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Absorption par la peau et le tissu cellulaire

L’acide arsénieux appliqué sur la peau saine produit, après un contact un peu prolongé, des éruptions diverses allant de l’érythème jusqu’à l’ulcération. Quand celle-ci est pro-

(1) Mangor, Acta Societ. reg. Hafniensis, III.

44 INTOXICATION PAR l’aRSENIC.

duite, la substance toxique est très facilement absorbée par la peau dénudée, en même temps que se font de profondes escarres. Ce fut un moyen d empoisonnement employé, disent les mémoires du temps, sous le règne du Grand Roi. Voici comme on opérait :

La cliente apportait à sa complice un linge quelconque appartenant à la future victime : un drap ou, mieux, une chemise; celle-ci était ensuite rendue toute préparée. C’est ainsi qu’aurait été empoisonné M. de Poulaillon (1), maître des eaux et forêts de Champagne. Sa femme, Marguerite de Jehan, employa une quantité extraordinaire de stratagèmes pour se débarrasser de lui : le procédé de la chemise réussit enfin.

La Poulaillon apporta à la Brosse une chemise de son mari, avec gros comme un œuf d’arsenic. Celle-ci, après l’avoir blanchie, en trempa le pan dans une solution arsenicale très concentrée, de telle sorte que « la chemise empoisonnée n’avait rien d’extraordinaire, sinon qu’elle était un peu plus rousse et comme mal blanchie et plus ferme qu’à l’ordinaire, ce qu’il était difficile de remarquer, à moins d’être prévenu; et, la lui faisant voir, elle lui dit qu’il n’y avait que le bas de la chemise qui fût préparé et qu’elle n’avait rien fait au corps de la chemise, et que reflet, que la chemise devait produire, était de causer une grande inflammation et de grandes douleurs au derrière et aux parties voisines de M. de Poulaillon et que, quand on viendrait le visiter, on n’v reconnaîtrait rien » (Interrogatoire de la Poulaillon, février 1679, à Vincennes).

Dans une confrontation entre les deux complices, la Brosse reconnut que le linge avait été empoisonné avec de l’arsenic et « non du sublimé, car elle n’en avait pas ». Le vêtement ainsi intoxiqué provoquait chez la victime des désordres graves sur le derme des organes génitaux, lésions que les médecins de l'époque attribuaient à la

(1) Nass, Les empoisonnements sous Louis XIV.

Thèse de Paris, 1898,.

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syphilis; le mari, gravement malade, s’alitait; l’homme de l’art faisait son diagnostic; la femme achevait son œuvre en administrant de nouvelles drogues et le mari mourait, alors que l’entourage de la veuve lui prodiguait d'unanimes consolations, évoquant à ses yeux les souvenirs des débauches de son mari qui l’avaient conduit à la mort.

Ce fait est d’ailleurs confirmé par une déclaration de la Girault, en date du IG mai 1709, à Vincennes, où elle dit en parlant de la chemise empoisonnée: La Poulaillon s’écria: « Voilà de quoi nous défaire de notre homme ». La chemise empoisonnée devait produire de l’inflammation aux bourses et la Poulaillon devait achever son mari avec un lavement où elle mettrait de la poudre.

C’est, paraît-il, par le même moyen que fut empoisonné le duc de Savoie.

Taylor (i) rapporte qu’en 1878, pour frauder une poudre destinée à empêcher l’érythème des nouveau-nés, un fabricant voulut remplacer l’amidon par du plâtre; par erreur, il employa de l’acide arsénieux en poudre. Dans vingt-huit cas, cette poudre fut employée, il y eut douze ou treize morts ; elle avait déterminé une inflammation et une irritation considérables de la peau et avait alors été absorbée. « Dans un cas examiné par le Dr Tidy, l’enfant, née le 29 mai, fut lavée, puis poudrée avec la préparation toxique; on lui en appliqua aussi sur les organes génitaux. Le second jour après la naissance, on lui en fit quatre applications; il y avait à ce moment une rougeur anormale de la peau; le troisième jour, la peau avait une rougeur intense et paraissait malade autour du cordon et du vagin ; on enleva alors la poudre, mais l’éruption empira et la peau prit sur quelques points un aspect gangreneux. Le 7 juin, dixième jour de la naissance de l’enfant et le sixième depuis l’application de la poudre, elle mourut. A l’autopsie, les viscères ne présentaient rien de particulier, mais le corps

(1) Taylor, Traité de médecine léyale. Traduction Coutagne, 1881, p. 123.

INTOXICATION PAR L’ARSENIC

fut exhumé le 28 juin pour une nouvelle autopsie. Le Dr Tidy trouva dans le foie 1 grain d'acide arsénieux ; il en isola 1 grain dans l’estomac et le tube digestif et en trouva des traces dans les reins (1). » La poudre, qui devait être composée d’amidon, de magnésie et de poudre de racine d’iris, contenait, mélang’é à de l’amidon et de la magnésie, 88,5 p. 100 d’acide arsénieux (2).

L’application d’acide arsénieux sur la peau excoriée peut à plus forte raison occasionner des accidents. Belloc a rapporté (3) qu’une femme atteinte de la gale se lava le corps avec une dissolution d’arsenic par ébullition dans l’eau ;

« elle enfla de tout le corps ». La gale céda à ce traitement énergique, mais la malade conserva une santé chancelante et, jusqu’à sa mort, elle eut du tremblement de tous les membres. Riedel (4) a eu l’occasion d’examiner un malade atteint de gale qui, à la suite de lotions avec une solution contenant lg,',68 d’acide arsénieux pour 100, présenta des accidents graves et succomba en dix jours à une néphrite toxique.

S’il y a plaie ou si, dans un but curatif, on porte le corps toxique dans le tissu cellulaire sous-cutané, l’absorption est très rapide. Je vous ai parlé précédemment des accidents mortels causés par les pommades contenant de l’orpiment impur appliquées par des charlatans sur des tumeurs du sein. En thérapeutique, on employait beaucoup autrefois les pâtes ou pommades arsenicales pour combattre les dartres, le lupus, le cancer et le cancroïde. La pâte la plus usitée fut celle de Frère Corne; elle était composée de : arsenic, 1 partie; cinabre, 6 parties; sang-dragon, 1 partie. Parfois même, dans les cas de tumeurs cancéreuses bien imitées, on ne se contentait pas de l'application de pom-

(1) Brilisk medical Journal, 1er juin 1878, p. 795.

(2) The Lancet , 24 août 1878, p. 250.

(3) Belloc, Médecine légale, t. IV, p. 124.

(4) Riedel, Tôdtliahe Arsenvergiftung durch Einreibungen eines Kurpfuchers [Vierteljahrsschrift filr gerichtliche medicin, 3e série, t. XIX, p. 49).

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voies d'introduction du poison dans L ÉCONOMIE. 4 i

mades escarro tiques, mais on introduisait sous les tissus que l’on voulait détruire des flèches faites de pâte arsenicale.

A r Hôtel-Dieu, Roux appliqua sur le sein d’une jeune fille, après l’ablation d’une tumeur cancéreuse, de la pâte arsenicale sur une surface ayant au plus un pouce de diamètre. Dès le lendemain, la malade se plaignit de violentes coliques et de vomissements et elle mourut deux jours plus tard.

Le Roy (d’Etiolles) a signalé deux cas de mort consécutifs à l’emploi de la pâte de Frère Corne, et Thilenus a rapporté une observation analogue.

Depuis que les progrès de 1 antisepsie ont rendu les interventions chirurgicales sanglantes moins hasardeuses, l’emploi des pâtes escarrotiques arsenicales a complètement disparu ; elles ne sont plus appliquées que par les charlatans, et vous vous souvenez que je vous ai rapporté deux cas où des pansements faits avec des pommades arsenicales sur le sein par des charlatans ont entraîné la mort des malades (1).

4. Absorption par la voie respiratoire. — Les vapeurs ou les fines poussières arsenicales répandues dans l’atmosphère sont une cause fréquente d'intoxication accidentelle ou professionnelle. Les vapeurs arsenicales, particulièrement l’hydrogène arsénié, sont absorbées très rapidement par la muqueuse pulmonaire ; c’est là une voie de pénétration du toxique qui n’a été jusqu’ici que peu étudiée et qui , cependant, est fort intéressante.

En Allemagne, on a longtemps discuté pour savoir si les fines poussières arsenicales occasionnant l’intoxication étaient respirées ou dégluties et si l’absorption se faisait par voie digestive ou par voie pulmonaire. Pour moi, Messieurs, l’analyse des observations publiées doit faire admettre que l’absorption se fait surtout par la muqueuse pulmonaire.

(1) Voy. p. 18.

4S INTOXICATION PAR l’aRSENIC.

1° Intoxication par l’hydrogène arsénié. — L hydrogène arsénié, gaz incolore, doué d’une odeur alliacée fort désagréable, prend naissance toutes les fois que l’hydrogène naissant se trouve en contact avec un composé oxygéné d’arsenic. Ce gaz extrêmement vénéneux a causé des intoxications dans les laboratoires et dans les ateliers.

C’est un mode d’intoxication assez rare, puisque, en 1890, Geigy (1) n’avait pu en recueillir que 37 cas ; en 1895, Dixon Mann et J. Gray Clegg (2) en recueillirent 12 autres nouveaux. Cependant le nombre des morts occasionnées par l'hydrogène arsénié doit être beaucoup plus considérable, mais elles n’ont pas toutes été signalées, carie plus souvent l’hydrogène arsénié qui intoxique n’est pas fabriqué intentionnellement, mais se produit à l'insu de l’opérateur, à cause de l’impureté des produits qu’il manipule.

L’un des chimistes qui, les premiers, étudièrent les propriétés de l’hydrogène arsénié, Gehlen (de Stockholm), en fut la victime en 1815. Rhuland, qui travaillait dans le même laboratoire que Gehlen, au moment où celui-ci fut intoxiqué, rapporta ainsi sa mort à Guyton de Morveau. « Nous préparions ensemble, il y a quinze jours, du gaz hydrogène arsénié. La dissolution que nous employions étant un peu trop délayée, le gaz ne tarda pas à manifester son odeur particulière. En remplissant successivement de petits flacons, Gehlen cherchait à juger par l’odeur le moment où le gaz hydrogène commencerait à se combiner avec l’arsenic, et c’est ainsi qu’il s’est empoisonné. A peine une heure s’était-elle écoulée qu’il fut attaqué de vomissements continuels, avec frisson et une faiblesse alarmante. 11 est mort dans mes bras après neuf jours de souffrances inouïes, victime de son zèle pour les progrès de la science.»

(1) Geigy , Beitràge zur Kenntniss der Arsenvassersto/f Yergiftung des Menchen , 1890.

(2) Dixon Mann et J. Gray Clegg, On the toxie action of the arsenetted hydrogen, illustrated by five cases. Manchester, 1895.

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Schindler (de Berlin) mourut en 1839 dans des conditions identiques, après avoir respiré de l'hydrogène arsénié dans son laboratoire. Quatre heures après le début de l’intoxication, il eut des vomissements, des frissons, les extrémités froides; les urines étaient sanglantes et le visage prit une coloration brune. Le septième jour, il y eut une amélioration notable; mais la mort survint le lendemain (1).

En 1841, à Dublin, le chimiste Britton (2) respire à deux reprises environ 150 centimètres cubes d’hydrogène impur; il est pris aussitôt de vertiges, de faiblesse générale, puis d’un grand frisson, pendant lequel il y eut une selle diarrhéique et émission d'urines sanglantes, accompagnées d’engourdissement dans les membres et de douleurs lombaires. Une demi-heure après l’absorption, survinrent des vomissements incessants, qui durèrent trois heures. Les jours suivants il y eut de l’anurie, un peu d’ictère, quelques vomissements ; le malade mourut six jours après le début de l’intoxication.

L'inspiration de gaz hydrogène arsénié causa également la mort de Bietani en 1847 et de Von Arten à Amsterdam en 1849.

11 y a quelques années, dans le laboratoire de Régnault, alors professeur de pharmacologie à cette Faculté, un jeune étudiant fut très gravement malade à la suite de l’absorption d’hydrogène arsénié. En 1890, le Dr Jolyet, en prenant sa capacité pulmonaire d’après la méthode de Gréhant, respira de l’hydrogène arsénié et fut gravement malade (3). Enfin, M. Lucas (4) rapporte les observations de deux étudiants en pharmacie qui, préparant de l’hydrogène arsénié, eurent des accidents d’intoxication grave.

Dans l'industrie, les intoxications par l’hydrogène arsénié sont certainement beaucoup plus fréquentes que ne le

(!) Journal fur Chirurgie von Græfc uncl Walther, 1837, t. XVI.

(2) O'Reilly, The Dublin Journal of medical sciences , 1841-1842.

(3) Layet, Encyclopédie d’hygiène , p. 493.

(4) Lucas, Intoxication par l'hydrogène arsénié. Thèse de Paris, 189.!>..

P. Brouaudel. — Les Intoxications. 4

INTOXICATION PAR l’aRSENIC.

montrent les statistiques les plus rigoureusement établies. Du reste, sur 31 cas d’intoxication industrielle recueillis par Dixon Mann et J. Gray Clegg, il n’y a qu’un cas dans lequel le gaz toxique ait été préparé volontairement; dans tous les autres cas, il s’ag'issait d’une production inattendue d’hydrogène arséniépar impureté des substances employées.

Une caractéristique de ces empoisonnements, c’est que presque toujours plusieurs personnes sont frappées à la fois, empoisonnées par une même source d’hydrogène arsénié (1).

Sur les 31 cas d’intoxication professionnelle recueillis par Dixon Mann, il y eut il morts. Dix cas, dus à des imprudences commises au cours d’expériences chimiques, ont fourni six morts ; quatre fois seulement les chimistes préparaient de l’hydrogène arsénié ; dans l’un de ces quatre cas, il s’agissait de rechercher l’arsenic dans les viscères d’une jeune fille que l’on supposait avoir été empoisonnée. Dans huit cas, dont un suivi de mort, les accidents furent provoqués par l’inhalation d’hydrogène: il s’agissait de répéter l’expérience de Tyndall, qui a démontré que l'inhalation d’hydrogène altère le timbre de la voix.

Les accidents professionnels par l’hydrogène arsénié sont dus soit à la rupture d’un creuset contenant de l'arsenic, soit à la volatilisation brusque de l’arsenic sur des charbons ardents. Dans deux cas cités par le Dr Valette (2), on plaça par erreur dans un appareil à production d’hydrogène, destiné à alimenter des chalumeaux, une certaine quantité d’acide arsénique au lieu d’acide sulfurique.

Depuis quelques années, les progrès de l’aérostation et les recherches sur la direction des ballons ont créé une nouvelle cause d’intoxication professionnelle par l’hydrogène arsénié. M. Maljean, médecin-major de l’armée, a signalé plusieurs cas d’intoxication chez les aérostiers militaires (3).

(1) P. Brouardel, Les asphyxies par les gaz et les vapeurs, 1896, p. 325. Observations de Frost, Dixon Mann et Gray Clegg.

(2) Valette, Lyon médical , 1870, t. IV, p. 440.

(3) Maljean, Archives de médecine et de pharmacie militaires, 1900.

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M. Crone a rapporté l’observation de deux soldats qui avaient pour mission de surveiller le tuyau afférent du gaz et qui furent mortellement empoisonnés après avoir respiré pendant vingt minutes de l’air mélangé de gaz nocif (1); l’un mourut trois jours et l’autre cinq jours après l’accident.

Les symptômes observés diffèrent, surtout par l’ordre de leur apparition, de ceux de l’intoxication arsenicale classique, succédant à l’absorption par la voie digestive. Ordinairement, les accidents ne se déclarent qu’après quelques heures ; ils débutent par du malaise, des étourdissements, du vertige, de la céphalalgie; le malade est anéanti, se plaint de fourmillements sur le corps, respire difficilement ; le pouls est petit et fréquent. Plus lard surviennent des vomissements, de la diarrhée; les urines sont rares et noires, comme une infusion de café; le lendemain, il y a de l’ictère, des douleurs lombaires; il existe une éruption exanthémateuse généralisée ou pétéchiale; l'hématurie augmente et l’on trouve une quantité énorme d’hémoglobine dans les urines, qui contiennent également les éléments figurés de la néphrite aiguë. La mort survient par arrêt du cœur (2).

Dixon Mann et Gray Glegg insistent particulièrement sur la fréquence de l’hématurie et de l’hémoglobinurie, qu’ils ont rencontrées 36 fois sur 49 cas, et de l’ictère, qu’ils ont vu 37 fois. Quand on pratique la numération des globules rouges, on constate que leur diminution est considérable; dans un cas, il n’y en avait plus que 920000 par millimètre cube au lieu de 4 millions.

Ges auteurs ont conclu, de leurs observations et des expériences entreprises à ce sujet, que l’hydrogène arsénié agit en détruisant les globules rouges et en transformant l’hémoglobine en méthémoglobine. Les autres altérations

11) Crone, Deux cas d’empoisonnement par le gaz des ballons [Deutsche militürartzliche Zeitschrift , 1900, n° 3, p. 139).

(2) Durand, Intoxication des aérostiers par l'hydrogène arsénié [Annales d’hygiène publique et de médecine légale , 3° série, f. XLIV, 1900, p. 35). '

INTOXICATION PAR l’aRSENIC.

organiques, produites par les préparations arsenicales introduites dans le tube digestif, se retrouvent dans cette forme de l'intoxication arsenicale (1).

2° Intoxication par les poudres et poussières arsenicales. — Les ouvriers travaillant à la fabrication des papiers peints sont exposés à absorber des poussières arsenicales. La première opération ■ est le fonçage, qui consiste à étendre à la surface du papier, avec la main ou à l’aide d'une machine, une couche uniforme de couleur qui constitue le fond. Parmi les matières colorantes employées dans cette manipulation, entrent le vert de Scheele, le vert de Schweinfurt pour les fonds verts, le sulfure d'arsenic pour les fonds couleur cuir, le rouge d’arséniate d’alumine, le bleu d’arséniate de cobalt, sans compter les couleurs d’aniline et les mordants, qui contiennent tous des composés arsenicaux (2). Si le papier doit rester uni et mat, le fonçage est la seule opération ; mais, si le papier doit être satiné, velouté, doré ou imprimé, d’autres opérations dangereuses pour l’ouvrier sont nécessaires.

Le satinage se pratique à l’aide d’une brosse dure; pendant cette opération, il se détache en quantité considérable de fines particules, qui peuvent intoxiquer l’ouvrier.

Pour obtenir le veloutage , on saupoudre le papier enduit d’un mordant avec des tontisses finement pulvérisées, qui, suivant leur couleur, peuvent contenir de l’arsenic.

En France, la coloration verte des papiers ne se fait plus avec des verts arsenicaux, mais on emploie encore couramment toutes les autres couleurs arsenicales.

Les chambres tapissées avec des papiers peints à Laide de couleurs arsenicales offreyit-elles un danger pour les occupants ?

(1) P. Brouardel, Les asphyxies par les gaz, les vapeurs et les aneshe'siques, 1896, p. 145 et 329.

(2) Les poisons industriels (publication de l'Office du travail), p. 117.

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C’est principalement en Angleterre, en Allemagne et en Amérique que cette question a été étudiée. A la suite d'une série de communications de Malcolm Morris, Forster, la Société médicale de Londres nomma une commission d’enquête pour étudier les empoisonnements parles papiers de tenture et les divers objets colorés avec des couleurs arsenicales. 54 médecins fournirent 100 observations d’intoxication; 24 cas concernaient les médecins eux-mêmes et 8 des membres de leur famille. Sur les 54 rapports, 3G fois l’empoisonnement avait été occasionné par des papiers de tenture.

M. Layet rapporte le fait suivant qui lui est personnel. L’antichambre de son cabinet de travail était tapissée de papier rouge clair, bordé d’une large bande de papier velouté d’un rouge plus foncé. Le mur tapissé étant neuf, des plaques de moisissures s’étaient développées dans les encoignures sur le papier velouté. Ayant été obligé à plusieurs reprises de faire des recherches dans des livres et des cahiers séjournant sur les étagères adossées à ce mur, M. Layet éprouva des troubles de la santé — malaise, céphalalgie, nausées, fatigue générale — qu’il rapporta à un excès de travail et à de la migraine. Voyant la concordance qui existait entre son séjour prolongé auprès de ces étagères en feuilletant des livres et ses indispositions successives, M. Layet eut l'idée d’examiner la composition du papier velouté, qu’il trouva très arsenical. La bande veloutée fut enlevée et les accidents ne reparurent plus (i).

Reste à savoir comment se produit l’intoxication. Messieurs, la question a été fort discutée. On a pensé que la poussière des papiers veloutés pouvait provoquer l'empoisonnement; or, en brossant des papiers certainement arsenicaux, on n’a pas pu recueillir une quantité notable d'arsenic. On a alors pensé que l’intoxication pouvait être d'origine gazeuse. Longet (de Bruxelles) avait constaté à diverses reprises qu’il existait, dans les pièces humides

(1) A. Layet, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. Article Papiers peints, 1884, p. 454.

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tapissées avec des papiers peints au vert arsenical, une odeur particulière, fétide, alliacée, et il émit 1 avis que, sous l'influence de la décomposition des matières organiques de la colle de pâte et par l’action de l'humidité, il devait se former un arséni lire d hydrogène particulier, pouvant occasionner dos accidents. Chevallier, Gmelin, Basedow se rallièrent à cette opinion que l’humidité et la décomposition d’une matière organique étaient nécessaires à la production de l’intoxication, et, à l'appui, on cita ce fait que des papiers arsenicaux qui n’avaient occasionné aucun accident en avaient provoqué chez les occupants après qu’ils avaient été recouverts d’un autre papier non arsenical, la présence de la matière organique et l’humidité provoquant des émanations gazeuses toxiques.

Gosio a trouvé que le développement de certaines moisissures, Mucor mucedo et Aspergillus glaucusQw particulier, au contact de composés arsenicaux peut amener la production de vapeurs arsénicales. L’action de ces moisissures n’est pas la même sur tous les composés arsenicaux. L’acide arsénieux, les arséniates alcalins sont plus facilement décomposés que l’arséniate de cuivre, et la présence des hydrocarbones tels que l’amidon, le glucose facilite cette décomposition (1). De même, Giglioli a montré que les moisissures peuvent transformer certains composés arsenicaux en hydrure d’arsenic gazeux (2).

La quantité d'arsenic que peuvent contenir les papiers colorés avec les sels arsenicaux est loin d’être négligeable.

Le Dr Draper, dans un décimètre carré de papier servant a décorer des jouets pour enfants, a trouvé plus de 23 milligrammes d’acide arsénieux (3).

Le Dr Hogg (de Londres) a rapporté le cas suivant :

(1) Gosio, Azione di ctlcune muffesui composti fissi d’arsenico. Rome,

(2) Ogier, Traité de toxicologie chimique , 1899.

(3) Revue d’hygiène, 1879, p. 411.

voies d’introduction du poison dans l’économie. 55

Une dame, grande joueuse de whist, présentait un psoriasis rebelle du bout des doigts et des ongles; on pensa à une intoxication arsenicale par les cartes; on changea le jeu et, en quelques semaines, elle fut guérie. La quantité d arsenic contenue dans le jeu de cartes fut déterminée par le Dr Wallace, expert chimiste de Glasgow ; il a trouvé dans chaque carte un peu plus de 10 centigrammes d acide arsénieux; le jeu tout entier en contenait 5sr,378 (lj.

Les papiers enveloppant les denrées alimentaires , particulièrement les bonbons et les pâtisseries, ne doivent contenir aucun composé arsenical.

A. Chevallier a rapporté le cas suivant : Un M. B... avait acheté, pour une petite fille âgée de trois ans, du chocolat qui était enveloppé dans du papier vert. L’enfant, en mangeant le chocolat, mit dans sa bouche une petite portion du papier et éprouva des symptômes graves d’empoisonnement. Le papier fut analysé: il contenait de l’arséniate de cuivre dans la proportion énorme de G6', 60 par feuille (2).

En 1880, M. Yvon, s’étant trouvé indisposé après avoir mouillé avec la langue quelques capsules de papier qu’emploient les pharmaciens, fit une analyse portant sur 100 capsules pesant 100 grammes; il en retira 1 er , 1 1 G d’arsénite de cuivre (3).

Les cas d’intoxication par des substances alimentaires, bonbonsou autres, colorées pardes verts arsenicaux ont été depuis longtemps signalés. Une ordonnance du Préfet de police, en date du 31 décembre 1890, concernant la coloration des substances alimentaires, les papiers, les cartons servant à les envelopper et les vases destinés à les contenir,

(1) Revue d’hygiène, 1880, p. 350.

(2) A. Chevallier et Duchesne, Des dangers que présentent les papiers colorés avec des substances toxiques ( Annales d'hygiène publique et de médecine légale, 2e série, 1854, t. II, p. 66).

(3) Yvon, Société de médecine publique , 16 juillet 1882.

INTOXICATION PAR l’aRSENIC.

interdit formellement l’emploi des couleurs arsenicales (1).

La coloration des crayons, des jouets d’enfants, des ballons en caoutchouc, des aliments (saucissons) peut provoquer les mêmes accidents.

Levvin a noté [2) que les bougies colorées au vert de Scheele dégagent par combustion des vapeurs produisant des empoisonneménts aigus graves.

M. Vernois a signalé les dangers des /leurs artificielles vertes pour les ouvrières qui les fabriquent aussi bien que pour les personnes qui les portent; la couleur toxique, n’étant fixée par aucun mordant, peut provoquer des éruptions très douloureuses (3).

Les étoffes, particulièrement les gazes légères et tarlatanes, colorées au vert de Schweinfurt, ont occasionné des accidents mortels. A Varsovie, une jeune femme est morte en dix jours, à la suite d’un bal, où elle portail une robe de gaze verte. Un autre cas a été signalé: une dame de vingthuit ans met pour un bal une robe de mousseline verte ; elle rentre chez elle malade, elle se rétablit, va à un autre bal vêtue de la même robe et meurt. A la suite d’intoxications signalées chez des ouvrières travaillant à des robes de gaze, Ziurek (de Berlin) rechercha la quantité de toxique contenue dans l’étoffe : dans une robe de 20 aunes de mousseline pesant 545 grammes, il a trouvé 300 grammes de matière colorante, dont 00 grammes de vert arsenical (4).

Pour en finir avec les ornements de toilette, on a signalé des accidents d’arsenicisme chez les ouvriers fabriquant de la fausse malachite et le Dr Fremy a signalé une éruption

(1) P. Brouardel, Les empoisonnements criminels et accidentels , 1901, p. 318.

(2) Lewin, Traité de toxicologie, p. 201.

(3) Vernois, Mémoire sur les accidents produits par l’etnploi des verts arsenicaux chez les ouvrières fleuristes en général et chez les appréteuses d’étoffes ( Annales d’hggiène publique et de médecine légale, 2e série, 1859, t. XII, p. 319).

(4) Ziurek, Die grüne Favbe von Kleulerstoffen und Blattblumen ( Polytechn . intell. B lait , 1860, n° 10).

voies d’introduction du poison dans l’économie. o7

d’eczéma impétiginoïde au bras d'une personne qui avait l'habitude de porter un bracelet en graines dites & Amérique, composées d’une pâte verte imitant la malachite et dans laquelle entrait une forte proportion d’arsénite de cuivre.

Dans cette variété d’intoxication, on observe des troubles généraux et des symptômes locaux, dus a l’action directe de la substance toxique sur les tissus.

Comme symptômes généraux , on a signalé la céphalalgie, les vertiges, les troubles de la mémoire, les douleurs et, après un temps plus ou moins long', une cachexie profonde.

Les symptômes locaux consistent en phénomènes dus à l’irritation des téguments : on trouve des pustules ulcérées au niveau du front et des org'anes génitaux, pouvant en imposer pour des lésions syphilitiques; au niveau des mains, on constate, particulièrement chez les tanneurs et mégissiers travaillant les peaux ayant macéré dans une solution arsenicale, des ulcérations auxquelles les ouvriers ont donné les noms de rossignol , pigeonneau , choléra des doigts ( l). Il y a en même temps de l’érythème, des papules et, pour peu que l’intoxication ait un peu duré, des plaques mélaniformes. L'un des symptômes les plus fréquents est le coryza avec sécrétion purulente abondante; il y a ulcération de la muqueuse, entraînant parfois de la rhinite perforante avec nécrose de la cloison et des os du nez. On a noté aussi de la conjonctivite et du catarrhe laryngo-bronchique.

Quantaux troubles dig'estifs, ils n’occupent que le second plan, et encore ils ne sont pas constants et se bornent souvent à une simple gingivite.

Les troubles nerveux sont rares et la paralysie, signalée quelquefois, demeure cependant exceptionnelle.

En résumé, Messieurs, cà chaque variété dans la cause de l’intoxication correspond une variation dans les svm-

(1) Lliuillier, Ulcérations professionnelles des mains chez les ouvriers travaillant les peaux et principalement chez les mégissiers , les tanneurs et teinturiers en peaux [le pigeonneau). Tliôse de Paris, 1001.

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plûmes observés, qui sont également sous la dépendance de la quantité de toxique ingérée, de la forme de l'ingestion et de la durée de l’absorption.

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