plusieurs points de la colonie, LS voyons avec plaisir la langue de Mahomet ensei- ,u Lycée d'Alger, dans les collèges communaux et es principales écoles des trois provinces. En même , quelques professeurs, animés d'un zèle qu'on ne t trop louer et encourager, publient des diction- , des grammaires et des recueils d'exercices, où les trouvent d'excellentes explications. même que la première messe, au lendemain de la

prise d'Alger, fiit dite par l'abbé Zaccàr, interprète militaire attaché au général de Bourmont, c'est encore un interprète, Joanny Pharaon, qui ouvrit, en 1832, le premier cours de langue arabe pour les Européens. Bientôt deux éminents professeurs, Bresnier et Cherbonneau, élèves de l'Ecole des Langues de Paris, inauguraient, l'un, à Alger, l'autre, à Constantine, ces leçons théoriques et pratiques, qui ont fait, en Europe, la gloire de leur maître, Silvestre de Sacy. Le docteur Perron, premier directeur du collège arabe-français (^), et, enfin, les professeurs Gorguos, Combarel, Richebé, Houdas, Martin, Machuel, Ben Sedira, Héiion, Jaume, Colombo et autres, ont formé et forment encore, tous les jours, d'excellents élèves, parmi notre jeunesse algérienne, ce qui fait que le recrutement de nos interprètes est aujourd'hui parfaitement assuré.

(1) Voir plus loin la notice nécrologique sur ce savant orien taliste.

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