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VIVRES
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L'ancienne Isolasse était supprimée, et les titulaires de ce grade furent versés dans la 2°% qui devint dès-lors 1'% sans augmentation de solde. La 3"* devint 2"% et la 4"* devint 3"** avec une augmentation de 300 francs par an. Il fut alors créé une nouvelle 4«« classe, hors cadres, à la soWe de 900 francs par an. Les guides^nterprètes étaient supprimés; on créait les gendarmes-interprètes.
Au lendemain de la prise d'Alger, et dès la première sortie d'une colonne, on avait senti la nécessité d'avoir de bons guides; mais les Algériens, auxquels on donnait improprement ce titre, d'abord ne connaissaient pas le pays, et ensuite, manifestaient trop de couardise, dès qu'il s'agissait de se risquer hors des murs de la place. D'un autre côté, l'inhabileté du gendarme français, pour faire, à ce premier mo-
ment de la conquête^ la police de la ville et de la banlieue^ avait nécessité la création des gendarmes maures interprètes y dans lesquels entrèrent le petit nombre d'indigènes^ soldats du gouvernement déchu^ qui ne s'étaient pas rangés sous le drapeau de Bou-Mezerag, le bey de Titéri .
Les idées d'occupation permanente commençaient cependant à se manifester de plus en plus ; il fallait songer à la création de pouvoirs administratifs^ et il paraît étrange que le recrutement des interprètes^ rouage indispensable en pays arabe^ ait été laissé^ à ce moment^ à l'abandon par l'agrégation forcée d'auxiliaires (4*^ classe) pris parmi toutes les classes des différentes populations d'Alger. Pourvu que l'individu nommé pût à peu près se faire comprendre en firançais et en arabe^ il était reçu sans difficultés. Ce mode de recrutement empêchait les hommes honorables et instruits d'en faire partie^ et continuait à jeter la défaveur sur le corps.
Quand le duc de Rovigo arriva à Alger^ en 1832, Millier, Bémusat, Rosetti, Brahemscha, c'est-à-dire les seuls auxquels on pût réellement donner le nom d'interprètes^ étaient en mission ou eu congé, et déjà, eux aussi, avaient manifesté la ferme intention de déserter la carrière» si leur position ne changeait pas ; il ne restait donc plus, à Alger, que le père Zaccar, sur lequel on pût compter ; et encore, fallait-il le mettre, à chaque instant, à la disposition des diverses administrations pour traiter les affaires importantes.
Ce service était alors dans un tel état, que, sur vingt -un interprètes, outre l'abbé Zaccar, un seul savait écrire l'arabe, et comme celui-ci parlait à peine le français^ il &1-
lait un ou deux autres interprètes, auxquels on dictait eu français et qui traduisaient oralement en arabe ce qu'ils dictaient ensuite à celui qui écrivait ; de sorte qu'il fallait plusieurs jours pour faire traduire une lettre un peu importante. Si celui qui écrivait Tarabe venait à être malade, tout était dit, et cependant il y avait à faire une correspondance arabe aussi considérable que la française .
Le duc de Rovigo demanda au ministre de lui envoyer, de Paris, M . Joanny Pharaon, le fils de Pun des anciens interprètes de Bonaparte en Egypte, qui parlait et écrivait Varabe aussi &cilement que le français •
Sur ses instances, M. Delaporte, que nous avons vu plus haut figurer dans le cadre des interprètes de Tarmée d'Egypte, alors consul de France à Tanger, fut également envoyé à Alger avec le titre d'interprète en chef. La mission qu'il avait à remplir était « de donner une direction convenable d'études aux interprètes et d'exercer une surveillance active sur leurs progrès . d On reconaissait enfin que Ton avait fait fausse route en recrutant les premiers venus parmi la population d'Alger, et que la profession d'interprète exigeait des connaissances sérieuses et surtout une moralité à l'abri de tout soupçon.
A peine M. Delaporte eut-il vu le personnel placé sous ses ordres, qu'il constata avec chagrin son insuffisance. Sauf quelques personnalités recommandables, la masse, sans exception, était d'une nullité révoltante. Sous prétexte d'avoir des dictionnaires vivants, on avait admis, dans le cadre des interprètes, des indigènes ne sachant ni lire ni écrire, et ne parlant que le patois sabir du bassin de la
Méditerranée. Leur moralité laissait également beaucoup
à désirer; on ne tarda pas à s'en apercevoir dans les transactions faites^ à cette époque^ par certains agioteurs^ mais on était forcé de les employer à défaut d'autres. Le général en chef, avisé du résultat négatif de cette première ins pection, faisait aussitôt annoncer, par la voie de Tordre, que, le 1" janvier suivant, tous les interprètes seraient soumis à un examen rigoureux devant une commission présidée par le chef d'état-major général. Les incapables étaient menacés de rétrograder et même d'être révoqués. Mais ceux que touchait cette mesure étaient, les uns, trop âgés pour commencer des études, les autres, imperfectibles, n'ayant reçu aucune instruction première. Il fallait arriver à une semblable extrémité pour comprendre l'urgence de recruter le personnel des interprètes dans un milieu offrant, sous tous les rapports, plus de garanties . Le duc de Rovigo^ ayant déjà obtenu la mise à sa disposition de MM. Delaporte et Pharaon, insista encore auprès du Ministre des affaires étrangères, pour qu'un appel fût fait, en Orient, auprès de nos consuls et des fils de consuls. Quelques jeunes gens, entr'autres Martin, les frères Rousseau, Beaussier, réunissant toutes les conditions désirables, y répondirent, et nous les verrons bientôt arriver en Algérie et contribuer à régénérer le corps .
Sous le duc de Rovigo, les interprètes, ceux capables et à hauteur de leurs fonctions bien entendu, ftirent plus appréciés qu'en aucun autre temps ; il estimait à un haut point les services qu'ils pouvaient rendre.
Mais ce chef quitta l'Algérie vers le mois de mars 1832, et, sous son intérimaire, le général Voirol, les choses changèrent de face. La commission instituée pour examiner
les interprètes au point de vue de Tinstruction^ de la mora- Uté et de Taptitude physique^ en fit révoquer ou mettre en non activité un certain nombre ; on devait s'attendre à ce résultat; seulement^ ce qu^on ne prévoyait points c'est que la mesure s'étendrait du petit au grande par suite de Tespèce d'ostracisme dont on fi^ppait alors les interprètes. Leur chef, M. Delaporte, qui avait succédé au capitaine de La Moridère dans la direction du bureau des affaires arabes, était en effet remplacé par le capitaine Félissier, Pauteur des Annales algériennes. L'emploi d'interprète en chef était supprimé, et M. Delaporte rappelé, sur sa demande, à ses anciennes fonctions dans les consulats .
L'organisation du général Yoirol, en 1833, apportait les réductions de solde et les suppressions suivantes :