HASSAN BEN MOHAMMED
Né à Alger, vers 1810; Interprète de 3* classe, en 1840.
Retraité .
HÉNON (Adrien)
Né à Paris, le 17 novembre 1821 ; Engagé volontaire au 26« de ligne, le 20 novembre 1839; Caporal, sergent ;
Interprète temporaire, le 15 novembre 1848; Id. auxiliaire de l""® classe, le 1*''' mars 1850; Id. titulaire de 3« classe, le 16 janvier 1852; Id. id. de 2** classe, le 21 décembre 1853;
Id. id. de 1" classe, le 27 janvier 1856;
Chevalier de la Légion-d'honneur, le 20 janvier 1855; Retraité le 8 janvier 1870.
En 1842, Hénon, alors sergent-interprète auprès du général Bedeau, commandant la ville de Tlemcen, fiit chargé d'une mission des plus périlleuses, qui est comme un odyssée rempli d'incidents dramatiques. On ne connaissait pas, alors, les populations des tribus voisines; on ignorait si leurs intentions étaient hostiles ou pacifiques ; c'était, en un mot, répoque où l'Émir Abd-el-Kader, notre redoutable ennemi, était à Tapogée de sa puissance. Il fallait qu'un homme dévoué comblât cette lacune.
Hénon, dont le caractère aventureux est séduit par cette mission périlleuse, s'offre au général Bedeau et part aux renseignements . Il quitte la garnison avec armes et bagages, pour prévenir tout soupçon de la part de ceux vers lesquels il se dirige, et, après une courte marche, il tombe entre les mains d'un groupe de cavaliers, qui le frappent, le dépouillent de son uniforme, et, un instant, délibèrent s'il ne faut pas loger une balle dans la tête de ce roumi. Sa qualité de déserteur lui sauve heureusement la vie. Tête et pieds nus, n'ayant plus que de mauvaises loques pour se couvrir , souffirant la soif et la faim, Hénon est traîné dans la tribu des Trara, où, regardé comme une bête venimeuse, on le tient d'abord à l'écart, menant l'existence la plus piteuse. Peu à peu, on s'habitue à lui, on lui laisse quelque liberté, et, comme il affecte toujours de ne pas parler arabe, il écoute avec soin les conversations de ses hôtes, et apprend beaucoup de choses, dont il fera plus tard son profit.
Au bout de quelque temps, un jongleur marocain, de la secte des Aïssaoua, vient à passer chez les Trara, et donne des représentations qui lui rapportent passablement de petite monnaie. Hénon l'observe, se fait son ami ; il a compris que le métier d' Aïssaoui a ses charmes, et que désormais il va pouvoir courir partout, sans crainte d'être arrêté. Au bout d'un mois, il était initié à tous les secrets de cette secte religieuse. Des mouvements saccadés de la tête agitaient ses longs cheveux flottants ; les simagrées de rigueur, les paroles cabalistiques, rien n'était négligé. 11 dévorait des scorpions, et se faisait mordre par des vipères avec la dextérité d'un vieux praticien.
Mnnî d'une peau de bouc^ qui contient son gagne-paio, c'est-à-dire des vipères et des scorpions, et, cette fois, se faisant passer pour un indigène^ il s'enfîiit de chez ks Trara, pendant la nuit, et s'avance vers POuest, jonghnt dansant, grimaçant, mais observant tout* H arrive ainâ, d'étape en étape, jusqu'à Fez, capitale du Maroc, en se faisant appeler Sidi-Moustapha, de la secte des Aissaona, et originaire d'une tribu tunisienne, afin qu'on ne fût pM tenté de faire constater son identité parmi les Algériens.
Après une année environ de cette existence vagabonde, Hénon rentrait à Tlemcen. Quand il se représenta an général Bedeau, il était méconnaissable. Sa bourse contenait environ 35 francs de monnaie arabe, qu'il avait gagnés en donnant ses représentations d' Aïssaoui . Mais il rapportait des renseignements précieux, qui furent d'une grande utilité pour les expéditions dirigées dans le pays. 11 fit connaître quelles étaient les tribus qui fournissaient des contingents à Abd-el-Kader, quelles étaient leurs alliances, et surtout les points où ils cachaient leurs silos, c'est-à-dire leurs approvisionnements.
Après sa rentrée à Tlemcen, Hénon demanda à passer aux zouaves, comme sergent-interprète. Dans ce corps, et détaché auprès du colonel Ladmirault, il fit de nombreuses expéditions, notamment celle de la vallée de Bougie, en 1847, sous les ordres du maréchal Bugeaud. Nommé interprète militaire à Biskra, il assista au siège de Zaatcha, et fut signalé par les services qu'il rendit en soignant les cholériques avec un dévouement hors ligne.
Il faisait ensuite partie de la colonne, qui, sous les or-
dres du colonel Desvaux^ s'empara de la ville de Tongourt en 1854.
Hénon^ pendant ses fréquentes courses dans le Sahara^ s'est livré à des études sérieuses sur l'histoire naturelle du pays. Ses riches collections entomologiques ont acquis une réputation justement méritée. lia contribué largement à faire connaître la flore du Sahara.
£n retraite depuis peu^ au moment où a éclaté la guerre franco-prussienne, Hénon, ne pouvant rester indifférent devant nos malheurs, prit en France, avec le grade de lieutenant-colonel, le commandement d'une légion de mobilisés.
Il est aujourd'hui en retraite, professeur à la chaire d'arabe du collège de la ville de Bône.
LDMINET (Louis)
Né à Nevers (Nièvre), le 22 août 1821 ; Interprète-auxiliaire, le 17 août 1841 ;
Id. de 3^ classe, le 31 mars 1845;
Id. de 2* classe, le 16 janvier 1852;
Id. de 1" classe, le 3 janvier 1853; Retraite le 28 décembre 1872.
Luminet a pris part à de nombreuses expéditions, de 1841 à 1860.
DABOUSSY (Michel) Né à Marseille, le 20 janvier 1825;
Interprète auxiliaire de 2« classe, le 31 juillet 1841 ;
Id. de 1'* classe, le 4 février 1846 ;
Interprète titulaire de 3"" classe, le 6 janvier 1865 ;
Id. de 2* classe, le 29 février 1872 ;
Chevalier de la Légion-d'honneur, le 24 décembre 1869; OflBcier du Nichan de Tunis, le 31 mars 1865 ; Retraité, le 7 jumet 1864 .
LOUIESLOUX (Edouard)
Né le 26 août 1816, à Paris;
Engagé volontaire au 67* de ligne, en septembre 1834;
Caporal; sergent.
En mai 1 837, le général de Damrémont, alors gouverneur général, envoya le sergent Louiesloux accomplir une mission analogue à celle confiée à Hénon, dont il a été question plus haut. Louiesloux partit dans les mêmes conditions, c'est-à-dire simula une désertion . Mais quand il se crut suffisamment renseigné sur ce qui se passait chez les Arabes, et qu'il tenta de revenir, il fîit arrêté dans sa fuite et ramené. Battu, au point d'être laissé pour mort, puis attaché et astreint aux travaux les plus vils, il vécut, pendant quelques mois, dans un état des plus misérables, jusqu'au moment où, plus heureux que la première fois, il réussit à regagner le territoire français.
Interprète auxiliaire, le 12 juillet 1842;
Interprète titulaire de 3' classe, le 31 janvier 1845; Id. Id. de 2^ classe, le f' mai 1850;
Id. Id. de !'• classe, janvier 1855;
Chevalier de la Légion-d'honneur, le 13 août 1857 ; Retraité, le 16 mars 1867; Mort à Marseille, en 1875 .
Louiesloux a fait de nombreuses expéditions, et conduisit, en 1842, jusqu'à Alexandrie, les pèlerins algériens se rendant à la Mecque •
FARADJ NAKACH
Né le 25 septembre 1822, à Constantine (Algérie) ;
Naturalisé ;
Spahis volontaire, en novembre 1842 ;
Interprète temporaire, 1843;
Id. auxiliaire de 2* classe, 1854 ;
Chevalier delà Légion-d'honneur, le 26 septembre 1871;
Retraité, le 23 août 1873.
Faradj, cavalier intrépide, s'est signalé dans les expéditions, en marchant avec les goums et faisant preuve d'une grande bravoure.
Blessé d'un coup de feu au genou droit, le 22 mai 1849, aux Béni Sliman (général de Salles.)
Coup de yatagan à la tête, le 24 avril 1844, chez les Oulad Soultan (duc d'Aumale.)
Coup de tromblon, qui lui a fait huit blessures dans les reins, à la même affaire.
CHIDIAK (Jean)
Né au Liban (Syrie), le 24 décembre 1821 ; Interprète temporaire, le 30 décembre 1846 ;
Id. auxiliaire de 2* classe, le 6 février 1850;
Id. titulaire de 3* classe, le 25 décembre 1861; Chevalier de la Légion-d'honneur, en 1864. Retraité, le 15 mai 1867.
Après avoir eu divers postes en Algérie, a fait la campagne de Syrie, en 1860.
DONNADIED ( Philippe )
Né à Marseille, le 9 décembre 1819; Interprète auxiliaire, le 20 novembre 1844 ;
Id. titulaire de 3« classe, le 6 février 1850;
Id. Id. de 2*' classe, le 31 juillet 1871.
A fait de nombreuses expéditions, entr'autres celles pendant rinsurrection du Dahara, en 1844 et 1845. Expédition de 1857, en Kabylie; Id. de 1864, dans le sud; Chevalier de la Légion-d'honneur, le 11 août 1869. Retraité, le 28 décembre 1872.
BEAUSSIER (Marcelln) Né à Paris, le 23 avril 1821 ;
Interprète auxiliaire^ le 31 mars 1844 ;
Id. titulaire de 3* classe, le 13 mars 1845;
Id. Id. de 2^ classe, le 30 décembre 1846 ;
Id. Id. de 1" classe, le 6 février 1850 ;
Id. principal, le 10 décembre 1854. Décédé à Alger, en activité, le 3 février 1873,
Pour mieux faire connaître sa carrière militaire, je reproduirai ici les adieux que je lui ai adressés sur la tombe :
« Plusieurs d^entrc vous, qui naguère voyaient l'interprète principal Beaussier, se traînant avec peine, courbé sous le poids des Houffrances prématurées, concevraient difficilement ce que fut jadis cette nature d'élite, alors que dans Téclat de la jeunesse brillait toute son énergie.
» Laissez-moi donc vous esquisser à grands traits cette eiûstence si bien remplie et trop tôt brisée, et, en môme temps, au nom de mes camarades et au mien, adresser un dernier, un suprême témoignage d'affection à Tami qui n'est plus .
» Marcelin Beaussier était né à Paris, en 1821 ; il appartenait à la famille de ce nom bien connue à Mai*scille, qui, durant le siècle der • nier, fournit plusieurs consuls ou directeurs de comptoirs commerciaux sur la côte septentrionale d'Afrique.
» Après de solides études françaises et arabes, faites en France et à Tunis, notre camarade venait en Algérie, et embrassait, en 1844, la carrière des interprètes militaires, qu'il devait parcourir avec tant de distinction.
9 C'était l'époque si près de nous, et cependant déjà tant oubliée par la génération actuelle, où l'armée, confiante dans les destinées de sa mission providentielle, accomplissait avec abnégation, sa marche progressive de conquête et de civilisation, qui sera à jamais une des pages glorieuses de son histoire.
» Auxiliaire modeste de cette armée, Beaussier était associé de
bonne heure à tous ses travaux, à ses fatigues, à ses périls. H lespl^ tagea avec ce dévouement qui ne recule devant aucun obstadeel trouve un contentement ineffable dans le charme du devoir accompli.
» Recherchant avec passion les occasions de se rendre utile, »» bien dans les travaux de la guerre que dans ceux de la paix, ob k voit prendre une part active aux expéditions dirigées, tour i toor, dans le Tell, la Kabylie, le Sahara ; ou bien encore, faire de kmgi séjours dans les camps de ces travailleurs désintéressés de la pI^ mière heure, traçant ces routes, élevant ces postes, créant ces îillages qui ont servi de jalons indélébiles à la colonisation algérienne.
B L^intelligence de Beaussicr, son activité, la distinction avec laquelle il accomplissait ses devoirs habituels, et les missions, soa?«it délicates, qui lui étaient confiées, appelèrent sur lui l'attention de ses chefs, justes appréciateurs de son mérite.
» Cité trois fois à l'ordre par les généraux de 8aînt- Arnaud et Blangini, pour le courage qu'il avait montré dans différents combats, il acquit bientôt une place honorable dans les rangs de Tarmée. Jeune encore, mais déjà vieux de services, il atteignit en peu d'années, le faîte hiérarchique du corps des interprètes, et recevait la croix de chevalier, et ensuite celle d'officier de la Légion-d'honneor et du Nichan de Tunis.
• En 1859, pendant la campagne sur la frontière du Maroc, an milieu d'une colonne de troupes que le choléra décimait, Beaussier donna de nouvelles preuves de courage, en affrontant résolument le terrible fléau, pour soigner ses compagnons d'armes. II était à cette occasion l'objet d'une nouvelle citation.
>» Mais cette nature ardente, toujours prête à mai*cher au premier signal, devait subir un jour la loi de la nature, se ressentir des fatigues et des privations des mauvais jours, en un mot, s'épuiser avant l'heure.
» Lorsqu'il a fallu renoncer à la vie active, Beaussier a consacré ses loisirs aux recherches éminemment utiles de la Société historique algérienne, dont il faisait partie.
>» Son goût prononcé pour le travail, ses remarquables aptitudes avaient besoin d'entreprendre quelque choàe de plus grandiose : il a fait un dictionnaire, dcstind à initier les Europécnsàlaconnaissancc de la langue arabe ; œuvre à laquelle nous Ta vous vu travailler avec autant d'ardeur que de lucidité, quelques heures à peine avant sa mort.
» Les derniers moments de la vie sont bien cruels pour celui qui, surmontant le mal avec résignation, comprend qu'il s'éteint loin des siens, sans pouvoir, à cet instant suprême, presser la main d'un membre de sa famille. Une douce consolation a cependant été accordée à notre regretté camarade : il est mort en chrétien, constamment entouré par des amis lui prodiguant les témoignages de la plus vive sympathie.
» Adieu, Beaussier ! que la terre d'Afrique, si souvent arrosée de tes sueurs, et que tu as tant aimée, te reçoive dans son sein ! Quant à ton souvenir, il restera toujours dans nos cœurs.
» Adieu ! B
DUCHEYRON de BEADMONT (Joseph)*
Né aux Changes (Dordoghe), le 31 octobre 1818 ; Engagé volontaire au 7* dragons, le 12 avril 1838 ; Chasseur d'Afrique et spahis ; Brigadier et maréchal-des-logis, de 1841 à 1846 ; Interprète temporaire, le 6 février 1853 ;
Id. auxiliaire de 2* classe, le 6 mars 1854 ;
Id. Id. de 1'* classe, le 13 janvier 1864 ;
Id. titulaire de 3* classe, le 29 avril 1868 ; Chevalier de la Légion-d'honneur, le 24 juin 1865 ; Setraité le 25 janvier 1875.
Dacheyron a pris part à de nombreuses expéditions a Algérie.
Employé aujourd'hui dans les bureaux de la PréfecbDt d'Alger.
POBEAU ( Jules- Antoine )
Né le 13 avril 1829, à Paris ;
Étudiant en médecine;
Interprète auxiliaire de 1*^ classe, le 17 décembre 1849;
Interprète titulaire de 3« classe^ le 21 décembre 1853;
Interprète titulaire de 2* classe, le 20 février 1856;
Mort en 1859, au camp de Kis (frontière du Maroc) envahi par le choléra.
Pobeau était un interprète très-instruit et très-actif, qui avait devant lui un brillant avenir. Il s'était déjà signalé par son entrain dans diverses expéditions. Quand r épidémie éclata dans le camp où il était détaché, Pobeau, se souvenant des études de sa jeunesse, soigna les cholériques; mais il ne tarda pas à succomber, victime de son dévouement.
CABISSOT (Louis) Né le 24 mars 1838, à Dignes (Basses-Alpes) ;
Interprète auxiliaire de 2' classe, le !•' mars 1858 ; Id . de 1" classe, le 28 février 1860 .
Tué, à côté de Beauprêtre, dans Tinsurrection des Oulad Sidi Cheikh, en 1864.
Le colonel Beauprêtre, commandant supérieur de Tiaret, avait été dirigé sur le Djebel Amour, avec 100 hommes d'in&nterie, un escadron de spahis et les goums du pays.
Le 8 avril 1864, à la pointe du jour. Si Sliman ben Hamza attaquait le colonel Beauprêtre, dans son camp d'Aïn bou Beker. La défection de nos goums, qui tournent aussitôt leurs armes contre le petit détachement, disproportionne à tel point les conditions de la lutte, qu'il ne reste plus au colonel, et à ses cent fantassins qu'à succomber glorieusement . Ils le savent ; mais avant de tomber pour ne plus se relever, cette poignée de braves, qui s'est formée en carré, fera payer cher aux rebelles et leur agression et leur trahison. Si Sliman est tué, son secrétaire blessé grièvement, et un grand nombre de cavaliers ennemis roulent sanglants sous le ventre de leurs che- Taux. Les faces du carré s'encombrent de morts ; malheureusement les munitions de nos héros s'épuisent. L'acharnement devient plus ardent du côté de l'ennemi, le feu du détachement se ralentit peu à peu, les coups deviennent de plus en plus rares, puis les fusils finissent par se taire tout-à-fait. Les soldats de Beauprêtre ont brûlé leur dernière cartouche. Enfermés dans un cercle de feu qui va se rétrécissant à chaque minute, ceux qui restent encore debout, attendent, la tête haute, la mort qu'ils ne peu-
Quand le commandant supérieur de Géryville^ qu'en prévision d'une attaque le colonel Beauprêtre avait fait appeler auprès de lui^ aveclesforces dont il disposait^ quand cet officier supérieur, disons-nous, arriva à proximité d'Âïn bon Beker, tout était fini, et, comme des corbeaux à la curée, les vainqueurs dépouillaient les morts.
Le jeune interprète Cabissot gisait, sanglant, à côté du colonel Beauprêtre . Avant de mourir, Cabissot avait tué sept Arabes de sa main. Il s'était blotti derrière un amas de pierres, et faisait feu sur les révoltés qui les entoundent. Ce renseignement a été recueilli de la bouche même des Arabes qui avaient attaqué la petite colonne Beauprêtre.
DURAND (Charles)
Né à Franofort-sur-le-Mein, le 31 octobre 1832 ;
Engagé volontaire au 68*" de ligne, le 25 septembre 1850;
Caporal ; sergent, au 3"* tirailleurs ;
Interprète auxiliaire de 2* classe, le 22 août 1860; Id. id. de V^ classe, le 31 décembre 1863;
Id. titulaire de 3^ classe, le 25 mai 1867.
Pendant l'invasion du typhus, en 1868, Durand^ chargé spécialement de la surveillance du dépôt de mendicité établi, pour les indigènes, auprès de Milianah, fut attdot par la contagion, en faisant ce service . H succombait i rhôpital militaire, le 3 mai 1868. — Il a écrit, sur les a-
dres religieux musulmansi un travail inédit d'une cer taine importance.
DOUCHÉ (Auguste)
Né le 25 mai 1820, à Réthel (Ardennes) ; Interprète auxiliaire, en 1854 ;
Id. titulaire de 3" classe, en 1860; Mort à Oran, le 27 mars 1868.
AHMED BEN ROUILA
Né à Alger, en 1830;
Ahmed étût fils de Si Eaddour ben Bouïla, secrétaire d'Abd-èl-Eader et son conseiller intime. Pris en&nt par S. A. le duc d'Aumale, àTaffaire de la smala de Témir, ce beau fait d'armes de Tagguin, en 1843, il fut conduit en France et élevé par les soins du gouvernement au collège Saint-LouîS; de Paris.
En 1850, Ahmed ben Bouïla était admis au concours à remploi d'interprète auxiliaire de 2" classe. En 1852, il était promu à la première classe, et deux ans après il passait aux spahis, engagé volontaire .
En 1864, an moment où éclata la révolte des Oulad 8i^ Cheikh, le lieutenant Ahmed ben Bouïla était attaché, comme adjoint, au bureau arabe de Boghar.
Voici, d'après le colonel Trumelet, quelques détails pleins d'intérêt sur la fin de ce brave officier, regretté de tous ses camarades :
» Les relations de service qui s'établirent à Boghar, entre Ta^joint du bureau arabe Ben Rouîla et Tagha En-Naïmi, ne tardèrent pas — c'était inévitable — à être marquées de froideur et de g^ne : VC^ ducation et les allures civilisées de Tofficier indigène ne pouvaicDt manquer d'être peu sympathiques à Tagba.
M C'était toujours la lutte haineuse du vieux parti indigène contre celui des Arabes qui: veulent marcher dans la voie du progrès et qui se rapprochent de nous.
» Quelques ordres, transmis par Ben Rouîla d'un ton où Tagha crut remarquer de la hauteur et du dédain, achevèrent de changer en haine un sentiment qui, chez En-Naïmi, n'était encore que de la malveillance. Bou-Beker, l'un des frères de l'agha, que Ben RouTla avait, un jour, chassé honteusement du bureau arabe de Boghar, où il s'était présenté en état d'ivresse, partageait, à un haut degré, la haine qu'avait vouée En-Naïmi à l'officier indigène.
» En-Naïmi et Bou-Beker attendaient Toccasion de se venger du lieutenant Ben Rouîla. L'insurrection fomentée par Si Sliman ben Hamza vint hâter le dénouement qu'attendaient l'agha et son frère.
» Le commandant supérieur de Boghar avait ordonné à Ben Rouîla de monter à cheval, avec un peloton de spahis, et de pousser, dans la direction de Mcndjel, pour tâcher d'avoir des nouvelles des reconnaissances expédiées du côté des révoltés. Le détachement avait pris la direction sud-est, longeant le marais de Tagguin ; le pays paraissait calme ; mais, arrivé au sommet d'une colline pierreuse, le peloton de spahis se trouvait, tout-à-coup, en présence de trois goums d'En-Naïmi. Les deux troupes s'arrêtent à deux cents pas l'une de l'autre. Le goum de Bou Beker, l'ennemi personnel de Ben Rouîla, qui était en tôte, fond sur le peloton, en faisant une décharge générale de ses armes.
» Une dizaine de spahis tombent mortellement frappés; les auti^
cherchent à s^échappcr ; mais ils sont poursuivistdans toutes les directions: plusieurs sont atteints et tu6s. Le lieutenant Ben Roulla est resté seul de son peloton ; les deux Français, qui en faisaient partie, sont morts à ses côtes. Bou Beker, suivi de ses cavaliers, se précipite vers Ben Roulla, qui n'a point songé à fuir. Un sourire haineux plisse le visage de Bou Beker, qui touche à l'instant de la vengeance ; il tient son fusil de la main gauche, en travers de la selle, pendant que de l'autre il caresse et lisse sa barhe noire, avec une sorte de volupté fébrile. Il n'a pas besoin de se presser : Ben Rouïla est embourbé dans un marais, où son cheval vient de se jeter. Bou Beker peut savourer sa vengeance, en le tuant en détail. Il arme lentement son fusil, vise, et lui brise le bras droit. Bou Beker le met en joue pour l'achever de son second coup :
» — Ai-je besoin de te rappeler, lui dit avec calme l'officier indigène, que les vrais djouad (de race noble) ne tirent jamais deux fois sur un ennemi ?
» L'implacable Bou Beker presse la détente de son arme, et Ben Rouïla vint rouler à ses pieds, mortellement frappé. Les gens du goum ont mis pied à terre, pour dépouiller les morts. Bou Beker s'adjuge, comme part de razzia, les habits de Ben Rouïla, qu'il revêt à l'instant, et prend aussi ses armes et son cheval. Le corps de l'infortuné officier fut ignoblement mutilé.
» Ainsi périt l'ancien interprète Ahmed ben Rouïla, et, coïncidence étrange, il succombait, pour le service de la France, à Tagguin, où, enfant, les Français l'avaient pris en s'emparant de la smala de l'émir Abd-el-Kader. »