IV. — Dose susceptible cTentraîner la mort
« La dose de toxique retrouvée dans les viscères de la victime était-elle capable d’en traîner la mort? » Telle est la question qui, devant la justice, semble, à tort d’ailleurs, dominer le débat. Un point important à déterminer est la dose à partir de laquelle des accidents sont à redouter, et la dose mortelle. Dans tout l’exposé qui va suivre, les chiffres que je vous indiquerai se rapportent à l'acide arsénieux pris en une fois; du reste, il est facile au chimiste de calculer la toxicité de n’importe quel sel arsenical et de la comparer à celle de l’acide arsénieux.
Girbal n’a jamais observé d’accidents avec des doses ne dépassant pas 12 milligrammes.
Lachèze (d’Angers) conclut, d’une série d’études sur le mode d’action de l’acide arsénieux, que 10 milligrammes peuvent produire des accidents sans gravité, 1 à 3 centigrammes des symptômes d’empoisonnement, et que 5 à
10 centigrammes peuvent entraîner la mort (1).
Orfîla indique comme dose toxique 20 centigrammes. Tardieu considère 12 à 15 centigrammes d’acide arsénieux comme suffisants pour causer la mort. Taylor dit que la plus petite dose mortelle d’arsenic pour un homme adulte dont
11 ait eu connaissance était de 2 grains (120 milligrammes), et il considère la dose de 3 grains (180 milligrammes) comme devant, dans la plupart des cas, entraîner la mort (2).
Lewin considère la dose de 5 à 50 milligrammes comme capable de produire des accidents d’intoxication et la
(1) Lachèze fils, Recherches tendant à déterminer le mode d’action de l’acide arsénieux sur l'économie (Annales d'hygiène publique et de médecine légale, lre série, 1834, t. XVII, p. 334).
(-) Taylor, Traité de médecine légale. Traduction Goutagne, 1881,
DOSE SUSCEPTIBLE D’ENTRAÎNER LA MORT, dose de 10 à 30 centigrammes comme pouvant entraîner la mort.
Dans l’affaire du pain empoisonné de Saint-Denis, nous avons trouvé IG centigrammes d’acide arsénieux pour 5U0 grammes de pain. Tl n’v a pas eu de mort. Mais personne n’a ingéré à un seul repas une telle quantité de pain.
Somme toute, les auteurs sont à peu près d’accord pour admettre que la dose mortelle d’acide arsénieux, ingéré en une fois, varie entre 12, 15 et 20 centigrammes. Cependant, Messieurs, et je partage surce point l’avis de Taylor, 1 expert ne saurait affirmer d’une manière absolue qu une dose toxique soit nécessairement mortelle. « Pouvons-nous affirmer, dit Taylor, qu’il soit impossible qu’une personne guérisse après avoir pris 10 centigrammes d arsenic ? Je ne le pense pas. Tout ce que nous sommes fondés a dire, c'est que, jugeant d’après les effets de doses plus petites, cette quantité doit probablement donner la mort, mais que nous ne sommes nullement certains de la quantité necessaire pour constituer la dose la plus faible à laquelle le
poison puisse être fatal (1). »
D une série d’expériences sur les animaux, le Dr Rouyei conclut que l’acide arsénieux, administré à la dose de 3 milligrammes par kilogramme, amène toujours la mort en huit heures; à la dose de 2 milligrammes et demi, la mort survient vingt-quatre à vingt-cinq heures après l'ingestion. Enfin, l’absorption de 0sr,0006 ou six dixièmes de milligramme par kilogramme occasionne des accidents sans entraîner la mort (2). Les doses mortelles indiquées par Rouver, rapportées à un homme de 70 kilogrammes, correspondent à la dose de 15 centigrammes.
Le Dr G. Brouardel a entrepris sur ce point de nombreuses et intéressantes recherches expérimentales (3). La
(1) Taylor, On poisoning bg arsenic, the quantity required lo destrog life (Gug’s Ilosp. reports, n° 12).
(2) Rouyer, Essai sur les doses toxiques et les contrepoisons de quelques composés arsenicaux. Thèse de Nancy. 187ô.
(a) G. Brouardel, Élude sur l’arsenicisme. Thèse de Paris, 1897.
00 INTOXICATION PAR l’aRSENIC.
puissance toxique du poison est très variable suivant l’espèce animale, le poids, l'âge, le mode d’introduction du poison dans l'organisme et lin tég’ri té plus ou moins grande des voies d’élimination. Il est arrivé aux résultats suivants :
Cher les cobayes , la dose minima mortelle pour 100 grammes d’animal est de im8r,3 en injection sous-cutanée, de 1 11181 ,6 en injection intrapéritonéale et de lmer,l en injection intrapulmonaire. Par la voie digestive, la dose mortelle a varié de 2 à 3 milligrammes.
Chez les lapins , la dose mortelle est de : 1 milligramme pour 100 grammes d’animal, en injection sous-cutanée; de 0mer,7, en injection intraveineuse, et de 2 à 3 milligrammes, par la voie digestive.
Ces chiffres nous donnent comme mortelle, en les rapportant à l’homme, la dose de 14 centigrammes.